ACTE I, SCÈNE V
Alors que le temps presse, on n’a pas à choisir.
ALCIPPE
Adieu : nous nous verrons avec plus de loisir* DORANTE.
Faites état de moi.
ALCIPPE, à Philiste, en s’en allant.
Je meurs de jalousie!
PHILISTE, à Alcippe.
Sans raison toutefois votre âme en est saisie ;
Les signes du festin ne s'accordent pas Lien.
ALCIPPE, à Philiste.
Le lieu s'accorde, et l'heure : et le reste n'est ricn$ SCÈNE VI. — DORANTE, CLITON.
CLITON
Monsieur, puis-je à présent parler sans vous déplaire?
DORANTE
Je remets h ton choix de parler ou te taire;
Mais quand tu vois quelqu'un, ne fais plus l'insolent,
Votre ordinaire est-il de rêver en parlant?
DORANTE
Où me vois-tu rêver?
CLITON
J’appelle rêveries
Ce qu'en d'autres qu’un maître on nomme monteriez Je parle avec respect.
DORANTE
Pauvre esprit !
CLITON
Je le perds
Quand je vous ois parler de guerre et de concerts.
Vous voyez sans péril nos batailles dernières,
Et faites des festins qui ne vous coûtent guères. Pourquoi depuis un an vous feindre de retour?
DORANTE
J’en montre plus de flamme, et j'en fais mieux ma cour
CLITON
iHu’a de propre la guerre à montrer votre flamme?
O le beau compliment à charmer une dame,
De lui dire d’abord : « J’apporte à vos beautés Un cœur nouveau venu des universités;
Si vous avez besoin de lois et de rubriques,
Je sais le Gode entier avec les Authentiques,
Le Digeste nouveau, le vieux, VInfortiat,
Ce qu’en a dit Jason, Balde, Accurse, Alciat! »
Qu’un si riche discours nous rend considérables! Qu’on amollit par là de cœurs inexorables!
Qu’un homme à paragraphe est un joli galant!
On s’introduit bien mieux à titre de vaillant :
Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace,
A mentir à propos, jurer de bonne grâce,
Étaler force mots qu’elles n’entendent pas ;
L'aire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas; Nommer quelques châteaux de qui les noms barbares Plus ils blessent l’oreille, et plus leur semblent rares Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés, Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :
Sans ordre et sans raison, n’importe, on les étonne ; On leur fait admirer les baies qu’on leur donne :
Et tel, à la faveur d’un semblable débit,
Passe pour homme illustre, et se met en crédit.
CLITON
A qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire ; Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.
J’aurai déjà gagné chez elle quelque accès Et, loin d’en redouter un malheureux succès,
Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence, Nous pourrons sous ces mots être d’intelligence. Voilà traiter l’amour, Cliton, et comme il faut.
CLITON
A vous dire le vrai, je tombe de bien haut.
Mais parlons du festin : Urgande et Mélusme