LE PAUVRE DE LA PAROISSE
Tn venx que je préfère une maison, an lit. Une table excellente, nn belet bon habit, Un castor pour convrir ma têtechanve et nue, Au plaisir enchanteur de loger dans la rue, D'être libre, sans soin, de mendier mon pain. Et de vivre aux crochets de tout le ^enre numain P Moi j'aime à contempler le firmament sans voile, A dormir sur le banc oiiTon vendit VEtoile.
Quand on loge en plein air on n'a pas de loyer, Un gueux eut-il jamais de termes a payer?
Paris est pour un pauvre un pays de Cocagne.
Maturs du siècle.
Voyez-vous cet homme, couvert de haillons, portant à la main un chapeau déchiré, cet homme, dont la barbe longue est déjà ^sonnante, qui s'appuie sur un bâton noueux, qui voûte péniblement son épine dorsale, et dont les membres musculeux, les yeux louches et inquiets, mais pleins de feu, repoussent Tidée de la caducité ? c'est un pauvre de la parùisse. Sa marche est lente et sinueuse ; il chemine si près des murs qu'à chaque instant il coudoie les portes et les vitres des boutiques, il semble compter les coups de la cloche de l'église qui sonne la première messe et
* En parlant ici de la loudeur de la revue ; nous supposons que Tartlcle dirigé contre nous ne sera pas de l'écrivain distingué qui a bien voula enrichie notre Mercure de plusieurs articles signés fr^tl^He. '■
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le rappelle au poste oà s'exerce son itidnstrie. • • • Mais avant de tourner le bout de la rue déserte qui conduit à sa place, il s'arrête devant la cave d'un cabaretier, promène autour de lui un regard prudent, ne voit aucune de ces figures dont la bienfaisance est connue, se redresse et descend rapidement et d'un pied léger chez le débitaat de boissons. Quelques minutes suffisent pour gorger son estomac de liqueurs fortes. Il sort aussi lentement qu'il est entré, tourne la rue, reprend son allure chancelante, et commence à bredouiller, d'une voix chevrotante mais aiguë» quelques unes des prières qui depuis tant d'années servent deprO" pedus à la mendicité. • Il est enfin devant le porche... il monte les marches sur ses mains et rampe comme la brute. Un mauvais escabeau de bois l'attend, un pot, qui jadis portait un. rosier ou un héliotrope et qui maintenant renferme des cendres et des charbons ardens recouverts de débris de tan enflammé, lui est offert par une de ses nombreuses collègues en gueuserie qui a précédé le doyen des pauvres.
Tandis qu'il réchauffe ses mains calleuses à cet âtrc portatif, la vieille s'approche de lui, et, après avoir donné un libre cours à une toux aigre et astmatique, l'apostrophe en ces termes : " Ah ! vous êtes en retard aujourd'hui, père Landry. •• .jetais au poste avant vous. . . «Vous êtes bien assez intrigante pour çà, la mère Cagin. — Intrigante, c'est bientôt dit, çà«. ..je me donne assez de mal pour élever mes quatre enfans. — Oui, vos quatre enfans, ils ne sont pas à votre charge car je tiens du second bedeau que vous les louez trois francs par jour à \sl femme borgne de Saint-Germain-des-Prés ;* moi, j'ai plus d'entrailles pour les miens, je me saigne pour les entretenir à l'école de Charité des frères. — Ah ! dame, vous êtes riche, vous, depuis le temps que vous faites le métier .... avec ça qu'on dit que sous M. Fouché.f — Allons, brisons là-dessus, la mère Cagin •••• Comment iront les affaires aujourd'hui, qu'avons nous ? — Nous avons trois enterremens, deux baptêmes et un mariage. — Pas mal et quelle espèce de monde ? — Il y a un convoi dhotel, un mariage de boutique et un baptême de~bfureau^Ae resie, c'est des pas grand chose, des petites gens ; ils vont à la chapelle basse et ça ne nous regardé pas." Les portes de la paroisse s'ouvrent et les deux mendians s'inclinent devant le suisse; la vieille lui offre des manchettes de dentelle, .et le mendiant une bouteille de rosolio,
La foule des autres mendians arrive successivement, les marches de l'église se garnissent, elles sont obstruées, et heureux les fidèles qui entrent ou qui sortent sans perdre un pan de leur habit, sans voir leur mantelet déchiré. ' Le convoi se présente, les larmes de
* Eglise ou fut exposé pendant long-tems le tombeau d'Eloite et (VAbelard que l'on admire maintenant à fVestemEJichange, t Ancien chef de la police de Paris.
IW LE MBRCURB DE LONDRES.
la famille se mêlent aux cris de la cohue qui arrache presque les gros sous dans la bourse des amis du défunt .... Les mariés sortent en ce moment ; il jettent la monnaie blanche à pleines mains, et les cris des misérables qui s'arrachent cette aumône se mêlent aux bénédictions g^rotesques et banales qu'ils récitent d*un ton monotone. Mais l'heure des offices est passée, les desservans se sont rétirés gravement au milieu des révérences et des signes de croix de la multitude en guenille ; on se sépare, la paroisse est déserté, le donneur d'eau bénite veille seul dans la nef, les mendians ont pris leur volée. Le père Landry se met en tournée; il arrive d'abord chez la dévote marquise de *** ; le suisse le connaît, c^est un pays, il monte, reçoit l'aumône fastueuse, partage avec le protecteur de la porte .... et se rend chez une pauvre, mais bienfaisante dame du quatrième; du pain, du vin, le denier de la veuve lui sont offerts, il accepte en faisant un geste de dédain, continue sa tournée et sa complainte ; enfin, quand il a épuisé toutes ses pratiques dont c'est le jour, il s'achemine chez certain employé d'un bureau secret : là, dans une conversation confiden* tielle, il fait part de toutes les observations honteuses qu'il a faites .... il donne la liste de ceux qui manquent à la messe, qui lisent Voltaire, sont abonnés au Constitutionnel, au Courier, qui reçoivent the Globe and Traveller, tke Moming Chronicle, ou tlndé" pendant, Sfc, <^c. ... il reçoit 3 francs et regagne la cave du cabaretier en chantant: Ames charitabksy n'oubliez pas le pauvre de la paroisse s'il vous plait. Le franc parleur.