REVUE THÉÂTRALE
Théâtre Italien.
Le Barbier de Sêvilie.
Nous disions l'an passé (page 30 du Petit Mercure) :
" Le Barbier de Séville a été si souvent exécuté en Angleterre, '' que nous nous abstiendrions d'en parler, si nous n'avions à an- " noncer l'apparition de Remorini dans le rôle de Figaro, rôle " dans lequel cet acteur nous a paru peu convenablement placé."
Aujourd'hui nous avons la satisfaction de dire, Pellégrini joue parfaitement le rôle dans lequel Remorini était peu convenablement placé ; Madame Caradori est charmante sous les traits de Rosine, Porto chante très bien son air La Calumnia e un Venticello, Debegnis prête au Docteur Bartolo un caractère très original et I
Curioni sera bientôt digne de succéder à son prédécesseur, Garcia, ,
dans le rôle du Comte Almaviva, l'un des plus difficiles qui !
soient au Théâtre. X.
Pour la réouverture de l'opéra Pietro teremita opéra de Rossmif et la Naissance de Vénus, ballet nouveau de Mr, îyEgville,
THEATRE FRANÇAIS
Lundi, 27 du courant, Le Coëffeur et le Perruquier, Le Charlataiiy et VOncle rival, Mr. Bernard-Léon jouera dans les deux premières pièces.
THÉÂTRE ANGLAIS
Drury Lane.
Benyowsky — Der Freischutz.
Benyowsky, pièce en trois actes, donnée le 16 de ce mois à Drury Lane est une imitation de notre bel opéra de Boyeldieu, dont le sujet est lui-même emprunté au dramaturge Allemand Kotzebue. Voici en peu de mots quelle e9t Faction de la pièce nouvelle.
Le Comte Benyowski, de concert avec ses compagnons d'exil, a organisé une conspiration dont le but est de recouvrer la liberté qu'on leur a ravie. Favorisé de l'amitié du gouverneur, librement admis dans son palais, il a vu sa fille Athanasia et en est devenu éperduement amoureux. Cette prédilection en ûiveur de Benyowski et surtout son amour partagé par la belle Athanasia excitent la jalousie envieuse de StéphanofF, l'un des conspirateurs, qui tente inutilement de noircir Benyowsky aux yeux des exilés. Sur ces entreÊdtes, le gouverneur tant pour consolider son pouvoir, que pour récompenser les services que Benyowsky lui a rendu, accorde à celui-ci la main de sa fille avec sa liberté. Les exilés murmurent de cette préférence, Stéphanoff les excite à la défiance ; tourmenté par la haine insurmontable qu'il porte à Benyowski, il se rend auprès du gouverneur et pour empêcher son rival de jouir de tout son bonheur, il devient le délateur de ses frères d'infortune. Le gouverneur ne peut icroire au rapport qui lui est fait ; un entretien de sa fille avec le comte, ne lui laisse plus aucuns doutes. Benyowski est arrêté. Protégé par Athanasia il s'échappe par une des croisées de l'appartement. C'est-là que finit le second acte.
Au troisième acte, Benyowsky épuisé de fatigues, après avoir gravi les rocs les plus escarpés arrive près du lieu qui sert de retraite à ses compagnons. Transi, couvert de la neige qui tombe
à gros flocons, il va périr • une main secourable lui apporte
une boisson vivifiante qui le rend à la vie. Quel est ce libérateur?
StéphanofiT. Attiré par les plaintes d'un malheureux,
Stéphanoff, poursuivi par le hide.ux cortège des remords, n'a pu résister à la voix de l'humanité. Que devient-il ? quand se tournant vers celui qu'il vient de secourir, il reconnaît ce Benyowsky qu'il
a voulu perdre ! il tire son poignard, il va frapper un
remerciment faiblement articulé par sa victime le ramène soudain à sa générosité naturelle, il jette loin de lui l'arme meurtrière, se
dépouille de ses vêtements, en couvre Benyowsky, et lui prodigue les soins les plus touchants.
Benyowski revenu à lui, ouvre les yeux, il voit Stéphanoff seul, les paupières humides de larmes, à peine va-t-il lui adresser des reproches, que Stéphanoff avouant sa faute, Stéphanoff son libérateur, tombe à ses pieds, reçoit son pardon et bientôt est pressé sur son cœur.
Cependant les exilés avertis par Stéphanoff que Benyowsky les a trahis arrivent en hâte pour se concerter sur les moyens d'échapper à leur despote et de remplacer le chef qui les a impitoyablement livré au glaive de leurs bourreaux. Benyowski! s'écrient*ils, et déjà le fer est levé sur sa tête, Stéphanoff les arrête, avoue de nouveau son crime et doit à son tour la vie à celui dont il vient une seconde fois de sauver les jours.
Soudain un bruit se fait entendre, le combat s'engage entre les opprimés et les oppresseurs ; cette fois ces derniers sont vaincus. Le gouverneur après une vigoureuse résistance, dirige sur Benyowski le seul pistolet qui lui reste ; Stéphanoff auquel Faction du gouverneur n'a point échappée se précipite au devant de Tarme meurtrière et reçoit le coup fatal destiné à BeayowBky* Les cris de victoire 9<mt répétés ; le gouverneur prisonnier s'ea remet à la générosité de Benyowski, celui-ci lui rend la liberté et le mariage du Comte avec Athanasia devient le sceau de la réconciliation générale»
Telle est l'analyse de la pièce* Les situations dramatiques y abondent, particulièrement dans le troisième acte. Les décorations sont fort belles. Le dialogue est ûûble. La musique est une espèce de plum pudding (qu'on nolis passe cette expression) A côté d'un des plus beaux chœurs de notre Boy^idieu, se trouvent des ponts-neufs qui seraient tr4|»p peu fashionables maintenant pour être chantés même dans ks impasses* de la bonne ville de Paris ; les morceaux originaux, s'il y en a, ont un caractère très peu original ; outre cela, à l'exception de WaUaeh qui remplit le rôle de Stéphanoff de manière à supporter la comparaisoi^ avec Gavandan ; à l'exception de la jolie Athanasia, Miss Foote^ qui tire le meilleur parti possible de son rôle, et de Tristram Stark, Harley ; les acteurs jouent aussi mal qu'ils chantent et ce n'est pas peu dire. Miss Povey et Miss Cubitt surtout, ont droit à une mention particulière, il est difficile de chanter plus faux que ces dames, à moins cependant qu'on ne veuille imiter le gouverneur Bedibrd.
L'Opéra de Der Freischutz qui terminait le spectacle samedi dernier a été pitoyablement chanté. Caspar, Hom a eu des intonations plus que douteuses, T. Cooke, n'a pas été ce qu'il^est
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* Impasse remplace le mot Cut-de'tacy mot qui a semblé peu hODaéte à M. M. De Frayssinous et de Quelen.
habituellement, V enfer était indispotéf les machines ont été à-tort et à travers, les chasseurs ont suivi l'exemple des machines, et Miss Cubitt qu'il fallait entendre dans le rôle de Linda après avoir entendu Miss Stephens et Miss Graddon a été continuellement au dessous du ton, comme elle est au dessous de la critique ; Miss Povey à un peu mieux chanté dans cette pièce.
Si Weber eut assisté à cette représentation, qu'eut-il pensé en se voyant massacré de la sorte ?
Cette représentation a fait trouver agréable aux spectateurs, l'annonce de la fermeture du théâtre pendant les huit jours qui viennent de s'écouler.
F. Châtelain.