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ACTE I, SCÈNE I

DORANTE

A ne rien déguiser, Cliton, je te confesse Qu’à Poitiers j’ai vécu comme vit la jeunesse;

J etois en ces lieux-là de beaucoup de métiers : Mais Paris, après tout, est bien loin de Poitiers.

Le climat différent veut une autre méthode :

Ce qu’on admire ailleurs est ici hors de mode;

La diverse façon de parler et d’agir Donne aux nouveaux venus souvent de quoi rougir. Chez les provinciaux on prend ce qu’on rencontre; Et là, faute de mieux, un sot passe à la montre. Mais il faut à Paris bien d’autres qualités;

On ne s’éblouit point de ces fausses clartés;

Et tant d’honnêtes gens, que l’on y voit ensemble, Font qu’on est mal reçu, si l’on ne leur re|semble. CLITON.

Connoissez mieux Paris, puisque vous en parlez.

Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés L’effet n’y répond pas toujours à l’apparence;

On s’y laisse duper autant qu’en lieu de France;

Et parmi tant d’esprits plus polis et meilleurs,

Il y croît des baifauds autant et plus qu’ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte,

Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte ;

Et dans toute la France il est fort peu d’endroits Dont il n’ait le rebut ‘aussi bien que le choix.

Comme on s’y connoît mal, chacun s’y fait de mise. Et vaut communément autant comme il se prise :

De bien pires que vous s’y font assez valoir. - Mais, pour venir au point que vous voulez savoir, Êtes-vous libéral?

Je ne suis point avare.

CLITON

C’est un secret d’amour et bien grand et bien rare; Mais il faut de l’adresse à le bien débiter, Autrement on s’y perd au lieu d’en profiter.

Tel donne à pleines mains qui n’oblige personne :

La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne. L’un perd exprès au jeu son présent déguisé; L’autre oublie un bijou qu’on auroit refusé.

Un lourdaud libéral auprès d'une maîtresse Semble donner l’aumône alors qu’il fait largesse;

Et d’un tel contre-temps il fait tout ce qu’il fait, Que, quand il tâche à plaire, il offense en effet.

DORANTE

Laissons là ces lourdauds contre qui tu déclames,

Et me dis seulement si tu connois ces dames.

CLITON

Non : cette marchandise est de trop bon aloi ;

Ce n’est point là gibier à des gens comme moi;

Il est aisé pourtant d’en savoir des nouvelles,

Et bientôt leur cocher m’en dira des plus belles.

Penses-tu qu’il t’en die?

CLITON

Assez pour en mourir; Puisque c’est un cocher, il aime à discourir.

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