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LE COFFRE DE FER

Le gouverneur d'une ville d'Italie, dans le royaume Naples, voulant réprimer les déprédations d'une troupe nombreuse de malfaiteurs qui désolaient les campagnes environnantes, publia un décret par lequel il promettait la libi^té et une somme d'argent au brigand qui viendrait lui livrer un de ses camarades mort ou vif.

Cette ordonnance parvint aux brigands réunis dans leur retraite au milieu des montagnes. Ils venaient de faire un riche butin, et se partagèrent les dépouilles opimes qu'ils devaient à leur audace, et surtout au courage de leur jeune et intrépide capitaine. Mais, celui-ci, assis à l'écart, morne et pensif, ne partage pas la joie commune; Légèrement Uessé dans l'action qui vient d'avoir lieu conttpe Aes voyageurs qui ont vendu chèrement leur vie et leur

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fortune, il présente son bras à ui^e jeuoe et joliç W/^ qui ^aoiifae le sang de la. plaie ; il Ta regarde avec ampur et reeonnaissanefi et laisse quelquefois tomber sur ses camarades un œil où^sepânt la colère et le mépris. Près de lui est le masque noir qu'il vient de déposer, et qui lui sert dans ses périlleuses expéditions*.

A la lecture du décret les brigands frémissent ; ils agitent leur» armes ; ils s'indignent que le gouverneur ait pu les croire capables d'acheter leur liberté et un peu d'or, au prix de la trahison et de l'infkmie. Leur lieutenant surtout ne peut maîtriser sa bouillante fureur; quoique blanchi dans le crime, il possède une sorte d'honneur que révolte l'idée d'une bassesse ; u jure, qu'il punira le gouverneur de les avoir jugés avec un pareil mépris.

Le capitaine seul ne témoigne aucune, indignation, aucune opf lére : on l'entend même murmurer ces mots : " Le gouverneur fait

ion devoir Ne méritons-nous pas le mépris des howûneSf

aussi bien que leur haine ? • iVe sont-ils dignes de tans les

affronts^ de tous les genres de supplice^ ceux, qui outragent à ** chaque instant du jour toutes les lois divines et humaines? . . .

Guizardiy (c'est le nom du lieutenant) . nourrissait contre, le capitaine une haine violente. Ce jeune homme lui a disputé le commandement qui était dû à ses vieux services, et il l'a obtenu* Des actes d'intelligence, de sang froid et d'éclatante bravoure, une sorte de supériorité morale se manifestant sans-cesse et d'ellemême, cet air d'autorité qui impose ^ à des hommes ^ féroces, mais simples, lui ont valu en peu de tems le titre dç capitaine, la confiance et l'aveugle attachement de la troupe. Ce motif de haine est déjà bien puissant sur l'âme fougueuse de Guizardi : une jalousie d'amour s'y joint encore ; il aime Floretta^ cette jeune fille que nous avons vu pansant le bras du chef. Floretta accompagnait ce jeune homme lors de son arrivée dans la troupe ; et depuis elle n'a cessé de partager, avec tout le dévouement de l'amour, les fatigues et les dangers de cette condition nouvelle. Elle a repoussé avec une juste horreur les vœux de Guizardi» • .Celui-ci possède d'ailleurs un secret important

Les brigands se sont retirés dans leur caverne ; ils vont se livrer à un repos nécessaire, et compter encore une fois leurs richesM» avant de s'endormir. Le capitaine reste seul ; il s'éloigne et va chercher, selon sa coutume, une promenade solitaire dans, les gorges des montagnes.

Guizardi suit de loin ses traces ; tout-à-coup, il prend un cbe» min détourné, va se placer au détour d'un défilé, attend le capitaine, et desqu'il le voit près de lui, l'étoid mort à ses pieds d'un coup de poignard. Il lui coupe la tète, place cettç tête dans un coffi'e de fer, et se met en route pour la ville, qui sert de résidence du gouverneur.

Il arrive au palais du prince ; tout y. respire la joie; c'est, on jour de fête ; le gouverneur marie une de ses fiUes : Qm et^î^

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deaiaiidetit au brigand les gardes du château. Il se fait connaître : il prononce son nom, terreur de la contrée ; il dit qu'il vient jou»* de tamnistie, qu'il apporte la tête de son capitaine, le fameuse Paolo, dont le nom n'est pas moins célèbre. On l'introduit dans la salle où le gouverneur est à table, entouré de sa famille et de

ses courtisans. Le brigand expose l'objet de sa visite les

filles du gouverneur, effrayées, veulent quitter la salle ; leur père " s'y oppose : " c^est tm coupable qui se repent,* dit-il, " et qui a ** venffê lui-même la société» Restez ici mes filles ; domptez cette

** faiblesse P^ vous, dit-il, aux domestiques, *^ faites asseoir

" ce nouvel hôte; donnez-lui des raffraichisements Lieute-^

** nant Guizardi, reposez-vous un instant et buvez quand je

** me lèverai de table, nous ouvrirons votre coffre^ je suis curieux " de voir la tête de ce fameux capitaine, qui m'a causé tant d^a^

** larmes en échange de ce cadeau, vous recevrez la liberté

'* et la récompense promise,*"^

Le festin continue au milieu des chants et des réjouissances. Le gouverneur enfin se lève de table ; il s'approche du brigand qui est assis paisiblement près de son coffîre ; le gouverneur ouvre

le coffre que voit-il? la tête de son fils I de son

filsj dont la jeunesse oiseuse, les indomptables passions ont fait loiig-tems le désespoir de sa famille, et qui enfin, depuis un an, a disparu dé la maison paternelle, sans laisser de trace de sa fuite, au moment de contracter une brillante alliance, qui eut comblé, non ses désirs, mais les vœux et l'ambition de son père.

Ce père infortuné modère sa douleur ! il offre au brigand la somme qu'il a méritée : " Gardez votre or^^ dit fièrement celui-ci ; ^^ fat voulu, vous punir de nous avoir cru capables, de la, plus in- " fime lâchetés Le mal que vous avez voulu causer retombe sur

** vous. Je suis vengé ! Je suis libre! Adieu"

(Tire des vieilles Chronicles du xvi siècle.)

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