‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 108 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A. — Observations du magnétiseur Lajontaine .

Lafontaine, dans ses courses à travers l'Europe, eut roccasion d'observer parmi les crisiaques qu'on lui amenait pour tenter leur guérison par le magnétisme, des pliénomènes qu'on peut rattacher à ceux dont il vient d'être question.

Ainsi, ilraconte(i) qu'une jeune fille degrande famille, en Angleterre, présentait tous les symptômes de la grande hystérie décrite depuis par Charcot, et cette agilité extraordinaire qu'on a constatée plus rarement. Quand il arriva chez elle, il la trouva étendue sans mouvement sur un lit. sans respiration apparente; la vie semblait lavoir abandonnée ; son visage, d'une pâleur mate était couvert d'une èueur froide. Tout à coup, ce cadavre s'anima :

D'un bond, la jeune fille fut au milieu de la chambre, les yeux grands ouverts et fixes, gesti-

(1) Mémoires <fun Magnétiseur, t. !•% p. 2Si.

5o LA LÉVITAÏIOS'

Cillant avec les bi*as, séleimnt sur la pointe des orteils el courant, à demi vêtue, parla chainbre ; puis, se jetant à terre, se roulant dans des convulsions allreiises, se heurtant de toutes parts en jetant des cris et frappant les personnes qui cherchaient à la retenir pour éviter qu'elle se blessât. Puis, se redrcs sant soudain et prononçant des paroles mêlées de sons inarticulés, elle marchait droit et ierme, sautait à des hauteurs inouïes: puis, se tordant dans des poses impossibles, elle mettait sa tète entre ses eenoux, levait en l'air une de ses jambes et tournait sur l autre ai>ec une rapidité étonnante, tout en conservant sa tète près du parquet. Tantôt elle se redressait, poussant des cris d'ellroi comme si elle vovait un spectacle horrible, tantôt elle embrassait avec amour des fantômes ; puis enfin elle roulait épuisée sur le tapis.

Un instant après, elle bondissait de nouveau et courait çàet là dans l'appartement, posant ses pieds nus sur les meubles, sur les verres, les tasses, le o-lobe de lapendule, sur tous ces riens fragiles qui oarnissent les étagères, et cela sans rien casser, sans rien renverser. Puis elle se retrouvait assise sur le tapis, causant avec un être imaginaire dont elle écoutait les réponses fictives. Un instant après les convulsions se représentaient. . . Bientôt après, ses yeux exprimèrent un ravissement indicible ; elle tomba à genoux, ses lèvres murmurèrent des paroles douces comme une prière. Elle était en extase. L'inspiration s'empara d'elle ; elle récita des vers ; elle en composa d'autres ; elle annonça des faits, des événements qui devaient arriver; elle sélaya en Vair comme pour s'envoler ; puis enfin, elle retomba

affaissée sur elle-même, inerte, sans mouvement, sans respiration perceptible. La crise était terminée ; elle avait duré deux heures.

Après ces terribles secousses, la jeune fille tombait dans un sommeil fort long d'ordinaire et qui durait quelquefois deux jours pendant lesquels elle ne prenait aucune nourriture.

Lafonlaine dit qu'il entreprit la cure de cette jeune fille et qu'en la magnétisant pendant trois mois, il fit disparaître ces crises qui. chez elle, avaient duré de 14 à 18 ans.

En i858, il visita le village de Morzine, en Chablais, où s'était déclarée une épidémie de convulsionnaires^ parmi les jeunes filles de 11 à 20 ans. (Il n'y eut qu'un seul garçon, âgé de i3 ans, parmi les 2*3 personnes atteintes.)

Les petites possédées se mirent à courir les bois, à monter aux arbres avec une agilité extraordinaire et se balancer tout an haut des sapins les plus élevés. Mais, si la crise cessait pendant qu'elles étaient montées, rien de plus singulier que leur embarras pour redescendre. Ces enfants, d'ailleurs, ne se souvenaient point au réveil de ce qui s'était passé pendant la crise...

L'une d'elles, Victoire Vuillet, âgée de seize ans, d'une figure et d'un caractère très doux, était la plus exaltée ; non seulement elle courait les champs pen dant des heures entières sans être fatiguée, parlant et gesticulant toujours, montait au haut des plus grands arbres, en descendait avec une rapidité ex-

02 LA LEVITATION

trême ; mais encore, lorsqu'elle était au haut des plus grands, elle s'élançait d'un pin sur un autre comme l'aurait fait un écureuil ou un singe. . .

On eut recours à Lafontaine pour la soigner et on l'amena à Genève chez lui.

Nous la vîmes pour la première fois chez nous , le 3 avril 1808 ; elle »îtait en crise ; elle parlait d'une voix creuse et sépulcrale, elle qui avait la voix douce et claire. Elle débitait des phrases telles que celle-ci : « Je suis un démon de l'enfer dont je suis sorti pour tourmenter Victoire jusqu'à ce qu'enfin je l'emporte avec moi. Entendezvous le bruit des chaînes? Entendez-vous le feu qui pétille et les cris des damnés qui brûlent? Cela réjouit le cœur, ça fait plaisir. » Puis elle sautait à une hauteur étonnante, jetait des cris rauques, se tordait le corps au point que la tête venait toucher les talons ; ensuite elle se roulait par terre ; d'un bond elle était debout, tournait avec une vitesse étonnante et s'arrêtait instantanément ; puis elle faisait de grands gestes, articulait des sons qu'on ne comprenait pas et sautait sur les bras d'un fauteuil, puis, bondissant tout à coup, elle se trouvait suspendue au dossier de ce meuble dans une position impossible à décrire.

Ensuite elle courait sur tous les meubles^ posant un pied sur le dos d'un fauteuil, l'autre sur le dossier d'une chaise, puis s'élançant sur une table, sautant sur d'autres meubles et faisant ainsi, sans perdre l'équilibre, le tour de notre cabinet et de notre salon toujours en parlant..,.. Mais, après que nous eûmes bien observé cette crise, lorsque nous posâmes une

main sur la tête de la jeune fille, et l'autre sur son estomac, tout ce merveilleux tomba aussitôt et nous n'eûmes plus devant nous qu'une malade qui râlait et se tordait dans des convulsions que nous fîmes cesser presqu'instantanément ; puis, après l'avoir magnétisée par de grandes passes pendant trente minutes et l'avoir dégagée, Victoire se trouva très bien.

Lafontaine ajoute qu'après quinze jours de magnétisation, Victoire se trouva tout à fait guérie de ses crises et de ses maux de tète et d'estomac. Cette guérison a, du reste, été définitive, ainsi qu'il a pu s'en assurer par un oncle de la jeune fille qui la lui avait amenée et qui, comme lui^ habitait Genève.

Voici un autre cas rapporté par le même auteur (tome II, page 96) :

J'avais une malade. M'"'' d'A..., que j'avais plongée dans le somnambulisme pendant son traitement et qui m'avait offert plusieurs curieuses observations. Un jour que, plus soulTrante, elle était restée au lit et qu'elle avait près d'elle une de ses parentes, j'arrivai pour la magnétiser.

Je l'endormis promptement, puis je localisai mon action sur l'estomac et sur les jambes. Je restai silencieux en magnétisant, comme je le fais toujours dans les cas graves, ce qui fit que M"° Laure, s'eiinuyant, passa au salon dont les portes étaient ouvertes. Après avoir jeté un coup d'œil désœuvré sur les albums éparpillés sur une table, elle s'approcha du piano, l'ouvrit, préluda par quelques accords et resta, quelque temps, dans une espèce de rêverie.

Aux premières notes des accords, ma malade avait éprouvé, par tout le corps, un léger frémissement qui s'était peu à peu calmé pendant le temps d'arrêt; mais, quand M"*' Laurc se remit à jouer un morceau très pathétique et allant droit à l'âme, ma malade sembla sortir de l'état d'engourdissement dans lequel le sommeil l'avait plongée.

Sa figure s'anima, elle se mit sur son séant; et, la musique continuant sur le même rythme, d'un bond elle se trouva debout et droite sur son lit, les yeux grands ouverts et fixes ; puis ses pieds glissèrent jusqu'au bord du lit, sans qui/j^'eût aucun mouvement des muscles . Là, ils dépassèrent doucement le lit et descendirent lentement les deux pieds à la fois et sans aucun point d'appui jusqu'au tapis, comme s'ils avaient été posés sur une de ces trappes dont on se sert à l'Opéra pour faire descendre les divinités du milieu des nuages. Tout le corps semblait soutenu en l'air par un fil invisible ; les membres étaient raides.

Je regardais dans la plus profonde stupéfaction sans rien comprendre ; mais mes yeux étaient bien ouverts ; mon intelligence et ma raison veillaient et étaient à leur poste. Il ne pouvait y avoir d'erreur pour moi. Les pieds et les jambes étaient nus ; M""" d'A..., elle-même, n'était couverte que d'une chemise et d'un léger mantelet.

Cependant, descendue sur le tapis, ses pieds continuèrent à glisser ensemble sans le moindre mouvement, sans la moindre contraction. Elle semblait une statue placée sur une planche qu'on tirait à soi et qui glissait, sans aucune secousse, comme si elle avait été posée sur un chemin de fer.

Je la suivais, dans mon étoimement, mes bras autour de son corps, mais sans la toucher, afin de pouvoir la soutenir s'il survenait un accident.

M™ d'A. . . arriva ainsi jusqu'aux portes ouvertes du salon ; M'"' Laure, la voyant apparaître, pâle, tout en blanc, les cheveux en désordre et tombant sur ses épaides, les yeux fixes, ternes et sans vie comme un l'antome. jeta un cri defïroi et cessa de jouer. Aussitôt M'"" d'A... s'afiaissa sur elle-mOme ; je ne pus la retenir. Des mouvements convulsifs se produisirent dans les membres ; puis elle resta raide, froide, le visage livide comme la mort ; c'était un cadavre.

A mes cris, à mes prières, M"" Laure, toute tremblante, recommença quelques notes qui semblèrent être perçues par la malade et qui, continuant, la ramenèrent à la vie. Bientôt, la musique fit son efiet : M'"'' d'A. .. se releva, rejetant la tête en arrière, rouvrant les yeux qui s'étaient fermés; tendant les bras vers un être invisible, elle tomba à genoux ; sa tête frappa le tapis avec humilité, puis, avec des mouvements de la plus suave volupté, elle contourna son corps dans des poses dont la grâce ne peut s'exprimer. Jamais, non jamais, je n'ai rien vu d'aussi beau, ni d'aussi gracieux ; il semblait que tout ce que nous avons d'immortel en nous agît et se révélât

dans ses poses

Après un certain temps, j'attirai de nouveau M"'" d'A..., qui glissa en arrière, toujours dans son extase. Je fis cesser la musique lorsqu'elle fut près de son lit, et je la renversai par un brusque mouvement. Alors son corps devint bientôt aussi froid et aussi raide qu'un vrai cadavre. Tout mouvement,

56 LA LKYITATIOX

toute respiration disparut. Le pouls comme le cœur ne se faisait plus sentir ; il semblait que l'âme se lut échappée et qu'il ne me restât que le corps de la malade ; c'était eflrayant à en perdre la tète, surtout en voyant la douleur et le désespoir de M''^ Laure qui s'accusait de l'avoir tuée et perdait elle-même connaissance dans un évanouissement qui dura une heure.

Je la fis enlever et porter dans une autre chambre par les domestiques et je restai seul avec la malade qui ne donnait aucun signe de vie.

A force d'insufflations chaudes sur le cœur, l'estomac et le cerveau, je ramenai graduellement la vie et le mouvement. Gela me prit une demi-heure. Puis je fis de grandes passes sur tout le corps depuis la tète jusqu'aux pieds, pendant deux heures, en maintenant un sommeil bienfaisant et réparateur. Au bout de ce temps, haletant, épuisé, mais triomphant et content de moi, je réveillai la malade et je la dégageai entièrement.

Alors j'eus le bonheur d'entendre M'"" d'A... dire qu'elle ne s'était jamais si bien trouvée que dans ce moment. De plus, la paralysie des jambes, dont cette dame était atteinte, avait reçu une secousse dont la malade éprouva une amélioration si grande que le jour même elle put faire, toute éveillée, deux tours de chambre en étant k peine soutenue ; résultat d'autant plus merveilleux que, depuis deux mois, elle ne pouvait se soutenir sur ses jambes. Depuis cet événement, l'amélioration grandit tellement chaque jour que, trois semaines après, M""^ d'A... était entièrement guérie.

B. — Cas du D" Cyriax

Le D' Cyriax, de Berlin, raconte, dans une brochure publiée, il y a quelques années, sous le titre : Comment je suis devenu spiritualiste, une aventure qui lui arriva à Baltimore où il habitait en i853.

Une centaine de personnes se trouvaient nn soir réunies dans le vaste atelier du peintre Lanning pour entendre un discours de M™« Frencli mtransée, lorsqu'elle fut tout à coup enlevée de l'estrade sur laquelle elle se trouvait et portée vers le fond de la salle dont elle fit complètement le tour en planant à une hauteur de deux pieds environ du plancher ; la vue de ce phénomène constaté par mes yeux, comme il l'était au même moment par une centaine de dames et de messieurs, me donna le frisson ; je voyais devant moi, dans la plénitude de ma connaissance, une personne qui, sans remuer un membre, les bras croisés et les yeux fermés, planait au-dessus du plancher, était transportée entre deux rangées de bancs contenant chacune une cinquantaine de personnes, puis revenant de la même manière du fond de la salle jusque sur l'estrade, et poursuivait son discours comme s'il ne se fût rien passé d'extraordinaire ! Je voyais toutes les autres personnes constater ce phénomène et en être abasourdies aussi bien que moi. Mes sens ne m'avaient donc pas trompé ; ce que j'avais vu s'était donc bien réellement passé !

58 LA LKVITATIOX

Quelle était donc la force qui avait été mise en jeu? Une force naturelle aveiigle serait-elle capable de réaliser des résultats aussi étonnants sans se heurter à quelqu'obstacle ? Cette hypothèse étant en opposition avec l'expérience, je fus obligé, après un sérieux examen, d'en venir à la conclusion que, dans ces circonstances, les lois de la pesanteur paraissant supprimées ou rencontrant, tout au moins, de la résistance, il me fallait admettre l'intervention d'une volonté intelligente et que, puisque cette volonté faisait preuve d'intelligence, elle ne pouvait émaner que d'une personnalité, d'un individu. Vouloir trouver l'explication par une manifestation inconsciente d'un cerveau n'était pas admissible dans cette circonstance.

Ce phénomène m'avait tellement impressionné que je n'en dormis pas de toute la nuit ; je me trouvais constamment en face de ce que j'avais vu et je cherchais vainement à l'expliquer par les lois naturelles connues.

G. — Les LévitatioTifi de Home.

Ces lévitations ont été constatées par un très grand nombre de témoins et notamment par M. Crookes qui donne à leur sujet les détails suivants dans ses Recherches sur le spiritualisme.

Ces faits se sont produits quatre fois en ma présence dans l'obscurité. Le contrôle sous lequel ils

eurent lieu fut tout à fait satisfaisant, autant du moins qu'on en peut juger ; mais la démonstration par les yeux d'un pareil fait est si nécessaire pour détruire nos idées préconçues sur ce qui est naturellement possible et sur ce qui ne V est pas, que je ne mentionnerai ici que les cas où les déductions de la raison furent confirmées par le sens de la vue.

En une occasion, je vis une chaise sur laquelle une dame était assise, s'élever à plusieurs pouces du sol. Une autre fois, pour écarter tout soupçon que cet enlèvement était produit par elle, cette dame s'agenouilla sur sa chaise, de telle façon que les quatre pieds en étaient visibles pour nous, alors elle s'éleva à environ trois pouces, demeura suspendue pendant dix secondes à peu près et ensuite descendit lentement. Une autre fois encore, deux enfants, en deux occasions différentes, s'élevèrent du sol avec leurs chaises, en plein jour et dans les conditions les plus satisfaisantes pour moi, car j'étais à genoux et je ne perdais de vue les pieds de la chaise, remarquant bien que personne ne pouvait y toucher.

Les cas d'enlèvements les plus frappants dont j'ai été témoin ont eu lieu avec M. Home, tin trois circonstances différentes, je l'ai vu s'élever complètement au-dessus du plancher de la chambre . La première fois, il était assis sur une chaise longue ; la seconde, il était à genoux sur sa chaise, et la troisième, il était debout. A chaque occasion, j'eus toute la latitude possible d'observer le fait au moment où il se produisait.

Il y a au moins cent cas bien constatés de l'enlèvement de M. Home qui se sont produits en pré-

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sence de beaucoup de personnes différentes ; et j'ai entendu de la bouche même de trois témoins, le comte de Dunraven, lord Lindsay et le capitaine G. "VVynne, le récit des faits de ce genre les plus frappants, accompagné des moindres détails de ce qui se passa. Rejeter l'évidence de ces manifestations équivaut à rejeter tout témoignage humain, quel qu'il soit, car il n'est pas de fait, dans l'histoire sacrée ou dans l'histoire profane, qui s'appuie sur des preuves plus imposantes.

L'accumulation des témoignages qui établissent les enlèvements de M. Home est énorme. 11 serait bien à souhaiter que quelqu'un, dont le témoignage soit reconnu comme concluant par le monde scientifique (si toutefois il existe une personne dont le témoignage en faveur de pareils phénomènes puisse être admis), vouKit sérieusement et patiemment étudier ce genre de faits. Beaucoup de témoins oculaires de ces enlèvements vivent encore et ne refuseraient certainement pas d'en donner le témoignage

Les meilleurs cas de lévitation de Home eurent lieu chez moi. Une fois, entre autres, il se plaça dans la partie la plus visible de la salle, et après une minute, il dit qu'il se sentait enlever. Je le vis s'élever lentement, d'un mouvement continu et oblique, et rester pendant quelques secondes, environ à six pouces du sol ; ensuite, il redescendit, lentement. Aucun des assistants n'avait bougé de sa place. Le pouvoir de s'enlever ne s'est presque jamais communiqué aux voisins du médium ; cependant une fois ma femme fut enlevée avec sa chaise, sur laquelle est était assise.

CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT 6l

Crookes écrivait à Home, le 12 avril 1871 :

Ne vous gênez pas pour me citer comme un de vos plus fermes adhérents. Une demi-douzaine de séances dans le genre de celles de hier soir, avec quelques hommes de sciences bien qualifiés, suffiraient pour faire admettre scientifiquement ces vérités, qui deviendraierJ alors aussi incontestables que les faits de l électricité.

Le récil détaillé de la lévitation qui eut lieu le 16 décembre 1868, à Londres, dans une séance obscure, en présence de lord Lindsay, de lord Adare et du capitaine Wynne, a été rédigé par lord Lindsay pour la Société dialectique dans les termes suivants :

Home, qui était entransé depuis un certain temps, après s'être promené par la chambre, se dirigea vers la salle voisine. A ce moment, une communication vint m'effrayer.

J'entendis une voix murmurer à mon oreille : — Il va sortir par une fenêtre et rentrer par l'autre. — Tout ahuri à la pensée d'une expérience aussi dangereuse, je fis part à mes amis de ce que je venais d'entendre, et ce ne fut pas sans anxiété que nous attendions son retour. Nous entendons alors la fenêtre de l'autre chambre se soulever et, presqu'immédiatement, nous voyons Home Jlotter en lair et dehors de notre fenêtre. La lune donnait en plein dans la chambre et, comme je tournais le dos à la lumière, l'appui de la fenêtre faisait ombre contre la paroi en face de moi, et je vis les pieds de Home

62 La LÉVlTATlOiN

qui vinrent se projeter au-dessus à une distance d'environ six pouces. Après être resté dans cette position pendant quelques secondes, il souleva la fenêtre, glissa dans la chambre, les pieds en avant, et vint s'asseoir. Lord Adare passa alors dans l'autre pièce et, remarquant que la fenêtre par laquelle il venait de sortir était entrouverte à dix-huit pouces seulement de hauteur, il exprima sa surprise de ce que Home eût pu passer par cette ouverture. Le médium, toujours entransé, répondit : — Je vais vous montrer. — Tournant alors le dos à la fenêtre, il se pencha en arrière et fut projeté dehors, la tête la première, le corps entièrement rigide, puis revint à sa place. La fenêtre est à soixante-dix pouces du sol ; les deux fenêtres sont éloignées l'une de l'autre de sept pieds six pouces environ et n'ont chacune qu'une saillie d'une douzaine de pouces servant à recevoir des vases.

Jajouterai encore ici quelques témoignages récemment publiés :

Home fut enlevé de sa chaise et je lui pris les pieds pendant qu'il flottait au-dessus de nos têtes.

{Lettre du comte Tolstoï à sa femme, i y juin 1866.)

Puis M. Home annonce qu'il se sent, lui-même, soulevé : son corps prend la position horizontale et il est transporté, les bras croisés sur la poitrine, jusqu'au milieu de la salle ; après y être resté quatre ou cinq minutes, il est ramené à sa place, transporté de la même manière.

{Procès-verbal rédigé par le D' Karpovitcli d'une séance tenue à Saint-Pétersbourg, chez la baronne

CAS COiNTËMfOllAlXS EN OCClDÈiNT 6"^

Taoïibi, en présence du général Philosophoff et de la princesse Havanschhj-.)

Le même soir, Home s'élant mis au piano commença à jouer ; comme il nous avait engagés à nous approcher, j'allais me placer auprès de lui ; j'avais une de mes mains sur sa chaise et l'autre sur le piano ; pendant qu'il jouait, sa chaise et le piano s'élevèrent à une hauteur de trois pouces, puis se remirent en place .

{Attestation de lord Crawford, depuis lord Lindsay, en i86(j.)

Un célèbre médecin anglais, le D"^ Hawksley, qui soignait, en iBOa, la première femme de Home, rapporte qu'un jour Home lit^ en sa présence, monter un visiteur qui désirait voir quelque phénomène, sur une forte et lourde table « qui s'éleva immédiatement, avec sa charge, à huit pouces au moins de hauteur. » Le D"" Hawksley se baissa et passa aisément la main entre les roulettes et le tapis ; puis, cet exercice terminé, la table redescendit et le mansieur quitta son poste.

Voici comment Dunglas Home décrit luimême ses impressions (i).

Durant ces élévations ou lévitations, je n'éprouve rien de particvilier en moi, excepté cette sensation ordinaire dont je renvoie la cause à une grande

(1) Révélations sur ma viesiirnaliirellc. Paris, 1864, p. 52-53.

abondance d'électricité dans mes pieds ; je ne sens aucune main me suppoi'ter, et, depuis ma première ascension citée plus haut(i), je n'ai plus éprouvé de craintes, quoique, si je fusse tombé de certains plafonds où j'avais été élevé, je n'eusse pu éviter les blessures sérieuses.

Je suis en général soulevé perpendiculairement, mes bras raides et relevés par-dessus ma tête, comme s'ils voulaient saisir l'être invisible qui me lève doucement du sol. Quand j'atteins le plafond, mes pieds sont amenés au niveau de ma tète et je me trouve comme dans une position de repos. J'ai demeuré souvent ainsi suspendu pendant quatre ou cinq minutes ; on en trouvera un exemple dans un compte rendu de séances qui eurent lieu, en 18.57, dans un château près de Bordeaux. Une seule fois mon ascension se fit en plein jour ; c'était en Amérique. J'ai été soulevé dans un appartement à Londres, Stoane street, où brillaient quatre becs de gaz et en présence de cinq Messieurs qui sont prêts à témoigner de ce qu'ils ont vu, sans compter une

(1) Elle eut lieu en Amérique, pays de D. Home, dans Tobscurité, à la fin de la soirée du 8 août 1852 (Home avait alors dix-neuf ans), où s'étaient produits des mouvements de tables et autres manifestations spirites ; voici comment la raconte un des témoins : « Tout à coup, à la grande surprise de l'assemblée, M. Home fut enlevé en l'air ! .J'avais alors sa main dans la mienne, et je sentis, ainsi que d'autres, ses pieds suspendus à douze pouces du sol. Il tressaillait de la tète aux pieds, en proie évidemment aux émotions contraires de joie et de crainte qui étoutraicnt sa voix. Deux fois encore son pied quitta le parquet ; à la dernière, il atteignit le haut plafond de l'appartement, où sa main et sa tète allèrent frapper doucement. » [Révél., p. 52.)

CAS CONTEMPOllAIXS EN OCCIDENT 65

t'oulc de tciiioigiiagcs que je peux eiisuile produire. En ([uclques occasions la rigidité de mes bras se relâche et j'ai fait avec un crayon des lettres et des signes sur le plafond, qui existent encore, pour la plupart à Londres.

Home attribuait les lévilalions et la plupart des autres phénomènes qu'il produisait, à des êtres intelligents et invisibles qui s'emparaient de sa force nerveuse pour se maniifester. Telle était aussi l'opinion du D"^ Hawksley qui s'exprimait ainsi dans un rapport demandé par une société savante de Londres :

En consentant à faire ce rapport, je me suis réservé la latitude d'exprimer mon opinion sur la cause de ces phénomènes ; ce n'est pas celle qui a cours généralement. Après un sérieux examen, j'en suis venu à la conclusion que ces manifestations étaient provoquées par un esprit intelligent, qui s'emparait du corps de mon ami et pouvait le quitter pour opérer, à distance, certains actes, jouer d'un instrument, par exemple, soulever et projeter des objets matériels, lire dans la pensée ou répondre d'une manière intelligente par des raps, aux questions qui lui étaient posées. Les cas de possessions dont il est parlé dans les Écritures donnent lieu de croire que ces pliénomènes sont identiques à ceux qui se passaient du temps du Sauveur ; ces possessions, suivant l'Evangile, ne prouvaient pas qu'elles fussent, ni une preuve de la culpabilité de ceux qui en étaient victimes, ni une punition; il fallait plutôt

y voir une épreuve ou un malheur, qui doit avoir sa raison d'être, mais nous est reste jus(|u"ici tout à fait incompréhensible. En ce qui concerne ^I. Home, quoique je sois porté à croire ([u'il était possédé, ce que j'ai connu de sa vie et de ses qualités me laisse absolument convaincu de sa véracité, de son honnêteté, de sa bienveillance et de la noblesse de son caractère.

(Garuy, Le inédiiini D. D. Home^ p. 142.)

D. — Les léçUaiions de M. SLainton Moses.

M. Stainton Moses (i) a également décrit les impressions qu'il a éprouvées clans le premier des cas de lévitations dont il fut le sujet, au cours des séances tenues avec quelques amis.

Un jour (le 3o juin i8'o)... je sentis ma chaise éloignée de la table et tournée dans le coin où j'étais

(1) M. William Stainton Moses, né dans le l.incolnshirc, le 5 novembre 1839 et mort le 5 septembre 18'J2, est un clergyman qui professa à ÏUniversiiy Collège School de Cambridge. Il l'tait allé étudier pendant six mois la théologie dans un monastère du Mont-Athos. A partir de 1870, il l'ut l'objet de phénomènes extraordinaires dont un résumé, fait par M. Vr. Myers, membre de la Société des Recherches psychiques de Londres, vient d'être publié dans les Annales des scioices psyclilques. M. Myers fut pendant 17 ans son ami intime et il rend le ténioiKnnge le plus éclatant à son honorabilité. M. Moses a pnlilii' hi plupart de ses livres sous le pseudonyme dO.roji, f|ui signifie agrégé de l'Université, d'Oxford.

assis, de sorte que je tournais le dos au cercle et taisais face à l'angle du mur. Ensuite, la chaise fut élevée de terre à une hauteur qui, d'après ce que j'ai pu juger, devait être de 3o à 4o centimètres. Mes pieds touchaient la plinthe qui pouvait avoir 3o centimètres de haut. La (;haise resta suspendue quelques instants et alors je me sentis la quitter et monter toujours plus haut, toujours plus haut, dans un mouvement très doux et très lent. Je n'avais aucune appréhension et je ne me sentais pas mal à l'aise. J'avais parfaitement conscience de ce qui se passait et décrivais la marche du phénomène à ceux qui se trouvaient assis à la table. Le mouvement était très régulier et il nous parut assez long avant d'être complet. J'étais tout près du mur, si près môme que j'ai pu, avec un crayon solidement posé contre ma poitrine, marquer le coin opposé sur le papier du mur. Cette marque, mesurée après, se trouvait à un peu plus de i'"8o du parquet, et, d'après ma position, ma tète devait être dans l'angle de la chambre, à peu de distance du plafond. Je ne pense pas avoir été le moins du monde endormi. Mon esprit était parfaitement net et je me rendais parfaitement compte de ce curieux phénomène. Je n'ai senti sur le corps aucune pression, j'avais la sensation d'être dans un ascenseur et de voir les objets passer loin de moi. Je me rappelle seulement une légère diiliculté à respirer, avec une sensation d'avoir la poitrine remplie et d'être plus léger que l'atmosphère. Je fus descendu très doucement et placé sur la chaise qui avait repris son ancienne position. Les mesures furent immédiatement prises, et les marques que j'avais faites au crayon, enregis-

trées. Ma voix, m'a-t-on dit, résonnait comme si elle venait de Fangle du plafond.

Cette expérience lut répétée neuf fois avec plus ou moins de succès.

E. — Observations de Donald Mac-Nab.

Donald Mac-Xab, ingénieur des arts et manul'actures, aussi remarciuable par la droiture de son cœur que par l'élévation de son esprit et que la mort a enlevé prématurément à la science, a fait une série d'expériences avec deux de ses amis, M. F..., compositeur de musique, et M. G..., sculpteur, dont plusieurs œuvres ont été admises au Salon des Champs-Elysées.

INIac-Nab publia, en 1888, le résultat de ces expériences dans le LoLas roii^e, dirigé alors par M. Gaboriau. Voici ce qui a trait aux lévitations.

Le médium M. F... est fréquemment enlevé en Fair pendant les séances; mais cela arrive plus souvent à un de mes amis, M. C..., sculpteur, qui est aussi médium. Une fois, celui-ci nous dit qu'il était enlevé avec sa chaise. Nous entendions en cflet le son de sa voix qui changeait de place. Notez qu'il avait de gros souliers et qu'on n'entendait pas le moindre bruit de pas ; enfin ayant allumé, il se trouva assis sur sa chaise et celle-ci sur le lit. Une autre fois, ayant maladroitement allumé pendant qu'il était

lévite sur le tabouret du piaiio, il tomba lourdement d'une hauteur de 5o à 60 centimètres; si lourdement que le pied du meuble fut cassé. Trois ingénieurs, MM. Labro, Th..., et M... en lurent témoins.

11 me semblait important d'avoir des preuves plus palpables de cette lévitation et voici ce que j'imaginai. J'étendis par terre un carré d'une étofte très peu solide qu'on appelle andrinople; c'est une espèce de calicot teint en rouge. Au milieu nous mîmes une chaise et nous fîmes asseoir M. C... dessus. L'autre médium, M. F.., n'était pas là. Nous tînmes chacun un coin de l'étofte et, comme nous étions cinq, un des coins était tenu par deux personnes. J'éteignis, et presque aussitôt nous sentîmes la chaise s'enlever, rester quelque temps en l'air, puis redescendre doucement. L'étofl'e n'était pas même tendue et au moindre elfort elle aurait été déchirée. Cette expérience remplissait M. C... de frayeur. Les personnes présentes étaient M. R.., M. G... deux dames et moi.

Je ne crois pas qu'on puisse rien objecter à cette cxj)éricnce de la lévitation du médium , constatée au moyen dune étofïe tendue sous la chaise. Il était déjà installé sur sa chaise quand nous avons éteint; le soulèvement a eu lieu presque immédiatement : nous étions cinq autour de lui et il lui était impossible de descendre puis de remonter sans que nous nous en aperce\ions.

La lévitation n'est pas une force nécessairement verticale, comme beaucoup de personnes le croient. Par exemple, en présence de M. de Rochas, se produisit le fait suivant que j'observe à presque toutes les séances :

M. C... était assis à côté de moi, contre la fe-

70 LA LEVIïAïIOX

nôtre, dans l'obscurité; tout d'un coup il fut enlevé et posé contre le piano, avec sa chaise, tout près de M. Gaboriau (i). Gela se fit si rapidement, que nous entendîmes presque simultanément le bruit que fit la chaise en s'enlevant, et celui qu'elle fit en se posant ; et , pendant le transport, elle avait tourné de i8o", car M. G... avait le dos tourné contre le piano, tandis qu'un instant auparavant il l'avait contre la fenêtre..

Dans une séance M. Montorgueil, et dans une autre M. de Rochas , passèrent leur main sous les pieds du médium pendant son ascension, et purent s'assurer qu'il n'employait aucun des procédés ordinaires de la gymnastique.

F. — Observations de M. B..., ancien élève de l'Ecole polj^techniqiie.

Dans le courant de l'année 1887, un de mes amis, ancien élève de l'Ecole polytechnique, qui occupe une situation scientifique élevée , s'a-

(1) M. Gaboriau dit à ce propos dans une note : — « M. MaciSaJD ayant allumé brusquement, comme toujours, j'ai vu le médium qui était très essouffle et en sueur, comme s'il venait de monter un fardeau; il fut quelque temps à se remettre. Autant que je me le rappelle, il a dii passer pardessus la table pour venir tomber à côté de moi, sur ma chaise. Je me rappelle parfaitement l'air ému et effrayé de M. C...,. et je suis persuadé qu'il avait passé sur la table avec sa chaise, car, la chambre où nous étions étant fort petite, nous la remplissions presque complètement avec la table et nos sièges disposés tout autour; il n'aurait pu passer derrière nous sans nous frôler, surtout dans l'obscurité. »

perçut, par hasard, qu'un membre de sa famille présentait des facultés médianimiques. Il en étudia les diverses manifestations, et voici ce qu'il m'a écrit au sujet des phénomènes de lévitation.

Ces phénomènes doivent être comptés parmi les plus intéressants de tons ceux dont nous fûmes témoins. Des tables pesantes, par une simple imposition de la main du médium, s'enlevaient des quatre pieds à une assez grande hauteur, et ne pouvaient être que dillicilement replacées sur le parquet, malgré nos efforts réunis.

Un soir, nous étions assis dans la chambre du médium, alors obscure, autour d'une petite table placée devant la cheminée ; sur le parquet, à lun des angles de cette cheminée, reposaient deux obus vides ; l'un , du calibre de 16 centimètres, pesant 3o kilogrammes, et l'autre, plus petit, pesant 12 kilogrammes.

Après une série de coups frappés avec violence, j'entends des crépitations se produire sous la table, analogues à celles des étincelles dune machine électrique, et, regardant à ma gauche, je vois le plus gros des deux obus entouré d'une vive lueur ; je le sens s'élever en frôlant ma jambe, et je le vois se poser doucement sur la table. Le second obus, le plus petit, suivant le même chemin, vient presque aussitôt se placer auprès du premier.

Un instant après, nous entendons le médium s'écrier : « Je sens que je m'enlève. » Monté sur ma chaise , je suis son ascension jusqu'au plafond ,

LA LKVITATION

le long daqiiel il se trouve couché, et ma main peut parcourir son corps dans toute sa longueur, de la tête jusqu'aux pieds.

Il redescend lentement, en reprenant la position verticale, et se place debout sur la table où nous le trouvons après avoir augmenté la lumière du gaz ; les deux pieds exactement posés dans l'espace étroit qui sépare les deux obus.

Cette triple ascension, malgré l'cflort considérable qu'elle suppose, s'est efTectuée sans aucun bruit, et le médium, quelqu'étrange que soit sa situation, n'en paraît ni surpris, ni ellrayé.

Le poids du médium pouvait être évalué , à l'époque de nos expériences, à Go kilogrammes. En supposant de o™8o la hauteur de la table et de 3'" celle du plafond, le travail effectué par la force occulte pour produire les trois ascensions successives n'a pas été moindre de (3o -f- 12) 0,8 -f- Oo X 5 = 214 kilogrammètres.

Dans deux autres séances distinctes , le médium fut également enlevé et couclié contre le plafond de sa chambre, sans éprouver la sensation d'aucune poussée extérieure et sans pouvoir se rendre compte des raisons de son ascension.

G. — Lévitations d'Eusapia PaJadino.

Eusapia Paladino est une femme de Naples, âgée aujourd'hui dune quarantaine d'années et dont les propriétés médianimiques ont été étudiées par un grand nombre de savants à Naples,

CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT "j'i

à Rome, à Milan, à Varsovie, à Cambridge et en France. J'ai réuni les différents rapports rédigés à la suite des expériences qui avaient été faites à ce moment-là dans un livre intitulé l'Extrriorisation de la motricité, publié à Paris, chez Cliamuel, en i8f)5.

i" — Lfh'itations à jVaples en i88g . — M . le ciievalicr Chiaïa a adressé au Congrès spirite de 1889, le récit d'expériences qu'il venait de faire à Naples avec Eu^apia, en présence du professeur don Manuel Otéro Acèvédo de Madrid et de M. ïassi de Pérouse.

Le médium était en trance et on avait baissé le gaz sur sa demande.

Au bout de peu d'instants, pendant lesquels on n'entendait que le grincement habituel des dents du médium qui était dans un état de léthargie, Eusapia, au lieu de causer comme toujours en très mauvais patois napolitain, commença à parler en pur italien, en priant les personnes assises à ses côtés de lui tenir les mains et les pieds. Puis, sans entendre le moindre frottement, ni aucun mouvement rapide de sa personne, ni môme la plus légère ondulation de la table autour de laquelle nous nous trouvions, MM. Otéro et Tassi, les plus près du médium, s'hperçurent les premiers d'une ascension inattendue ; car ils se sentirent soulever tout doucement les bras; et, ne voulant jamais quitter les mains du médium, ils durent l'accompagner dans son ascension. Ce cas splendide de lévitation est d'autant plus

J4 ^^ LEVITATION'

digne d'attention quil avait eu lieu sous la plus rigoureuse surveillance el avec une légèreté telle qu'on semblait soulever une plume. Ce qui surprit surtout ces messieurs, ce fut de sentir les deux pieds du médium posés sur la petite surface de la table (o'"8o sur o"iGo) déjà en partie couverte par les mains de quatre assistants, sans qu aucune de ces mains fût touchée, quoiqu'on fût dans l'obscurité la plus complète.

Bien qu'étourdis par un fait si extraordinaire et si imprévu, l'un de nous demanda à John (i) s'il lui serait possible de soulever un- peu le médium de dessus la table, à pieds joints, de manière à nous permettre de constater encore mieux le soulèvement. De suite, sans discuter la demande exigeante et malicieuse, Eusapia fut soulevée de dessus la table, de lo à i5 centimètres; chacun de nous piit librement passer la main sous les pieds de la « magicienne » suspendue en l'air !

En vous racontant ceci, je ne sais quel sentiment est le plus fort en moi ; est-ce la satisfaction d'avoir obtenu un phénomène si magnitique, si merveil-. leux, ou bien est-ce le soupçon pénible d'être pris pour visionnaire, même par mes plus intimes amis? — Heureusement nous étions quatre, y compris l'Espagnol, toujaurs soupçonneux, et deux dernicroyants bien disposés à accepter l'évidence des faits.

Quand notre magicienue voulut descendre de la

(1) John est le nom d'une personnalité énigmatique et invisible, dont Eusapia se prétend possédée quand elle est en transe.

CAS COXÏEMPOIIAIXS EX OCCIDEXT 70

table, sans notre aide, avec une adresse non moins merveilleuse que celle employée pour monter, nous eûmes d'autres sujets d'étonnement. Nous trouvâmes le médium étendu, la tcte et une petite partie du dos appuyées sur le rebord de la table, le reste du corps, horizontalement, droit comme une barre et sans aucun autre appui à sa partie inférieure, tandis que la robe était adhérente aux jambes, comme si elle était liée ou cousue autour d'elle. Bien que produit dans Fobscurité, ce fait important fut (inutile de le répéter) surveillé scrupuleusement, avec le plus grand soin, par tous, et de manière à le rendre plus évident que s'il eut eu lieu en plein jour. Du reste j'ai eu Toccasion d'être témoin d'une chose plus extraordinaire encore. Un soir, je vis le médium, étendu rigide dans l'état le plus complet de catalepsie, se tenir dans la position horizontale avec la tâte seulement appuyée sur le rebord de la table, pendant cinq minutes à la lumière du g'az, en présence des professeurs de Gintiis, D"" Capuano l'écrivain bien connu, M. Frédéric Aerdinois et autres personnages.

2** — Lévitations à Milan en i8g2 . — Le rapport officiel des expériences de Milan, rédigé par jNI. Aksakof, conseiller d'Etat de S. ]\I. l'Empereur de Russie, est signé par : MM. Giovaxm ScHiAPARELLi, directeur de l'Observatoire astronomique de Milan ; Garl du Prel, docteur en philosophie, de Munich ; Axgelo Brofferio, professeur de philosophie ; Giuseppe Gérosa, professeur de physique à l'Ecole supérieure

jO LA LKVITAÏION

d'Agriculture de Portici ; Ermacora, docteur en physique ; Charlel Rtchet, professeur à la Faculté de médecine de Paris ; Cksar Lombroso, professeur à la Faculté de médecine de Turin. Il constate, avec la lévitation, deux autres phénomènes qui lui sont connexes :

Variation de la pression exercée par tout le corps du médium assis dans la balance. — L'expérience présentait beaucoup d'intérêt, mais aussi beaucoup de difliciiltés, parce que Ton comprend que tout mouvement, volontaire ou non, du médium sur la plateforme de la balance peut causer des oscillations de cette plateforme et, par suite, du levier. Pour que l'expérience fût concluante, il fallait que le levier, \ine fois dans sa nouvelle position, y restât quelques secondes pour permettre de mesurer le poids par le déplacement du contrepoids. On fit l'essai avec cette espérance. Le médium fut placé sur la balance, assis sur une chaise, et l'on trouva un poids de Ca kilogrammes.

Après quelques oscillations, il se produisit un abaissement très prononcé du levier pendant plusieurs secondes, ce qui permet à M. Gérosa, placé près du levier, de peser le poids immédiatement ; il était de Sa kilog., ce qui indiquait une diminution de pression équivalente à lo kilog.

Sur le désir exprimé par nous d'obtenir le phénomène inverse, l'extrémité du levier ne tarda pas à s'élever en indiquant alors une augmentation de lo kilog. Cette expéi'ience fat l'épétée plusieurs fois et dans cinq séances différentes : une fois, elle ne

donna pas de résultais ; mais la dernière fois, un appareil enrcf/istreiir a permis d'obtenir deux courbes du phénomène. Nous essayâmes de reproduire nous-mêmes de semblables dépressions, et nous ne piimes y réussir qu'en nous tenant complètement debout sur la plateforme et appuyant aloi's, soit dun côté, soit de l'autre, près du bord, avec des mouvements assez amples que nous n'avions jamais observés chez le médium et que n'aurait pas permis sa position sur sa chaise. Toutefois, reconnaissant que l'on ne pouvait déclarer lexpérience absolument satisfaisante, nous l'avons complétée par celle qui va être décrite plus loin.

Dans cette expérience delà balance, quelques-uns d'entre nous remarquèrent que son succès dépendait probablement du contact de la robe du médium avec le plancher, sur lequel était directement placée la balance.

Cela fut vérifié par un observateur spécialement préposé à cet elfet, le soir du 9 octobre. Le médium étant sur la balance, celui d'entre nous qui était chargé de surveiller ses pieds vit bientôt le bord inférieur de sa robe s'allonger jusqu'à pendre en bas de la plateforme. Tant que l'on s'opposaà cette opération, qui, certainement, n'était pas produite par les pieds du médium, la lévitation n'eut pas lieu ; mais, dès qu'il fut permis au bas de la robe d'Eusapia de venir toucher le plancher, on vit se produire une lévitation répétée et évidente qui fut indiquée par une superbe courbe sur le cadran enregistreur des variations de poids.

Une autre ibis, nous essayâmes d'obtenir la lévitation du médium, en le plaçant sur une large

planche ù dessin, et celle-ci sur la plateforme de la balance. La planche empêchant le contact de la robe avec le plancher, l'expérience ne réussit pas.

Enfin, le soir du lu octobre, on prépara une autre balance en forme de peson, avec une plateforme bien isolée du plancher et distante de celui-ci d'environ 3o centimètres. Comme on veillait soigneusement à empêcher tout contact fortuit entre la plateforme et le plancher, même par le rebord de la robe d'Eusapia, l'expérience manqua. Pourtant, dans ces conditions, nous crûmes obtenir, le i8 octobre, quelques résultats ; mais l'expérience ne fut pas bien nette.

Nous en concluons que pas une lévitation ne nous a réussi quand le médium était parfaitement isolé du plancher.

Moiwement du levier de la balance à bascule. — Cette expérience fut faite pour le première fois dans la séance du 21 septembre.

Après avoir constaté l'influence que le corps du médium exerçait sur la balance, pendant qu'il s'y tenait assis, il était intéressant devoir si cette expérience pouvait réussir à distance. Pour cela la balance fut placée derrière le dos du médium assis ù la table, de telle sorte que la plate-forme fût à 10 centimètres de sa chaise.

On mit, en premier lieu, le bord de sa robe en contact avec la plate-forme : le levier commença à se mouvoir. Alors M. lîroflerio se mit à terre et tint le bord avec la main : il constata qu'il n'était pas du tout tendu, puis il reprit sa place.

Les mouvements continuant avec assez de force, M. Aksakof se mit à terre derrière le médium, isola

CAS COXTEMPORAIXS EN OCCIDENT 'Jf)

complètement la plate-forme du bord de sa robe, replia celui-ci sous la chaise et s'assura avec la main que l'espace était bien libi"e entre la plate-i'orme et la chaise, ce qu'il nous fit connaître aussitôt. Pendant qu'il restait dans cette position, le levier continuait à se mouvoir et à battre contre la barre d'arrêt, ce que nous avons tous vu et entendu.

Une seconde fois, la même expérience fut faite dans la séance du 2() septembre, devant le professeur Richet. Quand, après une certaine attente, le mouvement du levier se produisit à la vue de tous, battant contre l'arrêt, M. Richet quitta aussitôt sa place auprès du médium et s'assura, en passant la main en l'air et par terre, entre le médium et la plate-forme, que cet espace était libre de toute communication, de toute ficelle ou artifice.

Enlè\>ement du médium sur la table. — Nous plaçons parmi les faits les plus importants et les plus significatifs cet enlèvement qui s'est elfectué deux fois, le 23 septembre et le 3 octobre : le médium, qui étais assis à un bout de la table, faisant entendre de grands gémissements, fut soulevé avec su chaise et placé avec sur la table, assis dans la même position, ayant toujours les mains tenues et accompagnées par ses voisins.

Le soir du 28 septendjre le médium, tandis que ses deux mains étaient ternies par MM. Richet et Lombroso, se plaignit de mains qui le saisissaient sous les l)ras, puis dans un état de transe, il dit d'une voix changée qui lui est ordinaire dans cet état: « Maintenant j'apporte mon médium sur la table » Au bout de deux ou trois secondes, la

8o LA LÉVITATION

chaise, avec le médium qui y était assis, fut, non pas jetée, mais soulevée d'emblée et déposée sur la table, tandis que MM. Richet et Lombroso sont sûrs de n'avoir aidé en rien à cette ascension par leurs propres efïbrts. Après avoir parlé, toujours en état de transe, le médium annonça sa descente, et, M. Finzi s' étant substitué à M. Lombroso, le uiédiumfut déposé à terre avec autant tout de sûreté et de précision, tandis que MM. Richet et Finzi accompagnaient, sans les aider en rien, les mouvements des mains et du corps et s'interrogeaient à chaque instant sur la position des mains.

En outre, pendant la descente, tous deux sentirent à plusieurs reprises une main qui les touchait légèrement sur la tète. Le soir du 3 octobre, le même phénomène se renouvela dans des circonstances assez analogues, MM. du Prel et Finzi se tenant à côté du médium.

3°. — Lévitations à Varsovie en iSg3 et iSg4' — Eusapia se rendit à Varsovie à la lin de Tannée 1893 et y resta le mois de janvier 1894. Elle y lut examinée par beaucoup de personnes et il s'éleva à son sujet de très vives polémiques.

Il y eut plusieurs cas de lévitation assez mal décrits dans l'extrait du rapport donné par la Revue d'hypnotisme. En voici un bien net.

Une fois, raconte M. Matazewski, je lus témoin du soulèvement du médium en l'air au milieu de la chambre, sans aucun appui. 11 était alors à l'état de transe et s'élevait graduellement, lentement, et lé-

CAS CONTEMPORAINS EN OCCIDENT 8l

gèrement en Tair (tout en restant debout), et retombait ainsi lentement et légèrement sur le plancher. Cela faisait la même impression que si quelqu'un soulevait et abaissait le médium. Eusapia resta assez longtemps suspendue en l'air, pour qu'on pût passer librement la main sous ses pieds, pour constater qu'elle ne touchait absolument pas le plancher. La hauteur du soulèvement fut de quelques pouces. Le fait se répéta quatre fois.

M. Ochorowicz a ainsi parlé de ces lévitations dans V Illustration de Varsovie :

Un autre fait des plus surprenants et des plus rares (obtenu ainsi au Congrès de Milan) fut la lévitation complète de la personne même du médium lequel , tenu toujours par les mains et par les pieds, fut soulevé de terre et porté avec sa chaise, en état de catalepsie, sur la table.

« Je soulèverai mon médium en l'air », dit Eusapia en français assez correct (langue qu'elle ne connaît pas dans son état normal). Et en réalité elle fut soulevée. Telle fut, du moins, mon impression pendant plusieurs secondes. En passant ma main sous ses bottines, j'ai pu constater qu'entre celles-ci et la table, il y avait une distance de quatre à cinq pouces.

Une autre fois encore, le médium fut brusquement soulevé du sol. 11 était debout et M'"*^ Ochorowicz eut le temps de passer sa main entre les pieds d'Eusapia et le parquet. La lévitation terminée, le médium, toujours en état demi-conscient, marche vers la table et appuyant ses mains sur la table,

82 LA LKVITATION

essaye de simuler très grossièrement ou pcut-ôlre de provoquer un nouveau soulèvement en l'air. Cette parlieularité est à noter, dit M. de Siemiradzki qui en fut témoin ; et cest à des mouvements automatiques analogues très faciles à distinguer des véritables phénomènes, qu'on doit, dans beaucoup de cas, en attribuer la fraude apparente dont on a souvent accusé Eusapia.

4.°- — Léntation à l'Agnélas. — Au mois de septembre 1890, Eusapia se rendit en France dans ma maison de campagne, située à l'Agnélas, près de Voiron (Isère), afin d'y être étudiée par une commission composée de MM. Sabatier, doyen de la Faculté des sciences de Montpellier; l'-colonel de Rochas, administrateur de l'Ecole polytechnique ; comte Arnaud de Gramont , docteur es sciences physiques; D'Dariex, docteur en médecine, directeur des Annales des Sciences psychiques ; Maxwell , substitut du procureur général à Limoges; baron de Watteville, licencié es sciences physiques et en droit.

Il y eut une lévitation dans la séance du 27 septembre. — Le procès-verbal publié par la commission décrit ainsi le phénomène :

10 h.5o'. — MM. dfrGramont, Sabatier, de Rochas, sont successivement touchés à la tète, à l'épaule, dans le dos, au bras. A ce moment, M. Dariex, fatigué, quitte la séance.

Grain.

Sab.

Ed.de R.

Maxw.

'^"^- M. Maxwel cède sa place,

à gauche d'flusapia, à M. P]d.

de Rochas. M de Gramont abandonne sa situation de contrôle des jambes d'Eusapia et passe à droite , remplaçant M. Sabaticr. M. Ed. de Rochas tient la main gauche d'Eusapia et M. de Gramont la main droite.

Eusapia demande que la table soit éloignée de la lenêtre et portée vers le milieu du salon. Les mains sont contrôlées comme ci-dessus ; les pieds d'Eusapia reposent, le droit sur le pied gauche de M. de Gramont, le gauche, sur le pied droit de M. Ed. de Rochas.

Eusapia dit à plusieurs reprises « Altare, Aitare », c'est-à-dire « S'élever, S'élever », pour indiquer qu'elle va s'elTorcer de s'élever. Elle fait répéter à MM. de Gramont et Ed. de Rochas, qui tiennent ses deux mains, le mouvement (raccompagner des mains en l'air, mais sans opérer de traction ou de résistance notable. Au bout de quelques minutes, et dans une obscurité à peu près complète qui permet à grand'peine de distinguer les silhouettes, Eusapia, sans prendre de point (T appui sur les mains des observateurs qui suivent simplement les siennes, ni sur les pieds des mômes observateurs sur lesquels reposaient les siens, a paru à M. de Gramont, qui tenait sa main droite, être enlevée, assise, d'un mouvement continu assez rapide, non par un bond ou un saut appréciable, mais plutôt comme par un ascenseur. La chaise s'élève avec elle, et le& pieds d'Eusapia parviennent à peu près

84 I>A LlhlTATlOX

ù hauteur de la table. Les observateurs se lèvent en même temps pour suivre le mouvement. A partir de ce moment, elle échappe au contrôle des deux observateurs, les mains étant lâchées. M. Sabatier, placé à la droite de M. de Gramont, cherche à se rendre compte par le toucher, dans l'obscurité, si Eusapia, pendant qu'elle s'élève, place un genou sur la table pour lui servir de levier; mais il n'a rien pu constater nettement. MM. de Gramont et Ed. de Rochas affirment qu'Eusapia a été soulevée avec sa chaise, un peu moins haut que la table, sans opérer de pression sur eux et sans prendre point d'appui sur leurs mains ou leurs pieds.

La surprise amène dans le contrôle une confusion et un relâchement notables ; on constate seulement qu'Eusapia est debout avec sa chaise sur la table. Elle essaie de s'élever encore verticalement ; M. Sabatier passe rapidement la main sous la plante des pieds d'Eusapia et constate que les talons sont relevés au-dessus de la table, mais qu'Eusapia s'appuie sur l'extrémité des pieds et des orteils, comme on le fait lorsqu'on se hausse sur le bout des pieds. Eusapia s'affaisse alors ; ses voisins la reçoivent dans leurs bras et l'asseyent par terre.

Nous devons ajouter qu'une des personnes qui se trouvaient à proximité de la table s'est évanouie presque complètement, non d'émotion, mais de faiblesse, disant qu'elle s'était sentie çider de forces sous l'influence des efforts d'Eusapia.

H. — Expériences de Rome en i8g3.

M. Palazzi (de Naples) a publié, en décembre 1893, le récit d'une séance à laquelle 11 venait d'assister à Rome, chez un peintre, M. Francesco Alégiani, en présence de INI. Henri de Siemiradzki, du D' Nicola Santangelo, médecin de Vénosa, des professeurs Ferri et Lorgi, de l'Université romaine, de M. Hoffmann, directeur de la revue Lux , de M. Giorli et de quelques autres hommes ou femmes; en tout une vingtaine de personnes parmi lesquelles trois médiums , M. l'ingénieur Palmiani et deux jeunes étudiants, MM. Arturo Ruggieri et Alberto Fontana. Ce dernier était le médium le plus puissant.

Quatorze personnes formèrent la chaîne autour de la table éclairée par une lanterne rouge.

jNI. Fontana était à l'un des angles; la main droite était tenue par M. Giorli et sa main gauche parle D' Santangelo, qui se trouvait, par suite de l'angle de la table, sur le bord perpendiculaire à celui qu'occupaient les deux autres.

La table commença par craquer, se soulever partiellement, puis se souleva entièrement à trente centimètres du sol.

86 LA LKVITATIOX

On lit alors l'obscurité complète sur la demande de la table par coups frappés.

Après très peu de temps, tout à coup, et saus que rien ne l'eût fait prévoir, les trois pej'sonnes ci-dcssi\s fuirent soulevées en même temps et portées sur la table, MM. Fontana debout, Santangelo à genoux. Cette difTérence de position pourrait trouver son explication dans l'eflort que la force agissante n'avait pu se déployer entièrement sur Santangelo, lequel ne se trouvait pas dans la même ligne que Fontana ; elle avait dii laisser le docteur agenouillé, sans réussir à le mettre debout.

De quelque manière que ce soit, il faut une force bien puissante pour soulever, d'un seul coup et à la fois, trois personnes dont deux, MM. Giorli et Santangelo, sont très lourdes.

Ce phénomène fut dûment constaté par plusieurs personnes, entr'autres MmeFerri et M. Siemiradzki. Pendant ce temps, le médium était soulevé au-dessus de la table, phénomène constaté et vérifié par la plupart des assistants, non seulement par ceux qui se trouvaient auprès du médium, mais encore par Mme Ferri, M. Siemiradzki et moi qui étions du côté opposé de la table. N^ous ayons passé plusieurs fois la main aplat au dessous des pieds du médium, entre ses pieds et la table: il était soulevé d'environ dix centimètres.

Comme l'obscurité complète pouvait laisser supposer que les deux pieds sous lesquels on passait la main n'étaient pas ceux du médium, mais que l'un appartenait au médium et l'autre

à M. Giorli debout à côté de lui, on apporta la lumière rouge, ou lit descendre les deux contrôleurs et on pria la force agissante, qui se disait un esprit nommé Oscar, de reproduire le phénomène sur le médium resté seul sur la table et toujours tenu par les contrôleurs de droite et de gauche : ce qui fut accepté.

L'obscurité laite à nouveau, le médium se sentit soulever au-dessus delà table. On vérilia alors très nettement qu'il avait été soulevé plus haut encore que la première fois, puisque la plupart des assistants purent passer, sous ses pieds, la main, non plus à plat comme précédemment, mais debout et de côté.

Quand on eut bien constaté la lévitation, le médium redescendit sur la table.

Alors nous demandâmes à l'esprit de le descendre lui-même de dessus la table, chose qui fut aussitôt faite. Dans le temps que le médium était descendu doucement, il ne cessait de crier que, par pitié, on ne lui lâchât pas les mains.

Peu d'instants après que le médium fut assis sur sa chaise, tout à coup, il fut lancé en long, sous la table, avec une violence telle qu'il entraîna avec lui M. Giorli et fit presque trébucher le D'' Santangclo. Le médium et M. Giorli, vinrent avec leurs pieds, frapper les nôtres, et nous étions au bout opposé de la table.

Nous dîuies à M. Giorli de remettre sur pied

M. Fontana ; mais, après quelques efforts, il nous dit que M. Fontana était d'une lourdeur telle qu'il n'avait pu réussir à le faire bouger.

Plusieurs autres personnes essayèrent aussi en vain de soulever le médium.

M. Giorli restait toujours étendu à côté du médium ; nous le fîmes retirer de là et se remettre debout dans la crainte qu'il ne contribuât à rendre lourd M. Fontana. Celui-ci, dans son épouvante éternelle, recommandait à MM. Giorli et Santangelo de ne pas lâcher les mains.

M. Siemiradzki, un homme grand et robuste, voulut alors soulever le médium, mais il ne tarda pas à déclarer que M. Fontana « était cloué au parquet », et qu'il ne réussissait pas à le remuer.

Mme Ferri voulut aussi tenter l'épreuve, mais elle aboutit au même résultat négatif. Le professeur Ferri, qui était assis à mon côté, s'écriait, plein de surprise : « Et pourtant, ma femme est plus forte qu'un liomme ».

Nous priâmes enfin l'esprit Oscar de soulever luimême le médium ; en un clin d'œil, il fut remis sur sa chaise.

M. le D' Santangelo m'a confirmé les faits de lévitation, obtenus dans les séances du Set i5 décembre 1893, par une lettre dont j'extrais ce qui suit :

Dans la complète obscurité, tant dans la première que dans la deuxième séance, nous vérifiâmes la lévitation du médium Ruggieri, lequel s'éleva presque à la hauteur d'un mèti*e au-dessus du niveau

de la table, comme je m'en assurai moi-même et que je le fis constater, à la première séance, par M"« Possidoni qui était à ma gauche et, à la deuxième séance, par Mn^^ Ferri qui nous avait honorés de sa présence .

Dans le cours de la soirée, le médium, après avoir été élevé en l'air, fut avec force tiré de dessous la table et obligé de rester immobile, couché sur le dos. Moi, M™e Ferri M et M'"e Siemiradzki, nous nous efforcions à le mouvoir au moins d'un centimètre : tout fut inutile, il semblait de plomb et soudé fortement au sol.

Il y a plus encore : dans la deuxième soirée, il se produisit un fait qui m'impressionna beaucoup et qui m'impressionne encore toutes les fois que je le raconte.

Quand le médium M. Ruggieri commençait à s'élever, je le tenais fortement avec la main ; mais, me voyant tiré avec force jusqu'à perdre pied, je me cramponnai à son bras et ainsi je fus élevé en Vair avec mon compagnon qui était de l'autre côté du médium. Nous étions tous trois élevés en l'air, j'usquà une hauteur d'au moins trois mètres audessus du plancher, puisque je touchais distinctement avec mes pieds la lampe h suspension qui pendait au centre du plafond.

Dans la rapide descente, la lumière étant faite, je me trouvai agenouillé sur la table, presque en danger de me rompre le cou, sans que cependant rien ne me fût arrivé de désagréable.

Oui, à Rome, moi, moi-même, sans ailes, j'ai volé en l'air, et cela je puis l'attester à la face de Dieu et des hommes. Mais, avant moi, les trois médiums

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Occchini, lluggicri et lîoella rurcut aussi soulevés dans Tespace jusqu'à touc'licr le plai'ond... Et e'était beau deutendre Tcair leur voix de si haut, annonçant le phénomène. (X oh' Lux, AT" année, i^e fasc.) "Noih'i (les laits et des laits séi'ieux ; incroyables, oui, mais cependant dignes de toutes les considérations possibles et imaginables. Quels avantages en auront la chimie, la pliysique, la physiologie, la psychologie, l'anthropologie, Téthique, la morale, la politique, la religion, etc., et pourquoi on ne les étudie-t-on pas?.... Ce sont des choses élernellcment incompréhensibles.

iSI. Falcomcr, professeur au Royal Institut technique d'Alexandrie , m'a parlé de cette séance dans une lettre portant la date du lo novembre 1890.

Dans le cercle de mon ami Hollmann, à Rome, un médium s'éleva au point de toucher avec la tète le plafond de la salle. Pendant qu'il s'élevait, deux personnes le tenaient, lune par la main droite, l'autre par la main gauche. Mon ami, le chevalier Santangelo, médecin chirurgien, et un autre soulevés par les bras, s'enlevèrent en même temps que lui.

Dans la même lettre, ]\L Falcomcr me signale une autre lévitation qui venait d'avoirlieu à Florence et dont l'issue fut si fâcheuse qu'il ma prié de ne point publier les noms des victimes.

Vn médecin, directeur d une Be^me cVhypnolisinc, était venu assister à une séance, amenant

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avec lui son parent M. X..., aussi incrédule que lui. M. X... défia, en termes assez grossiers, la force inconnue de produire quelque chose devant lui. Le médium ne tarda pas à répondre par un argument irrésistible : il souleva jusqu'au plafond de la salle celui qui l'avait défié et le laissa tomber si loui'dement qu'il se cassa le bras.

J'espère avoir fait entrer la conviction dans l'esprit de nos lecteurs, par un procédé moins brutal.

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