‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 8 sur 53 · LES DEUX AMIS GRECS · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS GRECS

Us vaisseau de la Cal cide revenant d'Italie et dirigeant sa course vers Athènes, fut surpris au sortir du délroit de Sicile^ par une violente tempête qui le porta à la vue de l'île de Zacinte, sans qu'il pût surmonter l'effort des vagues. Il y avait plusieurs personnes dans ce navire^ et en-

»Gt LE MENTOR VERTUEUX,

ire autres deux jeunes Calciilieus liés cnsen)b5fr tl'une étroite amitié, l'un robuste et vigoureux, nommé KuthidiquCj l'autre tout pâle et défait api>elé Damon, qui ne faisait que relever d'une m iladie. Celui-ci, se trouvant mal de l'agitation, s'approcha du bord du vaisseau, qci dans cet iu- Icrvalle vint à pencher d'un coup de vent, et le renversa dans la mer. En tombant ^ il crie à l'aide à son ami, qui se jette aussitôt après lui sans délibérer, quoique ce fût en plein minuit et qu'il fût déjà couclié. U commence à le soulever sur les flotSï où il ne se pouvait plus tenir, àeaus& de la pesanteur de ses habits et de la faiblesse où il était. Ceux du navire, émus de compassion, les voulurent aiderj mais ils furent emportés en un instant par la violence de la tempête, et tout ce qu'ils purent faire, fut de leur jeter quelques pièces de liège avec l'échelle du vaisseau. Ces doux amis vertueux nagèrent à laide de quelques liégesjusqu au point du jour qu'apercevant l'échelle du, navire qui était faite de grosses planches, ils montèrent tous deux dessus, et se sauvèrent dans 1 île qui était proche. De-là ils se rendirent à Athènes, oîi ils passèrent leurs jours au sein de l'amitié et de la philosophie, et en bénissant les dieux, toujours prêts à secourir la vertu.

MORALISTK ET BIENFAISANT. 2'J

LA VEXGEAKCE D U]SE GRAiSDE AME.

JJtMÉTRiLs l'oliorctlcs avait fait beaucoup de Lien au [leuple de la ville dAllièiies. l'e Prince en parlant pour la guerre, laissa sa femme et ses enfants ehez les Athéniens. Il perdit la bataille, et fut oblijjé de s'enfuir. Il crut d'abord, tju'il n'avait qu'à se retirer chez ses bons amis les Athéniens: Mais ces ingrats refusèrent de le recevoir^ ils lui renvoyèrent même sa femme et ses enfants, sous prétexte qu'ils ne seraient peutêtre pas en sûreté dans Athènes, où le& ennemis pourraient les venir prendre. Cette conduite perça le cœur de Démélrius, car il n'y a rien de si cruel nourun honnête homme, que l'ingratitude de ceux qu'il aime et auxquels il a fait du bien. Quelque temps après, ce prince racommoda ses iifiaires, et vint avec une grande armée mettre le siège devant la ville d'Athènes. Les Athéniens persuadés qu'ils n'avaient aucun pardon à espérer de Démétrius, résolurent de mourir les armes à la main, et donnèrent un arrêt qui condamnait à mort ceux qui parleraient de se rendre à ce prince. Mais ils ne faisaient pas réflexion qu'il n'y avait presque pas de blé dans la ville

o/j LE MENTOR VERTUEUX,

et que bientôt ils manqueraient de pain. Effecliveinent, après avoir souffert l;i faim très lon[yti'nips, les plus raisonnables dirent: « Il vaut mieux que Démétrius nous fasse tuer tout d'un coup, que de mourir par la faim*, peut-être aurat-il pitié de nos femmes et de nos enfants. » Ils lui ouvrirent donc les portes de la ville. Dcmé- Irius commanda que tous les liommes mariés fussent assemblés dans une grande place qu'il venait de faire environner de soldats qui avaient tous l'épée nue. Alors ou n'entendait dans la ville que des cris et des gémissements. Les femmes embrassaient leurs maris, les enfants leurs pères, et leur disaient leur dernier adieu. Quand ils furent tous dans cette place, Démétrius monta dans un lieu élevé, et leur reprocha leur ingratitude dans les termes les plus touclianls: 11 était si pénétré qu'il versait des larmes en leur parlant. Ils gardaient le silence, et s'attendaient à tout moment que ce prince allait commander à ses soldats de les 'hiassacrer. Ils furent donc bien surpris^lorsque ce bon prince leur dit: «Je veux vous montrer combien vous êtes coupables à mon égards car enfin ce n'est pas à un ennemi à qui vous avez refusé du secours, c'est à un prince qui vous aimait, qui vous aime encore, et qui ne veut se venger qu'en vous pardonnant , et en vous faisant du bien : retournez «liez vous,

pendant ([uc vous avoz reilc Ici^ mes soldais, par mon oidre, ont porté du blé et du pain dans vos maisons.

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