EXEMPLE DE LA SUCCION DES PLAIES
JNous trouvons dans Montgeron ' le récit de cette scène remplie de détails rebutants. « On apporte, dit-il, aux pieds d'une convulsionnaire une petite fille pâle, étique, et qui paraît moribonde. Aussitôt que la convulsionnaire l'aperçoit, la joie se peint sur son visage; elle est intérieurement instruite par l'instinct de sa convulsion que cette jeune fille a une jambe pourrie par des écrouelles; elle le déclare aux assistants, et elle remercie le Seigneur avec de vives actions de grâces de ce qu'il lui commande de la panser. Elle prend avec empressement la jambe de cette petite fille ; elle ôte toutes les bandes dont elle est enveloppée; elle lève enfin un linge tout imbibé d'un jus rougeâtre et gluant, qui découle sans cesse d'un grand ni^mbre de trous qui percent cette jambe de tous les côtés. Plu-
* Idée de l'état des œnvul$ionnaires, tome II, p. 21 .
sieurs dé ces trous sont si larges et si profonds qu'ils font apercevoir l'os, dont la noirceur est un signe certain qu'il est aussi corrompu que les chairs. Aussitôt tout l'air de la chambre est infecté d'une puanteur insupportable. Le cœur de tous ceux qui y sont se soulève; cette jambe leur paraît plutôt celle d'un cadavre à demi pourri que d'un corps vivant. La convulsionnaire pâlit elle-même à la vue d'un objet si affreux et si dégoûtant. Elle ne peut s'empêcher de reculer d'horreur. Tout son corps frémit et tremble lorsqu'elle pense qu'il lui est ordonné de sucer toutes ces plaies. Elle paraît incertaine si elle pourra se résoudre à obéir. Ses yeux versent des pleurs ; son âme est toute troublée; tous ses mouvements font connaître le combat qui se passe dans elle. Enfin , élevant ses regards vers le ciel, elle s'écrie (Ici la convulsionnaire adresse à Dieu une prière qu'elle termine par cette invocation au diacre Paris.): Je suis une de vos servantes, je porte vos livrées; voire nom est gravé dans mon cœur; obtenez du Tout- Puissant que la force de sa grâce surmonte rna faiblesse. — On voit en ce moment le visage de la convulsionnaire reprendre ses couleurs naturelles; le calme paraît avoir succédé au trouble qui l'agitait; elle s'approche de la jambe infecte dont les chairs tombent en pourriture; elle y présente sa bouche, mais aussitôt elle la retire; elle n'est pas encore maîtresse de son cœur; elle a besoin de jeter quelques regards vers le ciel. Enfin pour forcer la résistance qu'elle sent en elle-même, elle prend tout à coup le parti de précipiter sa bouche ouverte sur la plus large des plaies. Dès qu'elle a commencé une première fois h la sucer, elle' paraît n'y avoir plus de peine; et ses prières ne sont plus que des actions de grâces de ce qu'il a plu au Seigneur de lui faire vaincre sa faiblesse La petite
fille, après avoir été pansée de cette façon pendant quelque temps, a été enfin parfaitement guérie de ses écrouelles. »
LE CHEVALIER DEYDÉ ET LA SOEUR DE LA CROIX. — ÉPILEPSIE. — ÉTOURDISSEMENT. — BRAS DESSÉCHÉ. — MAIN ESTROPIÉE. — GUÉUISON.
« Le chevalier Deydé, capitaine réformé de cavalerie.. ., dès sa tendre jeunesse avait ressenti quelques petits mouvements épileptiques; mais en 1705, après la guérison de deux blessures qu'il avait reçues au siège de Barcelone, cette terrible maladie se déclara tout à fait par des attaques complètes, où il perdait connaissance, tombait à terre, s'agitait avec violence, et écumait prodigieusement par la bouche. Ce fut en vain qu'il consulta les plus grands médecins du royaume; tous les remèdes qu'ils lui indiquèrent ne purent le guérir. Outre ces attaques complètes où il ne manquait jamais de tomber une ou deux fois par mois, il en avait souvent d'incomplètes. A cette épouvantable maladie se joignirent bientôt une grande palpitation de cœur aussitôt qu'il marchait, un mal d'estomac continuel, et des vapeurs d'une force extraordinaire accompagnées de maux de tête d'une violence insupportable
qui lui rendaient souvent tout le visage bouffi Il y avait
déjà dix-huit ans que le chevalier Deydé était dans un état si déplorable de toutes façons, lorsqu'en 4733 un procès
l'obligea à venir à Paris. En cette année il devint sujet
journellement à de si grands élourdissements, qu'il lui semblait que tout tournait autour de lui, et aussitôt il était près de tomber — Dieu le conduisit comme par la main chez quelques convulsionnaires où il lui fit trouver la gué-
rison de tous ses maux, l.a sœur Angélique, appelée communément Liquette , fut la première qui lui annonça sa guérison future dans une extase qu'elle eut le 17 octobre 1733. Aussitôt elle lui mit sur l'estomac des reliques du bienheureux M. de Paris, et elle lui fit boire de l'eau avec de la terre de son célèbre tombeau; et à la fin de sou extase, elle tomba dans une attaque d'épilepsieincom|)lèle... Ce n'était pas néanmoins du ministère de cette convulsionnaire que Dieu avait résolu de se servir pour opérer le miracle qu'il lui avait fait prédire. Les pansements qu'elle lui fit pendant quelque temps en lui donnant à boire de l'eau et de la terre, et en faisant pour lui de fort belles prières en extase, né lui procurèrent que quelques petits soulagements sans le guérir d'aucun de ses maux; et elle lui fit connaître elle-même par un signe qu'il serait guéri par deux autres convulsionnaires.... La Providence le conduisit chez la petite sœur Jeanne, qui, ayaiit pris ses étourdissements, lui assura avec une pleine assurance, (sic) le 2 ou 3 décembre 1733, qu'il n'en aurait plus à l'avenir, et en elfet depuis ce jour-là il en fut entièrement délivré Dans le temps que M. le chevalier Deydé assistait aux convulsions de la sœur Jeanne, il vit venir chez elle la sœur de la Croix, convulsionnaire — par le ministère de qui Dieu a fait plusieurs miracles à l'invocation du bienheureux M. Desangins, curé de Calais, et chassé de sa cure à cause de son attachement à l'Appel. Car cette vertueuse fille n'est pas convulsionnaire du saint diacre, mais de ce saint curé qui a été confesseur de M. de Paris. Elle avait un bras desséché et une main si horriblement contrefaite, et dont les doigts étaient si estropiés qu'elle ne pouvait en faire usage. En cet état, étant alors âgée de quarante ans, elle fait plusieurs prières sur le
tombeau du bienheureux M. Desangins à Saint-Séveriii, où il lui prit des convulsions qui furent bientôt suivies du rétablissement 4)arfait de ses membres perclus. En peu de jours son bras desséché se regarnit de chairs; sa main si difforme, et dont les os étaient tous contrefaits, reprit une forme naturelle; en sorte que depuis ce temps elle s'en sert très-adroitement, et qu'il n'est pas même resté de vestiges de la figure hideuse qu'elle avait avant d'être guérie. Tous ceux qui ont vu cette fille avant sa guérison sont témoins de ce miracle; le dessèchement de son bras et la difformité extrême de sa main étant des objets trop frappants pour n'avoir pas été aperçus. Je citerai entre autres témoins M. Peyrat, accoucheur de la reine. Cet illustre chirurgien — fut si étonné de sa guérison qu'il ne put alors s'empêcher de reconnaître qu'elle était un miracle incontestable.... Ce fut par le ministère de cette sœur de la Croi\ qu'il plut au Tout-Puissant de guérir M. le chevalier Deydé de tout le reste de ses maux. Elle lui déclara en convulsion, le il décembre 1733, que le saint diacre M. de Paris, après avoir demandé à Dieu de le délivrer de ses étourdissements journaliers, le renvoyait au saint prêtre M. Desangins pour obtenir par son intercession la guérison du surplus de toutes ses maladies; et que le bienheureux M, Desangins l'avait chargée, quoique la plus indigne des convulsionnaires, de le panser avec ses reliques, et avec de la terre prise sur son tombeau. Ce pansement coûta cher à la sœur de la Croix, mais sans en être attristée. Elle prit généralement toutes les maladies de M. le chevalier Deydé, dont elle eut tous les symptômes, entre autres elle tomba plusieurs fois en épilepsie complète. Tous ses membres se roidissaient de la même façon que ceux du chevalier. Elle écumait par
la bouche d'une manière prodigieuse, cl n'était soulagée, non plus que lui, que par des vomissements d'une violence extrême qui lui faisaient jeter une quantité, prodigieuse de bile et de glaires.... Cette vertueuse fille fît môme de son propre mouvement, je dis sans y être poussée par l'instinct de la convulsion, un jeûne de neuf jours au pain et à l'eau, pourobtenirparlintercession du bienheureux M. Desangins, non-seulement la guérison parfaite du chevalier Deydé; mais encore qu'il plût au Créateur des vertus d'augmenter de plus en plus par l'efficacité de sa grâce les impressions qu'il avait déjà commencé de faire sur son âme et dans
son cœur La sœur de la Croix obtint du Tout- Puissant
tout ce qu'elle- lui demandait pour le chevalier Deydé. 11 recouvra la santé la plus entière, la plus parfaite et la plus robuste, comme il est très-visible par la vie dure qu'il mène depuis ce tempsrlà ' . »
§ XI