‹ Le mentor faubourien; tableau-vaudeville en un acteChapitre 17 sur 26 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

FOarUNÉ, AMANDA.

FORTUNÉ

( Vendant les premiers mots qu'il prononce , Amauda sort de sa cachette. ) Je suis sauvé ! dès que la petite arrivera je vous la flanque à la porte. [Il se retourne et l'aperçoit.) Ah ! mon Dieu, la voilà ! Vous ici, maflemoiselle ?... retirez-vous, jeune fille... un abime est sous vos pas; retournez à vos souliers, à vos principes de sagesse que vous avez délaissés... fuyez d'ici.

AJIANDA.

Vous me renvoyez... Est-ce que vous êtes le maître . à préïcnt ?

Je suis ce que je suis; apprenez que je suis charge de veiller sur lui... de le préserver de tous les pièges possibles... et vous en êtes un fameux piège...

AMANDA

Mais songez donc qu'il m'aime , que j'ai compté sur lui pour

ui'épouser... car il fini bien que quelqu'un m'épouse; ru ne sera pas vous, bien sûr...

FORTCNÉ, à part.

Ah! adniirable subterfuge; mon pupille est sauvé; il faut absolument que je la détourne , que je la séduise moi-même... Je ne crains rien,., je suis incorruptible... je triomphe et j'éloigne l'enfant du précipice.

ÀMA.KDÀ, à part.

Qu'est-ce qu'il se dit donc, tout seul?

FORTUNÉ

Amanda!

àmakda.

Monsieur !

FOP.TCNÉ.

Ecoutez, chère amie... [à par-t.) C'est bien baidi ce que je tente là , car elle a des yeux d'un noir funeste... (^haut. ) c'est égal... Dites-moi, m'accuseriez-vous de cruauté?

AMANDA

Ah ! certainement, si vous croyez que vous êtes gentil...

FORTrsÉ.

Je n'ai pas la prétention de le croire ; mais, Amanda, si des motifs que vous ignorez m'avaient engagé à nuire à cette liaison...

AMAMDA , à part.

Que veut-il dire ?

FORTUNÉ

Si l'amour le plus pur, le plus vif, s'était emparé de mon ame , et s'il ne m'était plus permis de regarder Adolphe qut; comme un rival ?...

AVANDA , à part.

Se pourrait-il?... Eh bien !... si je m'attendais à cà !

FORTCNÉ, à part.

Elle est surprise autant qu'émue... elle baisse les yeux... Corrupteur!... jouis donc de ton triomphe... je suis un Méphistophélés 1... comme je joue avec ce qu'il y a de plus suare !... Ah! ma fiancée absente. . . c'est un fier dévouement... {^kaut.) Eb bien?.. .

AMANDA , d part.

Eh bien! j'en suis toute interdite!... {haut.) Je vous croyais fou de madame Giraud.

FOBTrNÉ , d part.

Aimable ingénuité !... n'importe... soyons féroce, (liant.) Eh bien! oui, charmante fdie , depuis long-temps l'amour me parle de vous, et si j'ai renfermé toutes mes souffrances, si j'ai porté mes regards sur madame veuve Giraud, c'est que jamais je

n'aiiriii^ eu !e courage de vous dire : AmandH . je t'aime!...

Anianda , je l'jidore !

AHAKDA.

Eh! uîonsieur, vous avez eu tort, (àpart.) Il faut profiter de tout.

fortcné j à pai't.

Hein!.,, que dit-elle?... j'ai en lîirl. . . mais c'est un aveu , mon ancienne influence me revient... je suis donc toujours séduisant?

AMAKDA.

Oui, vous avez eu tort; si je l'avais su... je ne vous aurais pas repoussé. . . car j'ai bon coeur aussi. FORTUNÉ , à part.

Ah I ça devient dangereux.

AMANDA

Si j'ai pris le parti d'aimer monsieur Adolphe, c'est parce qu'on n'aime pas rester fille! sans cela, un homme de votre mérite... quia de l'esprit, du talent; une figure agréable, et seize cents livres de renie, je n'aurais pas balancé deux secondes.

rORTtiNÉ , d part

Ahl que c'est bête! voilà que ça me touche ; et on se croit fort ! je suis un papillon, je me brûle à la chandelle.

amanda.

Oui, monsieur, je vous aurais aimé, je me serais dit : Il n'est pas jeune, mais il a de l'expérience; je veux qu'il me doive son bonheur, toute ma vie lui sera consacrée, et je serai fière de porter son nom.

FORTUNÉ

Comment ! ange de la rue aux Fers ! tu aurais voulu t'appeler Calvados! une jeune fille de cet âge-Iù... il y a de quoi extravaguer. .. (àpai-t.) Mais que dis-je ?. . . je me laisse surprendre !... ( haut. ) Jeune personne ! éloignez-vous, (à part. ) ah ! Teuve Giraud !... soutiens-moi. [haut.) Et toi , sylphide enchanteresse ! dis-moi que lu me détestes. AMANDA, à part.

Il me semble que je le tiens, [/laut. ) Non , monsieur, non, jamais... Vous m'avez arraché un aveu... pour vous je me suis compromise. .. je ne vous quitte plus maintenant. FORTUNÉ, d part.

Comment!.. . elle ne me quitte plus ?

AMANDA

Oui, toujours près de vous... A présent que vous m'avez rappelé tout ce que j'éprouvais, je ne dois pas tromper monsieur Adolphe, aussi je renonce à lui, et c'est vous qui devez m 'épouser.

FORTUNÉ, à part.

L'épouser!... ah! çà, mais ces jeunes filles vont trop vile, c'est pas de l'amour... c'est du phosphore, [haut. ) Et que dirait madame Giraud?

AMANDA

Tout ça ne me regarde pas... je ne vnus ai pas prié de me faire une déclaration. A présent que vous m'avez séduite, je ne peux plus revenir sur mes pas, el si vous persistez je vas me trouver mal... je vas faire des cris affreux... je vas m'évanouir dans le magasin, et nous verrons si vous avez le cœur de me laisser mourir d'amour.

FORTUNÉ

Arrête! arrête! [à part.) Qu'ai-je fait... j'ai allumé l'incendie... je suis ?noi-niême en combustion... ma tête se perd... {haut.) Amanda , je suis à toi... je t'appartiens... reviens à la vie, au bonheur... Rassure-toi; nous quitterons le quartier; nous fuirons en Allemagne, eu Italie... dans le faubourg Saint- Jacques. (// tombe aux genoux d' Amanda. )

AMANDA , à part.

J'ai réussi ! (haut.) Eh bien ! s'il est vrai que vous m'aimiez. .. si vous êtes sincère , il faut dès à présent quo vous renonciez à madame Giraud.

Impossible!... j'ai promis.

AMANDA

Monsieur, je vas me trouver mal.

FOBTCNÉ.

Eh bien! non, non... mais un jour... un instant, que je puisse m'éloigner honnêtement.

AUANDA.

Vous me le promettez?

FORTUNÉ

Eh bien ! non , je te le jure. (// lui présente la main. )

AMANDA

Qu'ai-je vu !... cette bague, ces cheveux ?

FORTUNÉ, à part.

Aie I aie ! aie !

AMANDA

Il me la faut, monsieur, je l'exigp.

FORTUNÉ

Tu l'auras, tu l'auras; mais c'est celle de madame Giraud... je ne puis la donner encore.

AMANDA

Je la veux à l'instant, monsieur, où je m'en vas m'évanouir. [Elle la lui arrache. A part. ) J'épouserai Adolphe.

FOETUKÉ.

Amanda!... elle l'a prise... [àpart.) Ah ! je suis empauuié d'une ujanièrc affreuse... (/«««<.) Rends-la-moi ... rends-lamoi. (// se jette à ses pieds. )

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