INCENDIE DE CE THEATRE
La ville de Paris compte un spectacle de moins : le beau Cirque des écuyers Franconi, situé à l'entrée du faubourg du Temple, n'est plus, depuis hier matin, qu'un monceau de cendres. De tout le bâtiment, il ne reste que la façade, encore est-elle considérablement endommagée ; et l'on dit que le limonadier du théâtre éprouve une ruine complète. Les murs de clôture même ont, dit-on, cédé à l'action du feu.
Voici les renseîgnemens que nous avons recueillis sur cet horrible événement. L'incendie a éclaté vers une heure et demie du matin (dans la nuit du 14 au 15). S'il faut en croire un bruit, que nous ne répétons qu'avec une extrême défiance, et qu'on a répandu dans le quartier, le feu s'est déclaré, à la fois, sur trois points diffêrens. Très-vraisemblablement, il ne faut imputer ce mdiheur qu'à la coupable négligence de quelque^ subalternes. Le feu, dans le moment de sa plus grande fureur, a consumé des baraques de planches construites, de l'autre côté du canal St. Martin, dans le voisinage du théâtre. Ce n'est que dans la matinée d'hier qu'on est parvenu à se rendre maître des flammes ; à quatre heures après-midi, le foyer du feu n'était pas éteint.
Plusieurs pompiers ont été plus ouonoins grièvement blessés ; les soldats de ce beau corps se sont distingués comme de coutume. On a long-tems remarqué, parmi les travailleurs, M. Marty, acteur et directeur du théâtre de la Gaîté.
La femille Franconi, logée en entier dans le devant du barîment, a perdu presque tout ce qu'elle possédait en argent, meubles et bijoux.
La caisse, où se trouvait une somme de 40,000 fr. en or, argent et billets, n'a pu être sauvée ; on assure qu'on a trouvé dans les décombres, de l'or et de l'argent fondus.
L'intéressante âiniiUe Fraoconi, dont l'indiistrie aasurfiit l'existence d'un grand nombre de personnes, se trouve à peu près ruinée, et ceux qui la composent n'ont évité une mort certaine qu'en se sauvant, au milieu du trouble, par les croisées de la façade du théâtre.
Les cbevaux ont été préservés ; tous se trouvaient dans une écurie voisine de l'établissement \ mais tovis les harnais, ainsi que les décorations et les costumes, ont été la proie des flammes.
La perte totale est évaluée à plus de cinq cents mïBé francs ; perte que supporte toute seule la famille Franconi.
Ni la salle, ni les bâtimens qui en dépendent ne se trouvaient assurés. Tout s'enchaîne ici-bas : ce qui, au premier coup-d'œil, paraîtrait mériter le blâme, n'est cependittit que la funeste conséquence de l'acharnement qu'on a mis à refuser aux chefs d'une entreprise éminemment utile« et qui faisait subsister deux cents familles au moins, un privilège qu'ils sollicitaient depuis longtemps, et dont l'exploitation défait n'était qu'éventuellement tolérée. Les écuyers Franconi avaient ajourné à l'époque de l'obtemption de ce privilège la mesure de sûreté qui devidt les préserver d'une ruine totale.
A la première nouvelle de cet événement, plusieurs autorités civiles et militaires se sont rendues au lieu de l'mcendfe. On dit que S. A. R. le duc d'Otléans a envoyé des consolations aux frères Franconi. Selon toute apparence ce prince ne s'en tiendra pas là.
Les directeurs de plusieurs théâtres se sont empressés de &ire oflfrir leur salle aux incendiés pour des représentations à bénéfice. Le directeur du théâtre de Madame, M. Poîrson, a, le premier, ofiërt ses services aux écuyers Franconi, de la manière la plus amicale et la plus généreuse.
Par un hasard assez singulier, Ylncendie de Salins est la der« nière pièce qu'on a jouée au Cirque des écuyers Franconi.
Déjà, de toutes parts, on songe à réparer cet affireux désastre, et l'on doit espérer que l'on prodiguera aux malheureux incendiés, les secours de toute espèce qu'ils sont en droit d'attendre de leurs concitoyens.
A «tt numéro prochain, r Analyse de F Ouvrage de M, Monau^ et ce que nous avons à dire du Dtorama, du Plan de Londres^ et du Tombeau d'Ehise et d^Abeylard, Nous rendrons compte aum bientôt du roman nouveau de Buo-Jargal. X.
De r Imprimerie de G. Kicharm, 100, St. Martin*» Li^ie, CtwrlBf Crpae.
LE
PAR
Mr. F. CHATELAIN.
1ère année — No.Sme. — Samedi 1 jivril 1826.
POESIE