APPENDICES
a menti : voyez quelle noblesse dans sa colère, de quel ton il atteste le respect que son fils devait à ses cheveux blancs qu’il a outragés par ses mensonges ! Le vieil Horace n’est pas plus grand dans son indignation contre son fils qu’il croit lâche, que Géronte dans son courroux contre son fils devenu menteur ; et quand Don Diègue pour venger son injure en appelle à l’honneur de Rodrigue, il n’a pas de paroles plus vives et plus ardentes que Géronte, quand Géronte reproche à Dorante d’avoir forfait à l’honneur :
Géronte. — Etes-vous gentilhomme, etc. (Actv., sc. 3).
Cette brusque apostrophe vaut le mot de don Diègue : 4 Rodrigue, as-tu du coeur ’ . . . . Après ces premiers cris de l’honneur
outragé, Géronte reprend le ton du père affectueux et indulgent, d’autant plus affligé des fourberies de son fils, qu’il l’avait traité avec plus de douceur :
De quel front cependant faut-il que je confesse, etc, (Act v., sc. 3).
]STe lui avait-il pas pardonné son mariage clandestin et c’est par un mensonge qu’il a reconnu sa tendresse ! Ainsi toujours, dans Géronte comme dans don Diègue et dans le vieil Horace, l’amour paternel se montre mêlé de tendresse et de fermeté, de force et de faiblesse, tel qu’il est enfin. Mais, dans ce mélange, Corneille a toujours soin de soumettre le sentiment faible au sentiment fort, la tendresse au devoir ; et la loi morale reste supérieure à l’homme, dont elle contient le coeur sans l’étouffer. Il y a, entre Géronte et don Diègue ou le vieil Horace, les différences qui séparent les personnages comiques des personnages tragiques ; mais c’est le même fonds de sentiments et d’idées.”
Le rôle du Menteur , dit Yinet, n’est pas plus un caractère que ne l’est la peinture du Distrait dans la Bruyère. Dorante est atteint d’un travers qui va jusqu’à l’infirmité morale ; il ment pour le plaisir de mentir. Le mensonge l’amuse ; il n’en sent pas la honte ; il fait gloire de ses inventions ; on dirait que mentir est le véritable emploi de sa vie. Cela peut se voir en effet ; l’habitude peut, à la longue, transformer un travers en élément indélébile ; mais cela est trop peu commun ; le théâtre ne doit pas nous représenter des faits exceptionnels. La comédie de Corneille est plutôt une comédie d’intrigue. Elle tient même de l’imbroglio. — Yinet, Poètes du Siècle de Louis XIV., p. 358.
Un autre éminent critique, M. Désiré Nisard, dit : 44 II est une scènel où le Menteur n’a pas été surpassé même par Molière. C’est la scène où le père de Dorante, indigné de ses fourberies, l’accable de reproches qui rappellent ceux du vieux Chrême dans Térence, que Corneille surpassait sans peut-être l’avoir lu. Scène d’autant
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* Examen Critique d’une annecdote littéral sur le Menteur de Corneille Kouen, 1865, par M. T. Bouquet, t Corneille Inconnu, par T. Leyallois, Pans, 1876.