LA MULE DU PAPE
Frère très cher, on lit dans St. Mathieu, Qu'un jour le diable emporta le bon Dieu Sur la montagne, et là lui dit : beau sire.
Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire.
Ce nouveau monde inconnu jusqu'ici, Rome la grande et sa magnificence ?
Je te ferai maître de tout ceci. Si tu me veux fidre la révérence.
Notre Seigneur, ayant un peu rêvé, Dit au démon, que quoiqn'en apparence.
Avantageux, le marché fut trouvé.
Il ne pouvait le &ire en conscience, Ayant toujours ouï dire en son en&nce, .->, Qu'étant si riche on ùÀt mal son salut.
Un tems après, notre ami Belzébut Alla dans Rome : or, c'était l'heureux âge Où Rome était fourmillière d'éltte :
Le pape était un pauvre personnage Pasteur des gens, évêque, et rien de plus.
* ToQt le monde sût ce qtie c'est que la mule du pape ; tout le monde sait qu'on baise cette mule ; mais ce que nombre de personnes ignorent, c'est l'origine du pourquoi dti dit baiier, la dite origine se trouve dans les vers que Ton va lire. F. Châtelain.
L'esprit malin s'enva droft au St. Père, Dans son taudis l'aborde, et lui dit : frère. Si tu voulais tâter de la grandeur!
Si j'en voulais? oui, par Dieu, monseigneur ! Marché fut ûiit, et voilà mon- pontife Aux pieds du diable, et lui baisant la griffe, Le ferfadet, d'un ton de sénateur, Lui mit au chef une triple couronne:
Priiez, dît-il, ce que Satan vous donne, Servez le bien, vous aurez sa faveur.
O vous papes ! voila l'unique source De tous vos biens, comme savez, et pour ce Que le St. Père avait en «on tracas Baisé rtrgot de Monsieur Satanas ; Ce fut depuis chose, à Rome, ordinaire, Que l'on baisa la mule du Saint Père ; Que s'il advient jamais que ces vers-ci Tombent es mains de quelque galant homme, C'est bien raison qu'il ait quelque sou ci ^ De les cacher, s'il fait voyage à Rome.
GaécouRT.