LES CONVULSIONNAIRES ONT LE DON DE L'INTELLIGENCE
DE l'Éloquence, de révélation et des langues.
Les convulsions n'auraient pas suffi pour produire l'émotion qu'elles causèrent, si elles n'avaient été accompagnées de certains phénomènes que nous allons rapporter. Les uns étaient intellectuels, les autres appartenaient à l'ordre physique.
Parmi les phénomènes intellectuels observés chez les convulsionnaires on remarque le don de {'intelligence^ de V éloquence et de révélation. « Il est de notoriété publique, dit Montgeron^, que les convulsionnaires, en général, ont beaucoup plus d'esprit, de pénétration et d'intelligence lorsqu'ils sont en convulsions que dans leur état naturel. On voit jusqu'à des jeunes filles extrêmement timides, dont le fond n'est <\\x ignorance, stupidité, basse naissance, qui, dès qu'elles sont en convulsions, />«r/e/7^ néanmoins avec feu , élégance et grandeur ^ de la corruption de l'homme par le péché originel; de la nécessité
1 Montgoron, Idée de l'état des convulsionnaires, tome II, p. 67.
2 H., id., tompi II, p. 17.
de la grâce du Sauveur pour s'en relever et faire saintement ses actions; du devoir de demander continuellement à Dieu celte grâce toute gratuite de sa part; de l'obligation indispensable de faire toutes nos œuvres en vue de lui plaire; du besoin que nous avons de réparer par de dignes fruits de pénitence celles qui sont mortes par le défaut de ce principe; de toutes les autres vérités de la foi et do la morale chrétienne condamnées dans la bulle, et combattues par le grand nombre; du ministère d'iniquité qui s'opère au milieu de l'Église à la faveur de cette Constitution; en un mot, de tout ce qui concerne et intéresse la religion. » Ailleurs le même historien précise davantage ce phénomène. « Il est, dit-il', à la connaissance de tous ceux qui ont suivi l'œuvre des convulsions, qu'il y a un très-grand nombre de discours d'une beauté parfaite; que ceux et celles qui les faisaient étaient pour la plupart des personnes sans éducation, sans étude, sans aucun talent naturel; et que dans ce nombre môme il y a des enfants de treize, quatorze et quinze ans, qui ont fait pendant fort longtemps, sans manquer un seul jour, des discours tres- ■profimds, très- frappants et très-sublimes, qui duraient souvent plus d'une heure, sur les points les plus intéressants. " Et ailleurs encore ; « Tout à coup on a vu cette troupe dHidiots repousser avec force tout ce qui s'élève contre la science de Dieu. On les a entendus avec joie et suTprke parler magni/iquemevt sur tout ce qui intéresse la pureté delà foi qu'on s'efforce d'obscurcir, et prononcer des discours véhéments dans lesquels ils ont fait sentir par les traits les plus vifs et de la manière la plus claire l'importance des vérités condamnées par la bulle. . . On a vu cette multitude d'enfants, d'ignorants, d'imbéciles s'écrier de * Idée de l'œuvre des convulsions, p. 61 .
toutes parts, plusieurs dans un style sublime et figuré, rempli de passages et d'expressions de l'Écriture sainte'. »
Au surplus, ce n'était pas volontairement, mais forcémeut que les convulsionnaires prononçaient leurs discours : (( Il leur arrive souvent, dit Montgeron ^, que leur bouche prononce une suite de paroles indépendamment de leur volonté; en sorte qu'ils s'écoutent eux-mêmes comme font les assistants, et qu'ils n'ont de connaissance de ce qu'ils disent qu'à mesure qu'ils le prononcent. » Nouveau trait de ressemblance encore avec \es inspirés des Cévennes de 1700. Le célèbre convulsionnaire Fontaine prononçait d'une manière forcée la plus grande partie de ses discours ; de façon quil sentait quune puissance supérieure remuait sa bouche et formait ses paroles sans que sa volonté eut besoin d'i/ contribuer^.
Quant au don de prédiction , les jansénistes ont vainement prétendu le posséder : ce don leur fit défaut. Le prophète Élie, dont ils ne cessaient d'annoncer la venue prochaine, suivant la promesse de l'Évangile, n'a pas encore paru. Malgré cette déconvenue, il n'en reste pas moins étrange que la prédiction relative à l'apparition d'Élie ait été faite par tous les convulsionnaires à la fois , sans qu'on puisse constater leur entente préalable sur ce point. Autre preuve qu'on leur faisait dire ce à quoi ils ne pensaient nullement.
Mais si le don de prédiction manqua, on n'en peut dire autant de celui de révélation et peut-être de celui des langues, h Les partisans ou les adversaires des convulsions
1 Montgeron, II, p. 58.
2 Idée de l'état des convulsionnaires, tome II, p. 64.
3 Idem, p. 80. — C'est ce que l'on appelle aujourd'hui speaking médiums, médiums parlants.
ont attesté ou avoué, dit Montgeron \ que plusieurs convulsionnaires parlent en extase des langues inconnues et étrangères, dont il est visible qu'ils comprennent alors le sens,... et qu'ils révèlent des choses très-cachées, même les secrets des cœurs. » Sur ce dernier point, les auteurs les plus hostiles aux convulsions ont confirmé le fait avancé par Montgeron et, ne pouvant l'expliquer, l'attribuèrent à Satan.