‹ Le Mercure de LondresChapitre 104 sur 125 · LE TESTATEUR · texte numérisé non relu

LE TESTATEUR

Approchez, monsieur le notaire.

Disait un noble Bas-Normand :

Je touche à mon heure dernière.

Et veux faire mon testament.

Trois enfans, voila ma famille :

Je lègue à Susanne, ma fille.

De quoi se cloitrer saintement ; Mon fils aine, pour son partage, Aura mon titre de baron.

Mes fiefs et tout mon héritage. • • .

^Et le cadet ? — son appanage.

Sera mon épée et mon nom.

Extrait de Flndépendant, journal Lyonnais.*

* L'Indépendant. Voir notre VIII No. page 124.

166 LB MERCURâ DE LONDRES.

GUIMBARDES DE M. EULENSTEIN * De Heilbronn ( Wurtemberg,)

L'origine de la guimbarde se perd dans la nuit des tems. Ce petit instrument est fort commun dans toute TEurope, et particulièrement dans les Pays-Bas et le Tyrol où il fait le charme des paysans et de leurs familles : la guimbarde est aussi connue dans l'Asie, et les Grecs de Smyrne l'appellent, par onomatopée biambo. Elle se compose de deux parties, le corps et Tâme. Le corps a la forme du manche de certains tire -bouchons ; Fâme consiste dans une petite branche d'acier, scellée à la partie supérieure du corps et recourbée à son extrémité, de manière que les doigts puissent aisément l'accrocher. Jusqu'à ce jour, on n'avait en général cherché à en tirer que de petits airs, dépourvus de modulations et toujours à une partie. Un seul homme s'était acquis une réputation sur ce singulier instrument, et on ne le connaissait point en France oii il n'avait pas voyagé (il florissait à l'époque de la révolution), lorsque les Mémoires de madame de Genus sont venus nous le révéler.f Ce musicien d'un genre nouveau était au service de Frédéric, dit ie grand: se trouvant une nuit de faction sous les fenêtres du roi, il joua de la guimbarde, et avec une telle habileté que Frédéric, grand amateur de musique» s^imagina entendre le bruit d'un orchestre éloigné. Surpris de reconnaître qu'un efiet si agréable n'était produit que par un seul homme, armé de deux guimbardes, il lui ordonna de monter ; le soldat refusa, disant qu'il ne pouvait être relevé que par son colonel, et que, s'il obéissait, le roi le punirait le lendemain pour avoir manqué à la discipline. Présenté le jour suivant à Frédéric, il fut entendu avec admiration, reçut son congé et cinquante frédérics d'or. Cet artiste dont madame de Genlis ne donne pas le nom, s'appelle Koch ; il ne possède aucune notion musicale et doit son talent à des dispositions naturelles. H a fait fortune en voyageant et en jouant dans les sociétés ; il vit retiré à Vienne, et âgé de plus de 80 ans. Il se servait à la fois de deux guimbardes, ainsi que le font quelques paysans du Tyrol, et de tems en tems il produisait sans doute des accords à deux notes ; ce qui, dans le silence de la huit, devait faire une certaine illusion, surtout si l'on considère l'idée que l'on se fait d'avance d'un instrument aussi borné que la guimbarde : aussi, exigeait-il que l'on éteignît toutes les lumières pour l'entendre. Quoi qu'il

en soit, il était assurément bien loin de tirer de la guimbarde

* M. Eulenstein demeure à Londres, No. 300, Oxford-street. Avant sou départ de Paris, il a été admis à joaer son instrument chez Madame, Le grand Charles X. et la |ohe duchesse d'Angoniéme ont dakpé le coupiim«iter. -X.

t Voyez Mém^etf tom. v, p. 8.

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tout le parti qu'en tire M. Ëulenstein. C'est après dix ans d'études réfléchies et opiniâtres que ce jeune artiste a atteint le but qu'il se proposait, en sorte qu'en donnant l'analyse de la guimbarde, considérée comme corps sonore, je ne ferai que présenter le résultat de ses découvertes.

Une guimbarde 'prise isolément donne un son grave quelconque, portant tierce, quinte, octave, etc. Si la tonique grave ne s'entend pas dans les guimbardes basses, il faut s'en prendre, non à l'instrument, mais au défaut de moyens de l'instrumentiste. En examinant ce résultat, on ne peut s'empêcher de remarquer l'ordre et l'unité établis par la nature dans les corps harmoniques, et qui place la musique au rang des sciences exactes. Les sons de la guimbarde ont trois timbres difïerens. Les sons graves de la première octave ont du rapport avec les sons de chalumeau de la clarinette, ceux du médium et du haut, avec la voix humaine de certaines orgues: enfin, les sons harmoniques sont en tout semblables à ceux de Vkarmonica, On conçoit que cette diversité de timbres jette déjà une grande variété dans upe exécution que l'on regarde toujours comme devant être faible et mesquine en raison de Texiguité de l'instrument. Néanmoins, on ne pouvait encore en tirer grand parti, puisque, dans l'étendue de trois octaves, se trouvait une foule de lacunes qui ne pouvaient toutes être remplies par le talent de l'exécutant : d'ailleurs, la plus simple modulation devenait impossible. M. Ëulenstein a remédié à cet inconvénient, en faisant confectionner seize guimbardes qu'il accorde au moyen de cire à cacheter placée en quantité plus ou moins grande à l'extrémité de l'âme. Chaque guimbarde donne alors pour tonique une des notes de la gamme diatonique ou chromatique, et l'exécutant peut remplir tous les intervalles et passer dans tous les tons en changeant de guimbarde. Pour que ces mutations n'interrompent pas la mesure, on doit tenir toujours une guimbarde en avance, de même qu'un bon lecteur a les yeux, non sur les notes qu'il exécute, mais sur celles qui les suivent. Les sons de la guimbarde s'obtiennent par l'at- Iraction et la repression de l'air dont la colonne est interceptée par l'âme de l'instrument ; la pression des lèvres sert avec le souffle à déterminer la gravité et l'acuité. On conçoit dès lors que ce bizarre instrument est très-fetigant pour la poitrine, et qu'il est pernicieux aux dents, son apposition lorsque l'âme est mise en mouvement, produisant à peu près l'effet de vibrations d'un diapason.

C'est par un exercice continuel que M. Ëulenstein est parvenu à surmonter une foule de difficultés et non-seulement à étonner, mais à satisfaire toutes les personnes qui l'ont entendu. Il a souvent employé les ressources de l'art pour enchanter les oreilles des auditeurs, et les plus prévenus ont été forcés de rendre justice à son talent. Les amateurs se sont accordés avec les

compositeurs pour applaudir les airs charmansde M. Ëulenstein. Ses variations sur Tair Di tanii palpiti sont on ne peut plus agréables. Je lui ai entendu exécuter un duo de harpe et guimbarde avec M. Stockausen; celui-ci a eu le soin, dans les solos de guimbarde, de n'accompagner que pianissimo, et, pour ainsi dire» en caressant les cordes ; de façon que la partie de M. Ëulenstein s*est entendue parfaitement. Il est des personnes qui, tout en accordante ce jeune artiste les éloges qu'il mérite, regrettent pour lui le tems qu'il a employé si laborieusement à perfectionner le plus ingrat des instrumens : ces observations seraient justes, si M. Ëulenstein était musicien à la manière de Kûch qui ne mérite ce titre que la guimbarde à la bouche : mais M. Ëulenstein est bon violoniste et habile guitariste ; il s'adonne en ce moment a l'étude de la composition, et il a l'intention de se fixer à Paris à son retour d'Angleterre. Ses amis ne sauraient trop l'engager à prendre ce parti. Avec le talent qu'il possède et la patience dont il a fait preuve, il ne peut manquer de faire faire de grands progrès à la guitare et de continuer honorablement les travaux de MM. Sor, Carulli et Carcassi.

J. Adrien-LatasoE.

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