‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 13 sur 53 · L ECUEIL DE L AMITIE POSTICHE · texte numérisé non relu

L ECUEIL DE L AMITIE POSTICHE

KicHARD Steele (loiiiiait d excellents préceptes d'économie, Pliais personne n'était moins économe que lui: sa prodigalité le réduisit souvent à de fâcheuses circonstances. Généralement aimo de ceuxquile cnntiaissaient, il faisait les délices des plus aimables sociétés de Londres. Un Baronnet de Liucolnsliire, fort riche, et /]^rand admirateur de Steele ne cessait de le combler d'elo|]^es et de marques d'estime; il le pressait de disposer de son crédit, de sa fortune, et sur-tout de ne point recourir à d'autres, s'il se trouvait jamais dans quelque situation emban-assante. Richard Steele fut bientôt dans cette situation-, il alla chez son ami, qui, ne se doutant point du sujet de cetle visite, s'épuisait en offices de services, et ne parlait que du désir qu'il avait de trouver une occa^ sion favorable. Comment, dit Steele, et c'est précisément cotte maudite occasion qui me conduit chez vous. J'ai besoin de cent livres pour apaiser nn créancier qui me tourmente, et qui ne veut plus attendre. Cette demande inattendue pétrifia le Baronnet; il bégaya quelques mauvaises excuses. Quoi 1 Sir, répondit Steele, vous m'avez engagé par vos fausses promesses à vous expo-

ser l'ctat de mes affaires, et vous me rcfuselz! écoutez: je supporte avec constance tous les revers du sort^ mais je ne saurais souffrir l'insulte que vous nie faites; ou prêtez-moi tout à l'heure l'arguent que vous m'avez offert, ou préparezvous à mon ressentiment. Steele prononça ces mots avec tant de fermeté, que le Carc^net tremblant ouvrit son portefeuille, et lui présenta un billetde cenllivres. Siècle le prit, et regardant a'<J'ec mépris le timide prêteur: Sir Baronnet, lui dit-il, quelque peu d'envie que j'aye de devoir cette somme à un misérable aussi vil que vous, je reçois cependant voire billet, et promets de vous le rembourser au premier jour: mais afin qu'à Vavenir vous soyez plus réservé dans vos offres, et moins lâche dans vos procédés, souffrez que je prenne la liberté devons donner une leçon. Steele saisit en même temps le Baronnet par le nez, et le tirant ave:; force le contraignit d'avouer qu'il était le plus misérable des hommes.

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