‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 28 sur 115 · GUÉRISON DU CANCER DE MADELEINE DURAND · texte numérisé non relu

GUÉRISON DU CANCER DE MADELEINE DURAND

Madeleine Durand, enfant de douze à treize ans, affligée depuis sa tendre enfance d'une tumeur carcinomateuse dans la bouche , d'un volume et d'une disposition tels que l'ingurgitation des aliments, étant fort difficile, devenait par cela même insuffisante, et que cette fille était réduite à un état de maigreur extrême. Les chirurgiens de la ville d'Orléans, où elle habitait, l'avaient déclarée incurable, et le célèbre Ledran, lui-même, n'osa tenter l'extirpation de la tumeur, a Privée de toute ressource humaine, elle a recours au saint diacre, dit Montgeron % et Dieu lui donne aussi-

1 Montgeron, Idée de V œuvre des convulsions, tome II, p. 102.

2 Des secours meurtriers, tome II, p. 92.

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tôt des gages de la miséricorde qu'il a dessein de lui faire : il lui tend tout à coup un peu de force; peu après il lui envoie des convulsions; il lui fait prédire par une autre convulsionnaire et ensuite par sa propre bouche sa guérison miraculeuse, il lui fait déclarer qu'il lui fera faire sur.ellemôme des opérations très-cruelles par le moyen desquelles il a résolu .de la guérir; enfin il lui fait marquer les jours et jusqu'aux heures de ces opérations meurtrières. »

Maintenant que nous savons de quoi il s'agit, nous allons extraire des pièces justilicalives fournies par Montgeron les détails relatifs aux opérations que Madeleine Durand exécuta sur elle-même à plusieurs reprises différentes pour se débarrasser de sa tumeur. Les procès-verbaux d'oii ils sont tirés sont signés, entre autres personnes, par des chirurgiens et des médecins, par Arouel, frère de Voltaire, par un président de la cour des aides , par un cpnseiller de la grand'chambre, etc.

Disons d'abord que Madeleine se signala non-seulement parle prodige dont on va lire le récit, ma\% par laheautéel la sublimité des discours qu'elle prononçait en convulsion. C'est M. de Yoigny, président de la cour des aides, qui en rend témoignage *. Madeleine Durand annonçant à l'avance les opérations quelle devait se faire, il s'y trouvait un grandnombî^edetémoins^; or, un jour, « après être tombée en convulsions, eHe demanda des ciseaux, et plusieurs personnes, entre autres des chirurgiens qui étaient présents pour voir l'opération, lui en donnèrent. Elle les examina les uns après les autres, et refusa ceux des chirurgiens qui les avaient fait remettre par d'autres. Après donc qu'elle «ut

* Montgeron , Pièces justificatives du miracle opéré sur Madeleine Durand, tome II, p. 15.

choisi une paire, elle fit son opération et coupa dans sa bouche un morceau de chair assez gros; et en môme temps le sang sortit en assez grande quantité ' . » Un autre jour, en choisissant des ciseaux, « elle se plaignait qu'ils lui brûlaient les doigts; elle les laissa môme tomber sur elle en secouant les doigts et marquant par une aspiration très-vive l'impression que lui faisait la chaleur qu'elle sentait. Elle continua cependant d'en vouloir choisir, mais elle n'y touchait que comme quelqu'un qui touche à un charbon ardent. 11 se trouva deux paires de ces ciseaux qui parurent la brûler plus que les autres; elle les préféra et s'en est alTectivement servie pour son opération et pour plusieurs autres qu'elle s'est faites successivement environ de quinze jours en quinze jours... Je dois encore observer un autre fait assez important. Celte enfant ne pouvait pas facilement couper son cancer dans l'intérieur de sa bouche par la difficulté qu'elle avait de l'ouvrir. Pour surmonter cet obstacle, elle écorchait ce cancer avec ses ongles; et quand elle en avait déchiré un morceau ou quelques parcelles, elle les lirait de sa bouche avec ses doigts et les coupait. Par celle action elle se trouvait avoir le dedans de la bouche tout écorché et plein dfe sang; cependant l'instant d'après qu'elle s'était lavé la bouche avec de l'eau du puits de M. de Pûris, il ne sortait plus de sang de la plaie. Un autre fait qui n'est pas moins singulier est que j'ai vu cette enfant, deux heures après s'être ainsi lavé le dedans de la bouche, manger delà salade sans ressentir aucune douleur, quoique personne en cet état ne puisse supporter les impressions du sel et du vinaigre *. » Un autre témoin con-

* Montgeron, Pièces justificatives du miracle opéré sur Madeleine Durand, tome II, p. 1 9.

2/c!., p. 4 2 et 13.

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firme ce dernier passage et nous apprend que, « lorsqu'elle ne put plus atteindre facilement avec les ciseaux cette excrescence de chair, elle se frottait de toute sa force la joue sur le carreau pour la faire descendre, puis elle la déchirait avec ses ongles et se mettait la bouche toute en sang avec des ciseaux. Ce fait a été vu par plusieurs chirurgiens, qui avaient déclaré son mal incurable, et qui étaient aussi surpris que les autres de la manière dont cette enfant se pansait ^ ))

Un autre témoin raconte encore qu'après avoir coupé « avec une grande facilité un morceau gros comme le bout du doigt », elle ne fit pas dans la suite l'opération avec la jjiétue facilité; a car, quoiqu'elle eût continué de choisir les meilleurs ciseaux, elle avait néanmoins beaucoup de peine à couper, et l'on entendait les ciseaux crier dessous, de même que si on eut haché ou coupé quelque chose d'extrêmement dur, ce qui faisait encore plus de peine à entendre

qu'à voir ^ Néanmoins, malgré la peine qu'elle avait à

se couper, comme nous venons de le dire , car quelquefois elle était obligée de le hacher (son cancer) à plusieurs reprises^ on remarquait toutes les fois en elle beaucoup de joie '. » Ce dernier trait a surpris d'autres témoins, car l'un d'eux dit de son côté que « cette petite fille faisait cette cruelle opération avec un air de joie qui rassurait la plupart des spectateurs, dont quelques-uns frémissaient en la voyant faire ^ ». Enfin Madeleine opérait « avec tant de force , qu'elle cassa un jour devant moi une paire de ciseaux

* Montgeron, Pièces justificatives du miracle opéré sur Madeleine Durand, tome II, p. 23 et 2i.

2/rf.,p. 21.

3 Id., p. 22.

dans sa bouche ' i' . Quelque danger que présentât un pareil traitement, l'hémorragie était arrêtée comme par enchantement par l'application de l'eau du puits de Paris. « Aussitôt que le morceau qu'elle coupait était tombé dans un gobelet ou une soucoupe qu'elle tenait au-dessous de sa bouche pour recevoir le sang, elle prenait un autre gobelet où il y avait de l'eau du puits de M. de Paris, et en faisait tomber quelques gouttes sur la coupure qu'elle venait de se faire. Dans le moment cette coupure se séchait sans qu'il en sortît rien davantage; elle paraissait recouverte aussitôt par un glacé clair et vermeil, dans lequel il n'y avait aucune marque de sang caillé ni desséché. J'ai vu plusieurs chirurgiens qui ont été présents à ce prodige, et qui en furent si étonnés qu'ils confessèrent publiquement que cela était d'autant plus évidemment surnaturel, qu'il n'était presque pas possible d'arrêter l'hémorragie quand on coupait dans un cancer^. » Enfin Madeleine, après avoir commencé ses opérations le 24 mai 1733, [at entièrement (/uérie à la fin de la même année ^.

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