‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 12 sur 115 · JEUNES · texte numérisé non relu

JEUNES

Cet instinct les portait encore à s'imposer de rigoureuses pénitences, parmi lesquelles le jeûne a joué un rôle important. Une convulsionnaire, pendant plusieurs années, ne

^ Idée de l'état des œnvulsionnaires, tome II, p. 54 et 57. 2 Lettre vii«, p. 151.

mangeait, durant le carême et l'avent, que les samedis et les dimanches. Une autre, pendant tout un carême, ne mangea chaque jour pour toute nourriture qu'un panais cru. « Plusieurs ont passé des neuf et onze jours sans boire ni manger, pendant lesquels on les gardait à vue ; et quoiqu'ils aient souffert, du moins pour la plupart, toutes les rigueurs d'une soif brûlante et d'une faim qui les dévorait, néanmoins on remarquait avec admiration que leurs forces n'en étaient point diminuées, et que leur santé n'en souffrait aucune altération '. »

Or, pour quelques-uns, ces pénitences étaient forcées, de telle sorte que la bouche du convulsionnaire tournait ou se fermait malgré lui lorsqu'il voulait y porter quelque chose avant le jour et l'heure où il lui était permis de manger; ou bien encore s'il avait mis quelque aliment ou quelque boisson dans sa bouche . il ne pouvait l'avaler, quels que fussent d'ailleurs ses efforts. Ce phénomène, tin des plus importants et des mieuœ constatés , suivant un médecin moderne^, a présenté cette particularité que les convulsionnaires, ignorant après la crise ce qui leur avait été recommandé pendant sa durée , consentaient parfois , sur les instances de leurs proches , à rompre ces terribles jeûnes ; mais alors leur gosier se resserrait et se fermait de telle sorte qu'il ne leur était pas possible d'y faire entrer une seule youtte d'eau ^.

Entre autres pénitences on peut citer encore les suivantes. Certains convulsionnaires couvraient leurs corps d'instruments de fer hérissés de pointes; même les enfants de douze

1 Montgeron, Idée de Vétat des convulsionnaires, tome II, p. 45» 77 et 81 .

2 Bertrand, Du magnétisme animal, p. 383.

3 Montgeron, Idée de l'état des convulsionnaires, tome II, p. 4«.

ÊÊ.

à treize ans et plusieurs d'une jeunesse plus tendre ' . Gabrielle Moler, une convulsionnaire célèbre et de race juive, est restée pendant plusieurs hivers à Paris, une grande partie des nuits, couchée dans une espèce de fosse toute remplie d'eau à demi glacée ^.

LES OBJETS PERDAIENT PARFOIS LEUR PESANTEUR POUR CEUX QUI DONNAIENT LES SECOURS.

En 1737, Jeanne Moler, étant en convulsion, demande que sa sœur lui donne des secours avec une pierre pesant de soixante à soixante-dix livres. Celle-ci, faible et délicate, hésite d'abord; mais sur une nouvelle injonction de Jeanne, « elle fait le signe de la croix, et sur-le- champ elle se trouve en état de soulever la pierre avec la plus grande

facilité Elle en frappe la convulsionnaire sur la poitrine

autant de fois et aussi longtemps qu'elle l'exige. Mais s'étant amusée à soulever cette pierre en l'air après que la convulsionnaire lui eut dit : « C'est assez ! » Dieu lui ôta tout à coup la force surnaturelle qu'il lui avait donnée, et aussitôt la pierre l'entraîna et lui blessa deux doigts *. »

§ XI

LES CONVULSIONNAIRES LISENT LES YEUX FERMÉS, MORDENT, ABOIENT, AVALENT DES CHARBONS ENFLAMMES, ETC., PRIENT EN FAISANT LA CULBUTE.

Aux effets généraux dont il vient d'être question s'en joignaient d'accidentels ou de bizarres : il y avait des convulsionnaires qui lisaient les yeuœ fermés et bandés, et

1 Montgeron, lî, p. 82.

3 7d., III, p. 818.

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DANS LE JANSÉNISME. i^

qui se servaient de Y odorat pour distirtyuer les lettres *. On en remarquait qui hn liaient , tnordaient ou qui voulaient battre ou mordre; plusieurs ne parlaient qu'en fufoyrnU^. D'autres encore imitaient le chant du coq et le cri d'autres animaux'; d'autres aboyaient. Une convulsionnaire , la dame Lopin, femme d'un petit marchand de vin de Chablis, aboyait et reçut le surnom d'aboyeuse. a Elle est la première , lit-on dans le journal historique des convulsions*, qui ait eu le grand don d'aboyer non-seulement comme un dogue , mais aussi comme un petit chien. » D'autres avalaient des charbons ardents sans en être aucunement incommodés , quoiqu'ils n usassent pour cela d'aucun préparatifs. La fille Nicette ou Denise Régné est restée célèbre en ce genre, car elle en manijeait jusqu'à vinç/t par jour ^. D'autres encore avalaient les livres reliés du Nouveau Testament '. Quelques-unes célébraient la messe, d'autres confessaient, etc. Une convulsionnaire surnommée V invisible chantait les louanges de Dieu en faisant la culbute.

§ XIL

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