‹ Le Mercure de LondresChapitre 18 sur 125 · APOSTROPHE A LA MER · texte numérisé non relu

APOSTROPHE A LA MER

Je goûte du plaisir au milieu du bois sauvage; je sens des transports de joie sur la rive solitaire ; je trouve de la société là où il n'y a personne, au bord de la mer profonde ; pour moi ses mugissemens ont de l'harmonie : je me dérobe à tout ce que j'ai été, à tout ce que je suis, pour vivre avec l'univers ; alors j'éprouve ce que je ne saurais ni taire, ni décrire, et si je n'en aime point l'homme davantage, j'en aime plus la Nature.

Continues de t'agîter, Océan aux eaux profondes et d'un bleu noirâtre : en vain dix mille flottes te sillonnent : l^omme marque la terre de ses ravages ; mais son empire finit là où commence le tien. Sur tea plaines liquides tous les naufrages qui arrivent sont

des coa{Mi qiie toî-'inêine as frappés ..... Il pousseun ,cri â!én<» fant; et inconnu, sans linceuO, sans pottlpe, il disparaît, dans l'abîme de tes eaux, comme une goutte de pluie. L'instant d'après il ne reste d'autre vestige de ruine, que celui de la sienne propre.

Il ne peut fouler tes diemias de ses pas ; il ne peut s'enricliir des dépouilles de tes champs : tu te lèves et lei secoues loin de toi. Cette puissance qu'il emploie à la.dec^uetion âtx monde, tu la méprises : tu le jettes de ton sein dans le» cieux : tu le portes tremblant au milieu de. tes ondes joyeuse^et criant' une prière à son Dieu, vers quelque baye ou quelque port odt il |k mis tout son es* poir; et puis tu le précipites sur.U terre; qu'il y demeure.

Les armemensqui, à.coaps-de-tonnerré^ di&persentles murailles des cités; qui font battre de crainte lé cœur des nations ; qui font pâlir les rois jusque dans le fond de leurs palais ; les masses mouvantes de cfaéne qui gonflent un étred'argile de l'idée qu'il est le souverain des mers et l'arbitre des combats; ne sont que tes jouets ordinaires, et comme uil âobcm de neige, ils fcmdl^dans l'écume 'de tes vagues. Tu engloutis également les vaisseaux confiants de l'Armada et les vaiseaux vaincus de Tra&lgar.

Four rivages, tu as des Empires : ils sont changés, tu «s toujours le même* Et FAssyrie» et la Qrèce, et Rome, et Carthage^ que sont-ils devenus ? Tes vagues portèrent le ravagé chez eux» tandis qu'ils étaient libres ; et maintenant qu'ils ne le sont plus» elles l'y portent encore. Ces peuples, ils sont la proie de l'Etfânger, de l'Esclave, du sauvage : lespays qu'ils vivifiaient présentent l'image de la mort. Toi, tu D'as offert d'autre changement que celui qui provient du jeu de tes vagues indomptées. Lé téms n'imprime point de ride sur ton firent d'azur ; et ce que tu parus le jour de la création, tu l'es encore aujourd'hui

CAîftfc Marold, dont. IV. Steiw. CLXXVIII., CLXXIX,, CLXXX., CLXXXI.» CLXXXIL

A. GuiLBEBT.

LITTÉRATURE FRANÇAISE

MEMOIRES de ScipioN d« Ricgi, évêgw de Pistoie et Prato» et réformateur du catholicisme en Toscane, sous le règne de Léopold: par De Potter. Paris. 1826. Baudoin, frères.

C'est ici une réimpression, fiûte sur l'édition orâinale. de Bruxelles, publiée en 1825. (d vol. in 8o). Telle est la liberté de la presse et de la librairie dont on jouit en France, qu'on ne pourrait

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que très difficilement se pit»eur» à Paris l'édition originale ; c'est pourquoi Ton a entrepris cette réimpression, en omettant de simples détails, des répétitions d'obscénités et des réflexions d'une liberté qui serait chez nous trop périlleuse. Nous croyons savoir que la véritable iiistruction n'a rien perdu à ces retranchemens illégaux, ou «i l'on veut, très conformes à nos lois d'exception; mais on a pu voir, dans quelques uns de nos journaux, que ces omissions vont été réimprimées à Bruxelles^ en forme de supplément.

Mr. De Potter, bien connu par une histoire satyrique du christianisme, intitulée, Esprit de VEgliêe, a rédigé l'ouvrage que nous annonçons, en faisant usage des mémoires et des documens que Scipion de Ricci a laissés sur sa vie,, et qui doivent se trouver chei! Mr. Lapo de Ricci l'un de ses parens. Mr. De Potter avertit quand il se borne à copier les mémoires originaux, et il déclare y avoir joint ses propres réflexions, et avoir pris ses extraits dans la bibliothèque de ce même parent de l'ancien évéque de Pistoie, ou dans les écrits publics ou privés de certains personnages, écrits qu'il a grand soin de citer. Il y a donc Heu de croire à la véracité des faits et des écrits employés dans ce recueil, quoiqu'ils soient en grande partie fort scandaleux.

L'évêque Ricci était neveu du général des Jésukes, lAwreni Ricci, et ce ne fut point par ignorance qu'il préféra constamment aux doctrines des Jésuites, qui lui furent d'abord présentées, celles des écrivains de Port Royal. Il en fut puni par une suite continuelle de persécutions, malgré la douceur de son caractère, sa charité et sa pieté vraiment dignes de servir d'exemple. Promu à Fépiscopat de Pistoie que l'on avait réuni à celui de Prato, il trouva daôis son diocèse de graves désordres à réformer, et dans son souverain, le grand Duc de Toscane, des lumières, un grand sèle reli^eux et politique, et un penchant aux réformes, que l'on ne peut comparer qu'à celui de l'Empereur Joseph^ son frère. L'Ëvéque et le prince, agissant de concert, ne firent sans-doute que des changemens dignes d'être aj^rouvés; mais l'on doit croire qu'ils ne sw^nt pas bien apprécier toutes les difficultés, et qu'ils ne mirent pas dans leurs dâsarchea assez de lenteur et de cffconspection. Par leurs soins et leur autorité, l'inquisition fîit supprimée en Toscane; des couvents livrés aux plus odieux scan»* dâlés, au plus impur quîètisme, furent réprimés ; des observances inutiles, superstitieuses ou dangereuseslurent prohibées; on rétablit dans les cloîtres et dans le monde les études chrétiennes presque aûléantiçs ; et ce ftit en prescrivant la lecture de l'écriture sainte, ^ substituant des .ouvrages d'une doctrine exacte aux livres d'une piiié;rile dévotion* Les congrégations ou confréries furent dissoutes, eonme destructives du gouvernement canonique épiscopal et paroissial ; le culte idolâtre des images, et le cordicolisœe charnel ferrent supprimés ; l'emploi des biens ecclésiastiques fut

sagement dirige : on vit cesser les simonies et les autres abus des dispenses, des indulgences, des quêtes monacales, des autels dits prwUégiés* &c. îa source des plus graves désordres était, eh Toscane, comme ailleurs, l'excessive multiplication des couvents, et surtout leur exemption de Tordinaire, leur gouvernement, leur surveillance, réservés au Pape seul, et interdits aux évêques diocésains. Ce contre-sQUs était fondé sur des privilèges d'ordres, autrement sur des contre-canon pontificaux, maintenus, protégés par les curialistes romains, avec la plus aveugle obstination. Il est prouvé dans cet ouvrage que le gouvernement de Toscane se plaignit en cour de Rome, sans aucun succès, durant plus d'un siècle des plus coupables dérèglements de mœurs des reHgieux et des religieuses exempts de l'ordinaire ; l'Ëvêque de Ricci et le grand Duc Léopold ont eu la plus grande peine à &ire cesser le cours de ces débauches qui duraient depuis plus d'un siècle, et ce sont les détails juridiques tirés des archives de l'offidalité ecclésiastique de Pistoie, sur des scandales si déplorables, qui font la partie la plus honteuse des mémoires de Mr. de Potter. Heureux le pays dont les officialités ecclésiastiques sont supprimées de ùàt comme de droit, ainsi que les exemptions des monastères !

Après les afireux désordres des ecclésiastiques exempts de l'ordinaire, ce qui nous a le plus frappés dans ce recueil, c'est le procès-verbal d'auptosie du corps de Clément XIV, procés-verbal dressé par ordre du ministre d'Espagne à Rome, et par lui envoyé dans le tems à la cour de Madrid. Il en résulterait que cet illustre pontife, mort dans l'année, après avoir aboli Tordre des jésuites, périt, en effet, avec toutes les marques les plus claires d'un empoisonnement consommé sur sa personne. Ce ne serait donc pas sans raison qu'il disait lui-même : Je meurs, et je sais bien pourquoi.

En récompense de son zèle et de ses efibrts, l'Ëvêque Scipion Ricci fut cruellement persécuté ; il fut calomnié sans-cesse, assailli par des assassins, destitué de son Ëvêché, condamné par la bulle, auctoremjideif deux fois emprisonné, et subit, à la fin de sa tie, l'humiliation de signer par peur et malgré ses rares vertus bien reconnues, une rétractation qu'il a démentie en vain par une déclaration contraire, laquelle ne fit que constater son malheiu et sa faiblesse au déclin de ses jours.

Une singularité bien remarquable, c'est qu'il ait fait, presque toute sa vie, une guerre assez vive au cordicolisme charnel de

* A la paroisse Si, Eustache à Paris, croirait-on que le clergé a eu Timpudence de feîre graver en lettres d*or à la chapelle de la vierge, ces deux mots : Autel privilêoijè. Français, quand cesserez-vous donc d'être les jouets de ces prêtres, lâches imposteurs qui se soûlent de vos richesses, forts comme ils le sont, de la protection dn i^ns stupidedes rois! Guerre ! guerre à ce ^1 rebut de la société !

F. Châtelain.

Marie Alacoque, religieuse visitandine, dirigée dans ses visicms miraculeuses par le ûimeux Jésuite La Colombière; et que» d'autre part, ce prélat, ait dépensé tant d'argent pour soutenir le culte local de Ste. Marie de Ricci, religieuse dominicaine, sa parente, laquelle vivait dans le XVI siècle, fut canonisée au XVIIP, et semble avoir été la plus ancienne de toutes les cordicoles. Ainsi que Marie Alacoque, béatifiée depuis le rétablissement des Jésuites, elle avait épousé Jésus en personne par contrat en bonne forme, et ratifié aussi très miraculeusement par l'époux. Il est vrai que Ste. Ricci, moins favorisée, ne changea de cœur charnel qu'avec la Sainte Vierge, au lieu que Marie Alacoque, plus heureuse, eut divinement sa poitrine ouverte, comme on le voit maintenant, dans les tableaux de nos églises, et qu'à la place de son propre cœur, elle reçut en substance le cœur charnel de son époux. Tout cela est utile à recueillir, quand on veut bien fixer les dates dans l'histoire du cordicolisme, devenu de nos jours, pour plusieurs personnes, comme un second évangile.

Lânjuinais, de VInstiiut,

Dernièrement en faisant des fouilles pour découvrir des monuments anciens on a trouvé une urne assez belle sur laquelle étaient inscrits ces mots :

Ci-git Voisweté,

On a tout lieu de croire que cette urne funéraire renfermait les cendres de la première femme qui a enfanté un Bourbon ; Voisiveté étant, comme chacun sait, ta mère de tous les vices,

F. Châtelain.

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