VII
CONVULSION DE LA DEMOISELLE GIROUST. — FRAYEUR QU'eLLE INSPIRE AUX ASSISTANTS. — LA CONVULSIONNAIRE PRÉDIT SA GUÉRISON,.
« Un fait encore plus remarquable vient s'offrir à ma mémoire ; c'est la guérison de la demoiselle Giroust. En voici l'histoire: «Le26aoûtd732, vers onze heures du soir, » notre fille étant en convulsion et sur les épaules d'une
» personne de notre compagnie cette personne, ne pou-
)) vaut plus la supporter à cause de ses violentes agitations, » la jeta sur noire lit; alors les convulsions furent si fortes, » et accompagnées de si grands cris, ce qui n'était jamais » arrivé , que tous les assistants en furent saisis de frayeur » et de crainte : son corps se pliait et repliait à chaque » instant, ses yeux devinrent étincelants et rouges comme » du sang. Nous étions tous autour du lit, et après quel- » ques minutes dans cet état violent, nous l'entendîmes )) prononcer d'une voix extraordinaire, forte et perçante, » ces paroles : « Je suis guérie, » qu'elle répéta deux >) fois. Au moment même ses convulsions cessèrent, et » elle se mit sur son séant. Revenue à elle, et ayant » recouvré sa pleine connaissance, elle nous dit encore » tranquillement. « Ha! je suis guérie. » Nous fûmes tous » remplis d'une grande joie, et nous lui demandâmes avec )) empressement quelle preuve elle avait de sa guérison. ' » J'ai ressenti tout à coup, répondit- elle, d'effroyables
» douleurs dans mon estomac . et comme si une boule eût » monté dans ma gorge et fût redescendue dans mou » estomac, où elle a crevé avec une telle violence, que j'ai )y cru que mon corps se déchirait en deux ; et dès qu'elle a » été crevée, j'ai entendu en dedans de moi comme une » voix forUe et perçante, qui a dit deux ou trois fois : Je suis » guérie, ce qui m'a causé une grande surprise; mais je ne » sais si j'ai crié comme vous me le dites, et je ne ser»s » plus aucun mal. » Depuis cette guérison miraculeuse notre » fille n'a ressenti aucun accident de maladie ni infirmité, » et elle a toujours joui d'une santé parfaite '. »
§ Ylll.
CONVULSIONS DU CHEVALIER FOLARD. — ELLES LE PRENNENT A UN POINT DÉTERMINÉ DE SES PRIÈRES. — CHANT, PLEURS, SAUTS DE CARPE. — IMPOSSIBILITÉ d'ENTRER DANS UNE ÉGLISE.
Le chevalier Folard, né d'une famille noble du comtat d'Avignon, était un militaire distingué, un tacticien célèbre. Il se signala dans la guerre de la succession, servit sous le duc de Vendôme en Italie et fut blessé grièvement à la bataille de Cassano en 4705. Il figura dans toutes les batailles livrées aux soldats de Marlborough et d'Eugène, On lui doit un ouvrage fort estimé, les Commenlnires sur Polybe. Folard donna dans le parti janséniste et fut un des convulsionnaires les plus remarquables. T/auteur de VHistoire d'un voyage littéraire fait en France en 4733* nous a laissé sur ce point les curieux détails qu'on va lire :
« Le chevalier Folard ne parle plus de littérature; son unique occupation est de prier, de lire des livres de piété, de fréquenter les maisons de convulsionnaires et
^ Relation de la maladie et de la guérison miraculeuse de Marie- Elisabeth Girousl, p. 7, cité par LatastCj II, p. 968. 2 Page 132.
d'aller à la piste des prodiges... Le chevalier Folard, qui prie sans cesse, récite par conséquent les v<lpres chaque jour. Quand il est au cantique des vêpres, c'est-à-dire au ma()niflcat, il ne peut jamais le commencer. Les convulsions le prennent aussitôt, tout d'un coup il se laisse tomber, étend ses bras en croix sur le carreau. Là, il reste comme immobile. Ensuite il chante; et c'est ce qu'il fait fréquemment. C'est une psalmodie qui n'est point aisée à définir. S'il prie, c'est en chantant; si l'on se recommande à ses prières, aussitôt il se met à chanter. Dans d'autres moments il pleure. Après avoir pleuré, il se met tout à coup à parler par monosyllabes; c'est un vrai baragouin où personne n'entend goutte. Quelques-uns disent qu'il parle en langue esclavonnedans ces moments; mais je crois que personne n'y entend rien. Il sort quelquefois de son oreille un son qui se fait entendre aux quatre coins de la chambre. Ce fait paraît tout à fait singulier. Une autre fois on le \erra placé sur un fauteuil, ses pieds simplement accrochés par un des bras du siège, pendant que tout le reste du corps est dans un mouvement fort rapide. Il fait aller son corps comme une carpe qui saute. Cela paraît bien fort et bien surprenant dans un homme âgé, infirme et couvert de blessures. Il bât beaucoup des mains. Quand il ouvre les yeux, il déclare qu'il n'y voit pas, qu'il est dans les ténèbres; mais quand il les ferme, il dit qu'il se trouve dans une lumière éclatante, et on le voit tressaillir de joie, tant il est content. Quand les dames se recommandent à ses prières j il prend le bout de leur robe et s'en frotte, par dessus son habit, le tour du cœur. Quand ce sont des ecclésiastiques, il prend le bout de leur soutane, et il s'en frotte le cœur pareillement, mais par-dessous la veste. Il s'en frotte aussi les oreilles et quelques autres endroits du
corps. 11 ffiut remarquer que tout cela se passe sans connaissance de sa part, sans voir ni entendre. Il s'attache comme une corde au cou, et, après avoir fait semblant de se secouer, il devient comme immobile. Il chante beaucoup; il arrive même souvent qu'il chante une grande partie de la nuit. Sur la fin de sa convulsion, il chante et dit en fmissant : « // me semble que je chante. » C'est alors qu'il revient à lui-m'ême et que ses convulsions finissent. On dit de lui, mais c'est ce que je n'ai point vu, qu'il ne peut pas entrer dans l'église de la Madeleine, sa paroisse. Sitôt qu'il s'approche de la porte il se sent repoussé par une main invisible; d'autres m'ont dit qu'il s'imagine voir un spectre qui se présente à lui et qui le fait reculer. »
§IX