‹ Le Mercure de LondresChapitre 2 sur 125 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

d'une comédie en 3 actes, intitulée : Le» Contrariétés, reçue depuis

1820, au premier théâtre français.

Sylvain, au service de Valcour, vient de quitter ce dernier, sur les avis de Lise, sa maîtresse, pour devenir valet de Médor, oncle de Lucile, jeune veuve, dont Valcour est amoureux. Le but de Sylvain en entrant au service de Médor, est de se rapprocher de Lise, qui la menacé de tout son ressentiment, s'il ne lui obéissait ponctuellement.

Le monologue suivant ouvre le deuxième acte. Le théâtre représente une place publique ; d'un coté l'hôtel de Médor, de l'autre celui de Valcour.

Sylvain.

(il a endossé la Itérée de Médor et porte sous son bras celle de

Valcour,)

Je Tai donc déserté, cet ancien domicile,

Si bon, si favorable à mon humeur tranquille.

Où dans l'oisiveté s'engraissant à loisir.

Ma paresse a long-tems trouvé le vrai plaisir !

Là, pour mes torts, un maître indulgent et paisible,

Au pardon demandé fut toujours accessible ;

Pour le moindre service, il était généreux

Aussi ma probité le servit de son mieux :

Lorsque certains quidams trompaient sa vigilance,

D'abord à l'intendant, j'en donnais connaissance :

Il est vrai qu'au logis, marmiton, cuisinier.

Se disaient : ** Le benêt connait peu le métier !"

Mais ils aimaient au fond mon air, ma gentillesse.

Et tous, jusques au chien me faisaient politesse.

Las ! il n'est plus ce tems ! Et mon maitre nouveau.

Par le travail peut-être endurcira ma peau !

Peut-être que sortant d'une maigre cuisine,

A l'office les plats feront piteuse mine !

Peut-être aussi qu'un vin aigrelet ou grossier

Va pour tout vertu m'écorcher le gosier.

Et qu'il faudra noyer Tapjêté du Surène,

Dans un bain copieux d'eau trouble de la Seine ! . . . .

Ah ! c'en est trop 1 Sylvain est un sot, un oison, ^

S'il ne rentre sur l'heure en sa douce maison ;

LE MERCURE D£ LONDRËSé 5

Tu le peux, mon ami, vois cette soubre veste,

De ton bonheur passé seul et précieux reste,

Ce n'est point il est vrai, la perle des habits.

Mais, puisqu'il te fut cher, écoute ses avis :

Il semble qu'il te dise en son muet langage,

*^ £h ! de m'abandonner, Sylvain, tu n'es pas sage,

*' Deux ans tu me me portas, t'ai-je foulé le dos ?

" As-tu maigri sous moi? N'ai-je point du repos

" Répandu sur tes jours le baume salutaire ?

" Ne t'ai-je point doté d'un honnête salaire ?

" N'as-tu pas avec moi soustrait ces vins fameux,

" Dont le goût parfumé t'égalait presque aux Dieux !

*' Mais hélas ! au buffet nos fréquentes visites,

" Pourquoi les rappeller, ingrat, quand tu me quittes!

" Non, ferai-je, parbleu .... rejetons à l'instant

*' Ce maudit juste-au-corps, son poids est accablant ....

Et tandis que personne ici ne nous surveille*

Et que Lise quel mot a frappé mon oreille !

Lise ! qui veut de moi, sous ce nouvel habit !

Lise ! pour qui je sens un si vif appétit !

Lise ! que dira- 1- elle ? en me voyant paraitre,

Portant, comme autrefois, les couleurs de ce maitre

Rejeté par Lucile, on ne sait trop pourquoi ;

(Mais, caprice de femme est pour nous une loi.

Dont le but au plus fin, voilé par le mystère^

Commande le respect sous peine de déplaire);

Lise, va m'en vouloir, m'assaillir, m'accabler.

Me haïrf .... oh! grands Dieux !.... ce mot me fait trembler!

Plus de combats .... et toi, toi mon antique idole,

A Lise, à mon amour, permets que je t'immole ;

Chère Casaque, adieu ! .... puisse mon successeur

Appréciant tes dons, mériter son bonheur !

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