‹ Le menteur: comédieChapitre 61 sur 92 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

DORANTE, bas, à Cliton.

Lucrèce 1 que dit-elle?

CLITON, bas, i Dorante.

Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la pins belle; Mais laquelle des deux? J'en ai le mieux jugë^ Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.

DORANTE, bas, à Cliton.

Cette nuit à la voix j'ai cm la reconnoitre.

CLITON, bas, à Doiante.

darice sous son nom parloit à sa feuêtre; Sabine m'en a fait un secret entretien.

DORANTE, bas, à Cliton.

Bonne bouche! j*en tiens : mais l'autre la vaut bien; Et, comme dès tantôt je la trouvois bien faite. Mon cœur déjà penchoit où mon erreur le jette. Ne me découvre point; et dans ce nouveau feu Tu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu. Sans changer de discours, changeons de balterio.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Voyons le dernier point de son effronterie.

Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

CLARICE, à Dorante.

Comme elle est mon amie, elle m*a tout appris. Cette nuit vous l'aimiez, et m'avez méprisée. Laquelle de nous deux avez-vous abusée?

Vous lui parliez d'amour en termes assez doux.

DORANTE

Moi! depuis mon retour je n'ai parlé qu'à vous.

CLARICE

Vous n'avez point parlé cette nuit à Lucrèce?

DORANTE

Vous n'avez point voulu me faire un tour d'adrcssst Et je ne vous ai point reconnue à la voix?

CLARICE

Nous diroit-il bien vrai pour la première fois?

DORANTE

Pour me venger de vous j'eus assez de malice Pour vous laisser jouir d'un si lourd artifice

74 rj? MEXTEUn.

£t, vous l^ûssant passer pour ce que vous Yonliez, Je TOUS en domiai plas que yons ne m'en donniez. Je vons embarrassai, n'en faites point la fine; Choisissez nn peu mieux vos dupes à la mine ; Vous pensiez me jouer; et moi je vous jouois, Mais par de faux mépris que je désavouois :

Car enfin je vous aime, et je hais de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie.

CLARICE

Pourquoi, si vous m'aimez, feindre ^jn hymen en l'air. Quand un père pour vous est venu me parler?

Quel fruit de cette fourbe osez-vous vous promettre?

LUCRECE, à Dorante.

Pourquoi, si vous l'aimez, m'écrire cette lettre?

DORANTE, à Lucrèce.

J'aime de ce courroux les principes cachés.

Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez. Mais j'ai moi-même enfin assez joué d'adresse; Il faut vous dire vrai, je n'aime que Lucrèce.

CLARICE, à Lucrèce.

Est-il un plus grand fourbe? et peux-tu l'écouter?

DORANTE, à Lucrèce.

Quand vous m'aurez ouï, vous n'en pourrez douter. Sous votre nom, Lucrèce, et par votre fenêtre, Glarice m'a fait pièce, et je l'ai su connoitre; Gomme en y consentant vous m'avez affligé.

Je vous ai mise en peine, et je m'en suis vengé.

LUCRÈCE

Mais que disiez-vous hier dedans les Tuileries?

DORANTE

Glarice fut l'objet de mes galanteries....

CLARICE, bas, à Lucrcce.

Veux-tu longtemps encor écouter ce moquour?

DORANTE, à Lucrèce.

£lle avoit mes discours, mais vous aviez mon cœur, Oit vos yeux faisoient naître un feu que j'ai fait taire. Jusqu'à ce que ma flamme ait eu l'aveu d'un père; Gomme tout ce discours n'étoit que fiction.

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