INCONVÉNIENS D'UN VOYAGE EN DILIGENCE
Tel est le titre de douze tableaux, lithographies par M. Xavier le Prince, et qui se vendent, chez MM. Sazcrac et Duval, passage de l'Opéra.
Le premier inconvénient est de retenir la première place et d*être obligé de l'offrir par politesse à des dames qui se gardent bien de la refuser; on fait alors contre mauvaise fortune bon cwuTf et, quand la compagne die voyage est jolie, on a quelquefois lieu d'être satisfait d'avoir eu des complaisances pour elle.
Le deuxième inconvénient est celui d'arriver lorsque la diligence vient de partir, et de se voir dans la nécessité de courir après sans pouvoir la ratrapper ; vous avez beau crier : Arrêtez ! arrêtez! «...le conducteur vous entend bien, mais comme il a l'espoir de vous remplacer, à son profit, pendant la route, il ordonne ail postillion de presser le pas ; vous restez là la bouche' béante, et vous retournez chez vous avec un sac de nuit, une canne, un parapluie sous un bras, un porte-manteau, un vieux carrick sous l'autre, et un caniche derrière qui a le soin d'aboyer de toutes ses forces pour que les voisinus n'ignorent pas votre mésaventure.
Pendant la route, il se trouve une côte à gravir ; on voua &it
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descendre pour ne^pas harasser, les chevaux : la pluij?» le yenU Torage surviennent ; la cornette de la nourrice s'envole, le casque à mèche et la perruque du vieux rentier tombent et roulent dans Tornière, ; le vent s'engoufTre sous la pèlerine d'une jeune innocente ; un oiBcier de cuirassier s'approche, et, au lieu de rattacher le vêtement discret, il ote adroitement Tépingle qui pourrait le retenir ; un conscrit, pour préserver son schako de la pluie, le couvre d'un mouchoir qu'il a payé dix centimes sur le Pont-Neuf; le petit épagneul de la douairière se fourre dans les jambes de sa maîtresse et lui fait faire une génuflexion dans la boue : la diligence reparaît, on monte : le cuirassier en jurant, la nourrice et la douairière en cognant, et l'innocente en soupirant. On roule de nouveau ; les uns dorment, les autres babillent, le cuirassier et la jeune fille se regardent ;. de temps en temps, cette dernière rougit et baisse les yeux. On arrive à la poste ; la table est mise ^..c'içskt le quatrième inconvénient, car, la soupe à peine servie, le çoaducteur invite les voyageurs à payer chacun 3 fr. pour le dîner et à remonter tout de suite en voiture. La domestique de l'auberge, célibataire aimable qui paraît s'être engagée à donner tous les douze mois un nouveau paroissien au curé de son village, vient prier qu'on n'oublie pas la ^lle ; la douairière est moins fâchée d'être restée à jeun que de n'avoir pas eu le temps dé faire avaler un biscuit à son chien chéri. On continue la route, et l'une des habitantes de l'impériale 'prouve qu'il n'est pas de rigueur de voguer sur les eaux pour être atteint du mal de mer. Nous ne donnerons pas la description de ce cinquième inconvénient ; noa lecteurs ne nous en saurons pas mauvais gré.
Le sixième est presqu'un malheur : la diligence s'embourbe ; il faut descendre et mettre les pieds dans l'eau, ce qui procure aux dames l'occasion de prouver qu'elles ont la jambe bien &ite» et aux hommes qu'ils sont vigoureux. Un peu plus loin, la maladresse du postillon fait verser la diligence: alors les malles» les paquets,, les hommes, les caniches, les femmes, les épagneuls^ tout est pêle-mêle ; la jambe de l'innocente se trouve à la portière ; à côté, on aperçoit les moustaches du cuirassier, le cons-> crit est caché sous la mante de la douairière ; on se débat, OQ crie, on tempête ; le conducteur, plus alerte que les autres, veille à ce que son porte-manteau ne disparaisse pas, le postillon détèle ses chevaux, et petit à petit, tout rentre dans l'ordre. On se croit au terme des inconvéniens, pas du tout ; les bons gendarmes se présentent, exigent l'exhibition des passeports, et, malgré les supplications de la vieille épouse du rentier, ils veulent conduire en prison cette infortunée victime du trois pour cent, tandis qu'ils laissent aller tranquillement un jeune commis marchand, assez adroit pour faire croire aux bons gendarmes, que la carte d'un restaurateur lui a été délivrée à la préfecture de police, ainsi qu'un autre voyf^eur, blond, camard, ayant de grands yeox
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Meàiî, «t porteur du passeport d*un homme brun, possédant un nez aquilin et un seul œil noir ; mais on peut être un excellent gendarme et avoir la vue basse. Nous voilà au neuvième inconvénient, et nous sommes dans la chambre des vieux époux voyageurs ; Madame est déjà dans les bras du sommeil, que monsieur ne peut avoir Tintention de troubler, le petit chien est étendu nonchalamment sur l'oreiller qui était destiné à son maître, monsieur a déposé ses vêtemens sur le pied de la couchette conjugale, et s'apprête à placer l'éteignoir qui va lui dérober les ci'-devants appas de sa respectable épouse, lorsqu'une grosse servante vient prévenir que la voiture va partir ; comme il ne serait pas économique de stationner dans une auberge, il faut obéir, et reprendre sa place dans la gondole. Il est nuit ; à peine en mouvementé la diligence est attaquée par une bande de voleurs, qui ne laissent aux voyageurs que les yeux pour pleurer, et les effets qu'ils ne peuvent emporter. On pourrait se croire débarrassé de tous les inconvéniens, mais les douaniers ont le droit de tout visiter ; ils arrivent, et rien ne leur échappe, pas même la perruque du rentier, ni la ceinture de l'innocente; les gentils douaniers trouvent, dans le ridicule de cette dernière, un billet doux que le cuirassier venait d'y glisser ; ils le saisissent comme objet de contrebande. Le douxième et dernier inconvénient est l'arrivée au lieu de la destination; tous les voyageurs se saluent et se quittent pour ne jamais se revoir. L. D. M.
LITTÉRATURE FRANÇAISE
BIOGRAPHIE DES QUARANTE DE L* ACADÉMIE FRANÇAISE. f
Cette biographie porte pour épigraphe ce passage tiré de Dulaure : "y a-t-il de l'honneur d'être membre, y a-t-il de lahonte d'être repoussé d'une société qui n'est pas libre dans ses choix, dans ses délibérations, et oii l'on peut admettre et exclure par ordonnance ? "
Et pour justifier ce que dit Dulaure, le malin biographe nous fait voir, et ce qu'ont fait M. M. D'Aguesseau, Dacier, Dezèze, François, Frayssinous, De Quelen, Pastoret, Villar et Compagnie, ^ui sont académiciens ; et ce qu'ont fait M. M. Amault et Etienne qui ont été rayé de la liste des quarante immortels. Nous allons citer son article sur Mr. Etienne, en regrettant que le défaut d'espace nous prive de citer celui consacré à Mr. Arnault qui porte pour épitaghe ces deux vers de notre immortel Boileau :
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté se plait à Fadmirer.
pensée admirablement appliquée à routeur de Marius.
Voici l'article sur Mr. Etienne :
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t Paris, ï^$f chez les marobands de nouveautés. ■■