‹ Le MenteurChapitre 39 sur 103 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Avec ces qualités j'avois lieu d'espérer Qu’assez malaisément je pourrois m'en parer.

DORANTE

Quoil mon combat te semble un conte imaginaire? CLITON.

Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire ; Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux, Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux. Maure, juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne. DORANTE.

Alcippe te surprend! sa guérison t’étonne!

L'état où je le mis étoit fort périlleux;

Mais il est à présent des secrets merveilleux :

Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie Que nomment nos guerriers poudre de sympathie?

On en voit tous les jours des effets étonnans.

CLITON

Encor ne sont-ils pas du tout si surprenans ;

Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace,

Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.

La poudre que tu dis n'est que de la commune,

On n'en fait plus de cas; mais, Gliton, j’en sais une Qui rappelle sitôt des portes du trépas,

Qu'en moins d’un tourne-main on ne s’en souvient pas; Quiconque la sait faire a de grands avantages.

CLITON

Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages. DORANTE.

Je te le donnerois, et tu serois heureux ;

Mais le secret consiste en quelques mots hébreux,

Qui tous à prononcer sont si fort difficiles,

Que ce seroit pour toi des trésors inutiles.

CLITON

Vous savez donc l'hébreu?

DORANTE

L’hébreu ! parfaitement :

J’ai dix langues, Gliton, à mon commandement. CLITON.

Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries, Pour fournir tour à tour à tant de menteries;

Vous les hachez menu comme chair à pâtés.

Vous avez tout le corps bien plein de vérités,

11 nren sort jamais une.

DORANTE

Ah ! cervelle ignorante 1

Riais mon père survient.

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