MADAME D
Madame D**"^**, dont le nom se composé de six lettres, dans lesquelles on remarque autant de voyelles que de consonnes, est aimée de lord CWrmouth, ce qui ne semblera pas étonnant aux personnes qui ont le bonheur de connaître madame D * * * * *. Jolie comme la mère des amours, fraîche comme l'aurore aux
doigts de rose, madame D * * * * * joue à Paris • . • •
les imbédUeSj peut-être! — taisez-vous^ réflexion maudite! que
dirait milord! — madame T>*****^ dis-je, joue à Paris au
théâtre de l'Odéon, et reçoit souvent des applaudissements mérités. Lord Courmouth aime éperduement madame D*"*"**^, et dans un de ces momens où le sentiment l'emporte sur tout, momens heureuXf qui passent avec la rapidité de l éclair / • • • • dans un de ces susdits moments ou un quart dheure après il fait à madame D*^*** de jolis petits billets dont le style est mille fois plus doux que le doux suc de la mielleuse abeille, je veux dire, quelques petits bons sur son banquier de Londres. Madame D ^**** attendrie jusqu'aux larmes, fait à milord le plus beau serment de fidélité qu'il soit possible de faire, ^t milord part l'âme inondée de joie. Par malheur^ pour madame J)*****, elle n'a pas de mémoire; on prétend même que c'est à ce défaut, bien fâcheux, sans-doute^ qu'elle doit l'acueil froid qu'on lui fait quelquefois au théâtre ; elle oublie donc fort innocemment, dix minutes après et son serment et celui qui en est l'objet ; par malheur m • • • «pour
mylord, un jeune homme, seconde édition revue et corrige du FOKMosus APO£]^o, vicut Tisitér madame D. • • • • . ; par bonheur
• pour le jeune hoiiime»« madame D . • • . • . ristceueille avec
•une extrême bienveillance ; par malheur po«iff madame D
le jeune homme propose de faire une petite promenade ;
par bonbew, • . • • • pour le jeune homme, sa demande est accueillie ;
par malheur, ..... pour madame D mylord est jaloux ;
par bonheur» • • « • • pour mylord, il voit sortir madame D • ;
par malheur» • • • • • pour madame D • • • • • mylord a une clef de
son appartement ; par bonheur ...... pour madame D ,
mylord en voulant ouvrir la porte trop précipitamment, force la
serrure; • • • . . ,par malheur pour madame D mylord
possède une grande force dans le poignet ; par bonheur
pour mylord il parvient à entrer dans l'appartement de madame
£> • 3 • • • « ; par malheur «pour l'imprudente madame D . . • . ,
elle n'a pas songé a retirer du tiroir de son secrétaire les jolis
petits bons sur le banquier de Londres ; par bonheur pour
mylord, il brise les tiroirs; par malhâtr pour madame
D • , mylord reprend les jolis petits bons et pois s'en va.
Par bonheur pour madame D , elle avait demandé
d'avance un congé pour venir à Londres toucher les pauvres petits
bons; elle part donc dans Tespoir de toucher d!abord le
perfide et ensuite ; mais hélas ! pour toucher le perfide il fallait d*abord le trouver, et par malheur, . • • . • pour madame D elle ne trouve ni le perfide ni ses petits bons.
Cependant, comme tout se compense dans ce monde et que d'ailleurs une femme qui possède un grand fond de beauté, possède toujours un grand fonds de philosophie; voici ce qui arrive:
Par bonheur.» . • • . pour madame D ••••.. , une actrice dv théâtre français de Londres, justement aimée du public a quitté les bords de la Tamise pour les bords riants de la Seine ; formai» heur pour les habitans de ce théâtre, Tun des meilleurs acteurs est allé à la poursuite de cette charmante* par bonheur
• «•••• pouf l'administration du théâtre, un acteur du premier mérite est venu remplacer l'acteur persécuteur ; par malheur* • • • pour le pubh'c, l'acteur qui est venu, doit bientôt repartir ; par hazard* • • . • » madame D • • . • • • se décide à paraître sur la scène e«^-ce un bonheur pour elle, eat-ee un maiheurpour ie public 'i nos lecteurs le sauront bientôt.
Mr. all eârs et âll êtes.
Au prochain No. notre article sur le furet, nouveau journal publie par itf. Mars,
THEATRE FRANÇAIS
L'intérieur dPun bureau^ L écarté. Le bureau de loterie, L*amant bourru, M, Sam-géne, Le coiffeur et le perruquier.
L'indulgence est, dit-on, plus près de la justice que la sévérité :
liE MERCURE DE LONDRES. \M
aossi dok elle être une des qualités essentielles d'un critique. Mais, comme toute chose, elle doit avoir son tempérament : il ne ûiut pas ^'elle dégénère en faiblesse et en ridicule admiration* Je conçois qu'on puisse se faire illusion quelquefois sur le mérite d'un ouvange ou sur le mérite de celui qui le représente ; une saillie ingénieuse jaiUit-elle de quelque vers ? aussitôt pour les amis de l'auteur, pour les amis de l'acteur, le charme ise répand sur toute la scène qui la renferme, et souvent sur l'acte «entier, de même qu'une rose jetée dans un bouquet communique ses parâims à toutes les fleurs qui l'entourent. Mais cette excessive bienveillance qui ne veut pas voir les défauts où ils se trouvent, qui s'étend sur tout ce qui est Êiible et même mauvais, doit-elle être partagée par ceux dont le devoir est de chercher et de signaler la vérité ? Qui pourrait le penser? Cependant le journal anglais, ihe Courier^ loue, presque sans restriction,^ tous les acteurs du théâtre français de Londres et semble promettre aux plus mauvais d'éntr'eux un succès égal à celui des meilleurs comédiens. Cette opinion contraire à la nôtre ne saurait nous intimider et àmmpter de ce jour, nous relèverons les bévues commises dans the Courier^
car nous ne saurions voir plus long-^tems mettre D au
niveau de L ; ni souffinr -que Mlle B. soit admirée
à l'égal de Mlle St. A. . . .
Ce préambule terminé, parlons du théâtre français.
L'arrivée de Bernard Léon à Londres a été, pour les habitués de ce théâtre, le signal de la plus vive hilarité. Les rôles de Bellemain de l'intérieur d'un bureau, de Poudret du coiâfeur et le perruquier, de FrapHUm, de la Durandtère, de Mitrén^ de Dwro- 9eau, et de M. Sans^gêne ont été tous &vorables à ce charmant acteur, qui a été au-dessus de lui-*même dans le dernier des rôles que nous venons de citer. Depuis deux ans, le talent de Bernard Léon n'a .fiiit qu'augmenter et Poudret du théâtre tottenham est capable aujourd^i de faire la queue à Poudret du gymnase. Cependant nous avons cru remarquer que Bernard-Léon n'avait plus laToix aussi forte, nous sommes tentés d'attribuer ce changement à l'odeur infecte que répand le gaz en Angleterre ; les anglais qui perfectionnent tout devraient bien tâcher de trouver un moyen d'atténuer la mauvaise odeur de ce fluide.; nous les engageons, en attendant, à mettre à profit la manière d'épurer dont on se sert en France, manière qui Tend l'odeur du gaz beaucoup plus supportable. Du reste quelle que fondée que puisse être notre critique sur la voix de Bernard Léon, nous ne saurions disconvenir qu'il ne chante toujours avec un goût exquis. Bernard Léon, à notre avis, est le Jtamagneei du couplet.
Dans l'imêrieur d'un bureau, M. le chef du bureau, Préval, a par&itement secondé son camarade du gymnase. Une indisposition assez grave de Préval a fait substituer, au duel et le d^euner annoncé pour lundi dernier, le coiffeur et le perruquier. Nous
112 h& MERCURE DE LONDRES.
sommes assez heureux pour amioncer à notre tour que cet es» tiraable acteur sera bientôt entièrement rétabli. Le public doit tenir compte à Préval du désir qu'il a de lui plaire, malgré sa maladie il a joué lundi dans deux pièces, et nous a fait croire par le talent avec lequel il nous a représenté le jardinier LatreiUe qu'il était en parfaite santé.
Mlle St Ange a été charmante dans le rôle du petit clerc de notaire de Têcarté. Sa vivacité, son enjouementont fait trouver un peu moins mauvaise Mlle Brochard qui cependant a été dans cette pièce ..... ce qu*eUe est toujours. L'amant bourru a été assez bien rendu, du moins jugeons-nous des deux premiers actes par le dernier, n'étant arrivé que très tard au théâtre. Pelissiê dans sa dernière sortie a mis beaucoup de chaleur, la Comtesse de Sancerre et la marquise de Martigne ne méritent également que des éloges.
Darcy a été M. Sans-gêne dans le rôle à! Eugène de la pièce portant le titre de M. Sans-gêne ; il a cru qu'il pouvait chanter faux et à peine savoir son rôle ; que Darcy y prenne garde, quoîqu'en dise ^Ae Courier, ses progrès sont infiniment peu sensibles, Darcy est d'autant plus blâmable qu'il nous a prouvé quelquefois qu'il était susceptible de faire des progrès ; pourquoi dPabord s'obstiner à regarder s'il y a un lustre dans la salle de Tottenham, depuis long-tems Darcy, qui a sans cesse l'œil braqué sUr le firmament, devrait s'être apperçu qu'il n'y en a point ; ensuite .....
Madame Degligny joue bien le rôle de Mlle Desroches, mais son' costume est-il bien exact ?
Mlle Léon dans l'oncle rival a bien joué le rôle de Julie ; en général, cette actrice est mieux placée dans la comédie que dans le vaudeville, qu'elle ne chante pas toujours en mesure. On dit Mlle Léon, remplie de bonne volonté, c'est un titre à l'indulgence, aussi suivrons-nous cette actrice dans les difierents rôles qu'elle jouera. Nous rengageons à abdiquer sa timidité, c'est le moyen de mieux jouer.
Sidalie a été comique dans Fignolette du Charlatan, nous l'avons également vu avec plaisir àms la nièce de Poudret
quant aux autres acteurs» nous en parlerons toujours assez
tôt pour eux et pour nous. .... .la vérité n'est quelqu^ois pas
aimable à dire. X.
Lundi prochain, le ckaieau de la poularde.
Mercredi, le Tartuffe, Bjbrnârd Lûojh remplira le rôle du Tartuffe, et Mlle De Bièvre Darcey celui à'E/mire,
Bernard-Léon veut-il bien jouer mercredi ? qu'il se garde de nous représenter Tartuffe, comme la fait l'an dernier St, Eugène
artiste sociétaire du premier ihéitre Jhmçaie de Paris ou
soi-disant tel.
Nous parlerons des ^éâtresdans le N^* prochain.
Oe rïmprimerfe de C. Kichamms, 100, St. Martint Lane, Charing Cross.
LE
PAR
Mr. F. CHATELAIN.
1ère année — No, Sme. — Samedi 15 Avril 1826.
POESIE