TEXTE VRAI. TEXTE DE M. CALMEIL
u Le 20 septembre 1734, la oLe 20 de septembre 1734, la veuve Thevenet , étant incom- veuve Thëvenet, espe'rant se démodée d'une dureté d'oreilles, barrasser d'une surdité incomcommença une neuvaine à Paris plète, se décida à boire, et but à l'insçu de son curé et confes- de l'eau tenant en suspension seur et à la sollicitation de la quelques molécules terreuses demoiselle Pressel, convulsion- provenant de la fosse de Paris ; naire. Elle but aussi de l'eau où le même jour, elle se servit, elle avait fait détremper de la pour humecter son oreille, d'un terre du tombeau du diacre, qui linge imprégné de cette même
i Tome II, p. 338.
2 Id., p. 330.
3 Tome I, p. 646 à 656.
4 Tome II, p. 324 à 329.
6 Voir page 82.
luiavait été donnée par une autre convulsionnaire nommée Manon ; elle trempa dans cette eau un linge qu'elle mit dans ses oreilles.
» Le 21 septembre, elle reçut de la même Manon trois livres, dont l'un a pour titre : Manuel de piété, et en le recevant elle se sentit soudainement frappée de terreur. Manon, pour la convaincre du mérite des convulsions, lui montra sa cuisse, qui était toute noire des coups qu'elle s'était donnés.
» La neuvaine finie avec le succès ordinaire, c'est-à-dire sans aucun succès', elle commence une seconde neuvaine le 29 septembre, en usant des mêmes cérémonies qu'auparavant. Pendant une des trois nuits suivantes, elle fut tout émue ; son cœurfut extrêmement agité; elle se trouva saisie d'un étonnement et d'une frayeur non ordinaires.
» Le l»' octobre, elle sentit également en elle-même des choses extraordinaires qu'elle ne peut définir, et ses jambes devinrent tremblantes.
eau, et commença une neuvaine en l'honneur du feu diacre.
» Le 21 de septembre, elle se sentit frappée de terreur à la vue de trois livres de prières qui lui fiirent apportés par une convulsionnaire.
» Le 29, elle entreprend une seconde neuvaine en invoquant Paris; les nuits suivantes elle se sent agitée, émue, en proie à un saisissement et à une frayeur extraordinaires.
» Le l*' octobre , les dispositions nerveuses sont plus inquiétantes; des tremblements se joignent à l'anxiété morale; la malade annonce qu'il se passe en elle des choses qui lui semblent tout à fait étranges.
» Le 2 octobre, pendant une messe à laquelle elle assiste, elle perçoit dans toute son organisation une perturbation indéfinissable qui l'oblige à sortir dans un jardin, où sa tête commence à être secouée sans la participation de sa volonté. Aussitôt qu'on l'a ramenée dans son appartement, elle se met à feire
* Il ne faut pas oublier que dom Lataste était l'adversaire des convulsions.
»Le 2, étant à la messe, elle éprouva de grands mouvements dans tout son corps. Revenue chez elle, elle va dans le jardin, et là sa tête s'agite sans qu'elle y ait aucune part. Elle monte dans sa chambre, où était la femme Charpentier, et elle y fait de grands mouvements de bras, de jambes et de presque
tout le corps, se frappant les cuisses avec les poings fermes.
— Cette femme vient à elle pour la secourir, et elle l'épond qu'elle est, grâce à Dieu, convulsionnaire , mais qu'il n'en faut rien dire à son confesseur. Pendant trois quarts d'heure qu'elles sont seules ensemble, la veuve Thevenet est si violemment agitée que la femme Charpentier en a une frayeur et un frisson qui durent près de quatre heures.
» M. Mariette, frère de la veuve Thévenet , chanoine à Corbeil, arrive : on lui dit que sa sœur est malade; il monte dans sa chambre, et, dès qu'elle l'aperçoit, elle lui dit : — Mon frère, il faut rendre grâces à Dieu, j'ai le bonheur d'être convulsionnaire, se donnant cependant de grands coups sur les cuisses, le visage tout enflammé et les yeux tout à fait tournés.
Effrayé de ce hideux et tragique spectacle , il veut empêcher que sa sœur continue à se frapper; mais quelque effort qu'il fasse»
il ne le peut, quoiqu'elle soit d'un tempérament faible et dé^ licat.
» Accompagné de la Charpentier, il conduit la veuve Thévenet dans le jardin pour lui faire prendre l'air, et voici un phénomène bien remarquable. Quoiqu'ils la tiennent eux deux de toutes leurs forces, elle s'élève à diverses reprises à sept ou huit pieds de haut, sautant trois fois à chaque reprise, et avec tant de force, qu'elle les emporte à la hauteur de trois pieds de terre , parlant dans ce temps-là un langage qu'on ne peut réciter.
malgré elle de violents mouvements des bras, des jambes, de toutes les pai'ties qui sont susceptibles de mobiUté, et se porte de rudes coups de poing sur les cuisses. Une femme qui cherche à la contenir est tellement impressionnée à la vue de ce spectacle, qu'elle éprouve pour son compte un long frisson aerveux.
» Un frère de la veuve Thévenet, chanoine à Corbeil, s'épuise en efforts superflus pour empêcher sa sœur de se frapper ; la figure de la malade devient vultueuse, ses yeux se tournent ;.
elle répète qu'elle a le bonheur d'être convulsionnaii-e ; qu'il faut remercier Dieu de cette faveur, et les coups se succèdent avec rapidité.
» Dans certains moments, elle fait des sauts violents comme pour s'élever jusqu'au plafond ; le désordre de ses vêtements prouve qu'elle méconnaît tous les sentiments de pudeur; les mots qu'elle prononce avec rapidité sont inintelligibles et n'appartiennent à aucune langue connue.
» Une autre circonstance qu'on a de la peine à raconter, mais qu'il n'est pas permis de taire, c'est que, dans ces ele'vations, ses jupes et sa chemise se repliaient par-dessus sa tête, en sorte qu'elle paraissait entièrement 'k nu. Tout cela dura environ un quart d'heure.
» Au sortir du jardin, on la conduit à la cuisine, où, apercevant Jean Poirier, vigneion , elle lui dit en frappant de ses mains sur ses genoux: — Tenez, mon pauvre Poirier, voilà pour vous. Après quoi elle lui dit en lui présentant son bras : Tenez, voyez si je puis m'en empêcher.
Le vigneron lui prit le bras et ne put en arrêter le mouvement; ce qui le surprit beaucoup, l'ayant toujours connue pour une femme d'un grand esprit et très-sensée. On veut la faire dîner ; mais elle continue d'avoir les yeux égarés, de faire des mouvements de tête, de bras et de pieds, en disant à son père et à son fi'ère que c'était pour leur sanctification. S'adressant ensuite à la servante : — Tu as donc peur de moi ? lui ditelle; et, en frappant des mains sur ses genoux avec violence et à différentes reprises , elle ajouta : — Tiens, voilà pour toi, voilà pour toi.
» On rentre dans le jardin , et voilà qu'elle recommence à faire les mêmes sauts qu'elle avait faits avant le dîner ; ce qui oblige son frère à la conduire dans sa chambre et à dire qu'on la mette au lit. Etant couchée, elle qui n'avait jamais ni prononcé, ni lu, ni appris les propositions de
» On tente de lui faire prendre quelques aliments ; elle cède au besoin de parler, de s'agiter; fait mille contorsions ridicules, interpelle d'une manière familière ses voisins et ses proches, leurfiappe sur les membres, les regarde d'un air égaré, recommence à leur poi'ter de légers coups , et continue à donner tous les signes d'une exaltation cérébrale alarmante.
» On se décide à la faire mettre dans son lit ; elle se prend à réciter des prières qui sont très en renom parmi les convulsionnaires de Saint -Médard, et tombe dans des attaques convulsives qui font croire à ses familiers qu'elle s'élève en l'air tout d'un bond avec ses couvertures.
Quesnel, les recita. Elle fit des sauts de tout son corps ; la couverture et tout ce qui était sur elle s'éleva en même temps de la hauteur de trois ou quatre pieds, avec cette circonstance qu'on peut remarquer, que sa tête et ses pieds s'élevèrent tout ensemble, pendant lequel temps elle parlait en prêchant.
» Sur les cinq heures du soir, Manon , convulsionnaire , servante des convulsionnaires Girard et Pressel, arriva chez la veuve Thévenet, et elles s'embrassèrent avec de grands cri« de joie. Manon, se mettant à genoux , récita une oraison à Paris..., pendant lequel temps la dame Thévenet devint encore plus furieuse. Elle sortit du lit, et se mit à sauter, s' élevant à peu près jusqu'à la hauteur du plancher. Après quoi elle fit des contorsions de tête et de bras, et ses mamelles, sortant de son corps, tournaient d'elles-mêmes et s'entortillaient comme si quelqu'un les eût tordues avec les mains : ce qui était accompagné de mouvements indécents qui lui faisaient dire qu'elle soufh'ait des douleurs plus aiguës que si elle mettait un enfiint au monde.
» Sur les huit heures du soir arrivèrent les sœurs Girard et Pressel. Aussitôt la veuve Thévenet fait de grands sauts; la demoiselle Girard lui fait baiser une croix et quantité de petits paquets de la soutane de Paris et de M. de Senez. Après quoi elles se mettent à sauter ensemble...
» Sur les cinq heures du même soir, Manon, convulsionnaire, servante des convulsionnaires Girard et Plessel, arriva chez la demoiselle Thévenet, et elles s'embrassèrent avec de grands cris de joie... Manon, se mettant à genoux, récita une oraison à Paris. . . , pendantlequel temps la dame Thévenet devint encore plus furieuse ; elle sortit du lit et se mit à sauter, s' élevant à peu près jusqu'à la hauteur du plancher. Après quoi elle fit des contorsions de tête et des bras ; et ses mamelles, sortant de son corps, tournaient d'elles-mêmes et s'entortillaient comme si quelqu'un les eût toi-dues avec la main ; ce qui était accompagné de mouvements indécents qui lui faisaient dire qu'elle souffrait des douleurs plus aiguës que si elle mettait un enfant au monde.
• Vers les neuf heures, les sœurs Girard et Manon se retirèrent; mais la sœur Pressel, s'étant offerte à garder pendant la nuit la dame Thévenet, resta avec elle. Dès qu'elles furent seules, elles ne cessèrent de parler et de sauter, ce qui efiraya toutes les personnes qui étaient au-dessous de leur chambre. La servante y monta vers les dix heures, et elles la chassèrent.
Elle remonta pour porter un bouillon à sa maîtresse; et alors celle-ci et la Pressel, se mettant à l'embrasser, l'exhortèrent à faire une neuvaine à Paris. Cette fille, sans prononcer aucune parole ni faire aucun signe qui marquât sa pensée, renonça intérieurement à cette dévotion, en disant en elle-même : — Ah !
Seigneur, ne permettez pas que j'aie une telle affliction. Et sui^ le-champ les deux convulsionnaires lui dirent toutes deux à la fois : — Comment, tu ne veux pas une telle affliction ? Si tu savais lire, tu te rendrais à ces livres-Jà. Ce qui effi-aya tellement cette bonne fille, attendu qu'elle n'avait rien prononcé ni fait paraîti-e, qu'elle descendit avec frayeur dans la cuisine , où elle se mit à pleurer. Le chanoine lui demanda ce qu'elle avait : — Je ne sais pas, dit-elle, mais je vois tout jaune.
» • Elle remonta néanmoins quelque temps après pour porter une lampe qui sert pendant la nuit, et elle y trouva la veuve Thévenet et la Pressel couchées dans le même lit, faisant des sauts et prêchant. Elle se retira, et l'une des deux convulsion-
» La convulsionnaire Pressel, ayant réclamé la faveur de passer la nuit auprès de la veuve Thévenet, ces deux filles passèrent toute la soirée à parler, à sauter, à prêcher, à faire des actes de la dernière indécence.
naires ferma ensuite la porte au verrou.
«Le lendemain, dimanche 3 octobre, vers une heure après minuit, la servante, entendant toujoui's des hurlements épouvantables dans la chambre des convulsionnaires, se leva, alla au jardin, monta sur une élévation, d'où l'on aperçoit aisément ce qui se passe dans la chambre, les volets étant ouverts, et la fenêtre n'étant point couverte du rideau; elle les vit toutes deux dans la chambre nues, sans chemises, qui riaient, qui jetaient leurs bonnets de côté et d'autres, et qui allèrent ensuite se mettre dans le lit.
» Quelque temps après, la demoiselle Prcssel se lève, ayant alors une chemise et une camisole; elle met la lampe sur la fenêtre et lit tout haut dans un livre , tandis que la veuve Thévenet parle de son côté et s'ajpte en répétant les mêmes paroles.
» A cinq heures du matin , le chanoine dit la messe pour commencer une neuvaine afin d'obtenir la délivrance de sa sœur.
A sept heures, la demoiselle Pressel sortit pour aller à la messe, et la femme Charpentier monta chez la dame Thévenet; elle la trouva dans ses agitations ordinaires, faisant toutes sortes de mouvements indécents, disant qu'il n'y avait aucune partie de son corps qui ne fut agitée: tantôt c'étaient les mamelles, tantôt les yeux, tantôt la bouche ; disant encore qu'elle avait ailleurs ces mêmes agitations, ce qu'elle marquait par les mouvements extérieurs
» Vers une heure après minuit, la servante, entendant toujours des hurlements dans la chambre des convulsionnaires , se leva , alla au jai'din , monta sur une élévation d'où l'on aperçoit aisément ce qui se passe dans la chambre. Les volets étant ouverts et la fenêtre n'étant point couverte de rideaux, elle les vit toutes deux nues et sans chemises, qui riaient et jetaient leurs bonnets de côté et d'autre...
» Le 3 octobre, à sept heures du matin, lorsqu'on entra dans l'appartement de la veuve Thévenet, on la trouva dans ses agitations ordinaires , faisant toutes sortes de mouvements indécents, disant qu'il n'y avait aucune partie de son corps qui ne fût agitée : tantôt c'étaient les mamelles, tantôt les yeux, tantôt la bouche, disant qu'elle avait encore ailleurs ces mêmes agitations ; ce qu'elle marquait par des mouvements extérieurs qu'elle faisait et qui causaient de l'horreur... — Cela ne vient point de moi, ajoutait- elle, je ne suis point maîtresse de ce que je fais et de ce que je sens.
qu'elle faisait, et qui causaient de l'horreur à cette femme.
— Gela ne vient point de moi, ajoutait-elle, je ne suis point maîtresse de ce que je fais et de ce que je sens. De temps en temps elle prenait la main de la Charpentier pour lui faire voir la force de sonbi-as, dont l'agitation était si extraordinaire que cette femme ne pouvait l'arrêter.
» Vers les sept heures et demie, son frère étant venu la voir, elle lui dit qu'il l'avait bien tourmentée pendant sa messe. Ensuite , couchée dans son lit, elle continua ses contorsions et ses mouvements, frappant toujours avec ses deux mains sur les mamelles et les parties secrètes du corps, en disant qu'il fallait mortifier la chair. Il sort, et elle dit à la Charpentier qu'il la fait beaucoup soufiRrir : car il soutenait qu'elle était possédée di^ démon.
Pendant toute cette journée, elle sentit en elle-même de grands feux, et elle but beaucoup. Elle s'écriait même quelquefois avec force qu'elle brûlait au dedans ; et les demoiselles Pressel et Bernard répondaient d'abord que c'était l'amour de Dieu qui la brûlait.
» La nuit du dimanche au lundi, la servante crut, pendant quatre heures, que la veuve Thévenet allait mourir, étant sans mouvement, les dents serrées , les mains glacées et le visage aussi, ne paraissant pas avoir la moindre respiration.
Étant revenue, elle eut des convulsions.
De temps en temps, elle prenait la main de la Charpentier pour lui faire voir la force de son bras, dont l'agitation était si extraordinaire que cette femme ne pouvait l'arrêter.
» Pendant le cours de cette même matinée, elle continua ses contorsions et ses mouvements, frappant toujours avec ses mains sur ses mamelles et les parties secrètes de son corps , en disant qu'il fallait mortifier la chair...
Pendant toute cette journée, elle sentit en elle-même de grands feux et elle but beaucoup. Elle s'écriait même quelquefois avec force qu'elle brûlait au dedans, et les demoiselles Pressel et Bernard répondaient d'abord que c'était l'amour de Dieu qui la brûlait. . •
» Pendant la nuit du 3 au 4 octobre, l'on crut que la veuve Thévenet allait expirer. Pendant près de quatre heures elle resta sans mouvement, les dents serrées, le visage et les mains glacés, sans qu'on pût distinguer le souffle respiratoire ; au sortir de cette extase, elle éprouva des mouvements convulsifs.
» Le lundi, sur les six heures (lu matin, le chanoine dit la messe pour sa sœur; la Charpentier et la servante y assistèrent et firent en secret des prières pour elle. La servante étant de retour, la dame Thévenet lui dit : — ïu as fait tout ce que tu as pu pour me faire souffrir; tu as avec madame Char[)cntier invoque la Vierge, saint Spire, saint Leu et sainte Geneviève pour me faire damner; ce qui étonne cette fille et fait heaucoup de peur à la Charpentier.
» M. Mariette alla, après son action de grâces, voir sa sœur, qui lui dit qu'il la faisait souffiir beaucoup. Gomme elle se sen^ tait très-mal, elle le pria de la confesser, ne croyant pas avoir le temps d'attenche son confesseur. Elle commença à déclarer tout haut ses péchés ; mais dans l'instant ses bras et tout son corps se raidirent, la parole lui manqua , et , étant comme à l'agonie, elle fit trois soupirs semblables à ceux d'une personne qui expire. Son confesseur, M. Thiboust, arrive, et le chanoine lui dit qu'il est arrivé trop tard, que sa sœur est morte.
» M. Thiboust entre néanmoins dans sa chambre, et la dame Thévenet revient à elle, et s'écrie : Plût à Dieu qu'à la voix de la brebis le pasteur puisse revenir au bercail, et que ce qu'il voit serve à sa sanctification. Je suis une bienheureuse, Une prédestinée, une convulsionnaire. M. Thiboust tâche de l'instruire ; mais pendant qu'il parle, elle entre en des agitations
» Le 4 octobre, craignant ellemême une fin prochaine, elle supplia le chanoine Mariette, son frère, de la confesser, pendant qu'on irait chercher son confesseur habituel. A peine eutelle commencé à accuser ses péchés, que les convulsions devinrent plus intenses, qu'elle perdit l'usagie de la parole et qu'on crut qu'elle avait cessé d'exister. En revenant à la connaissance, elle s'écria qu'elle était une bienheureuse, une convulsionnaire , une prédestinée!
Son directeur de conscience, qui avait eu le temps d'arriver auprès d'elle, lui adressa quelques paroles pieuses. Elle entra dans des agitations si horribles, qu'il en fut effi'ayé. Il la vit se donner des coups de poing sur les différentes parties du corps, même sur les plus secrètes, et sauter de son lit de plus de trois pieds de haut.
si horribles qu'il en fut eJBrayé.
Il la vit se donner des coups de poing sur les diflfiérentes parties du corps, niéuie les plus secrètes, et sauter de son lit de plus de trois pieds de haut.
> Un peu après arrivent les
demoiselles Pressel et Besnard.
1) Une chose à remarquer, c'est que lorsque les demoiselles Girard et Pressel-, Manon et autres du même parti, venaient voir la dame Thèvenet, avant qu'elles entrassent dans la maison , elle s'écriait : Voici mes bonnes amies qui viennent. Ce qui étonnait beaucoup son frère le chanoine.
» Les demoiselles Pressel et Besnard étant entrées ; Voyezvous, leur dit M. Thiboust, l'état pitoyable où est réduite la dame • Thèvenet par la dévotion à votre saint? Vantez-le tant que vous voudrez ; cela ne vient point de Dieu, mais du démon. — Vous vous trompez, répondirent-elles, ce sont des mystères. — Des mystères? reprit-il; oui, des mystères de Satan. Aussitôt mademoiselle Pressel branle la tête, les mains, les jambes et tout le corps, comme une maiionnette.
Madame Thèvenet retombe aussi en des agitations plus terribles,; et tout cela étonnait d'autant plus M. Thiboust qu'auparavqnt il n'avait remarqué en celle-ci que beaucoup de bon sens, de piété et d'esprit.... Au milieu de ses agitations, elle répétait le sens de plusieurs propositions du P.
Quesnel
>> Le chanoine monte pour voir sa sœur. Il la trouve comme en léthargie, parlant de la grâce triomphante qui agissait dans
» Le prêtre ayant dit à dessein que c'étaient là de$ mystères de Satan, la veuve Thèvenet tomba dans les attaques convulsives les plus terribles. On vit aussitôt une autre convulsionnaire, qui se trouvait présente, branler la tête, les mains, les jambes et tout le corps, comme si ces parties eussent appartenu à un pantin...
» Vers le miheu du jour, la veuve Thèvenet présenta tous les signes de l'extase ; pendant ce nouvel état, elle récite les
son cœur, et récitant des propositions du niême Quesnel.
» Etant devenue plus tranquille , on la fit descendre pour <lîncr. Pendant qu'elle dîne, la servante va secrètement , sur l'ordre du clumoine, jeter l'eau du vase où étaitla terre de Paris, et y mettre de l'eau bénite; et, afin de n'être pas entendue, elle quitte ses souliers. Une heure après, la dame Thévenet, sans rien savoir de ce que la servante avait fait, prit son vase pour boire, et, au moment qu'elle eut bu, elle s'écria qu'on avait changé sa boisson, que cette eau était très-mauvaise.
» Dès ce moment, néanmoins, elle revint dans son bon sens, et n'eut plus de toute la journée d'auti'es agitations que des mouvements de tête.
(Alors on interdit l'entrée de la maison aux convulsionnaires qui étaient venus la voir.)
» Le soir, après souper, son frère lui fit faire ses prières, ce qu'il n'avait pu obtenir auparavant; et ayant appris de la Charpentier que toutes les fois qu'elle lisait dans le livre intitulé Manuel de piété, ses agitations redoublaient, il le lui demanda, et elle le lui remit ; après quoi elle se coucha et passa la nuit assez tranqiiilleniont.
«Le mardi matin, 5 octobre, son frère le chanoine lui ayant représenté l'état affi-eux dans lequel elle était , elle se rendit totalement et ne demanda plus que son confesseur ordinaire, disant qu'autant qu'elle l'avait eu en horreur, autant elle désirait le voir. Il vient, et, en sa
propositions du livré de Quesnel et disserte sur la grâce triomphante qui fermente dans son cœur.
» Le soir, elle consent à remettre à son frère un Manuel de piété dont la lecture provoque aussitôt le retour des paroxysmes convulsifs, et la nuit du 4 au 5 est exempte d'agitation.
i> Le mardi 5 octobre, dès le matin, le chanoine Mariette, son frère, lui ayant fait des représentations sur l'état affreux dans lequel elle était depuis plusieurs jours, elle se rendit totalement et ne demanda plus que son confesseur ordinaire, disant qu'autant elle l'avait eu en horreur.
présence, elle remet à son frère autant elle desirait le voir. Il le portrait (le Paris, deux paquets vint; dès qu'il fut présent, elle de terre de son tondjeau, et un remit à son frère le jjortrait du morceau du bois de son lit, qu'il diacre Paris , deux paquets de jette au feu. Son confesseur lui terre de son tombeau, un morfit renoncer à sa neuvaine à Paris ceau de bois de son lit, qu'on et lui fit faire profession d'être jeta au feu ; puis elle fit professoumise à l'Église Catholique, siondefoiàrÉglisecatholique..., Apostolique et Romaine, et à ses et elle n'éprouv^a plus ni agitadécisions. Alors elle n'eut plus tion ni mouvements, ne conserni agitations ni mouvements, vaut qu'un esprit sain, ayanttoujoursl'espritsain, et détestant ses premiers sentiments.
1) La nuit du mardi au mer- » La nuit du 5 au 6 octobre credi, elle supplie la femme fut marquée par la persistance Charpentier de faire pour elle dos de l'insomnie; la malade, tourprières, parce qu'elle était dans mentée par des scrupules reliune grave agitation, non de gieux, obligea sa garde à prier corps, mais d'esjnit, craignant pour elle, et elle lut elle-même de quitter le bon parti pour plusieurs pages dans ses livres* prendre le mauvais. La Char- pieux, pentier la rassura. ... Le reste de la nuit se passa à prier Dieu et à faire des lectures spirituelles dans V Imitation de Jésus- Christ etdanslelivredes Voies dti salut.
» Vers les cinq heures du ma- » Vers les cinq heures du tin, elle déclare à la femme matin, elle donna des signes de Charpentier qu'elle veut aller à frayeur, se fit asperger d'eau la messe que son frère avait pro- bénite, et éprouva une résistance mis de dire pour elle; et cette difficile à vaincre, quand elle femme s'aperçut qu'aussitôt elle tenta de sortir de sa chambre tomba dans le trouble et dans pour se rendre à l'église, où son des fiayeurs qui l'engagèrent à fière devait célébrer une messe la prier de temps en temps de en l'honneur de sa guérison. jeter sur elle de l'eau bénite.
Elle se leva, et, s'étaut habillée, elle ne pouvait sortir de la chambre ; il semblait qu'une
main invisible la retenait. Pour ,
l'encourager, la Charpentier lui dit qu'elle l'accompagnerait avec de l'eau bénite ; et, à la porte de la maison, elle lui mit dans les deux mains du buis bénit trempé dans l'eau bénite.
» A la. porte de l'église, pour snrinonter la repuynauce qu'elle sentait, elle s'écria : J'entrerai, j'entrerai. On jeta sur elle del'eau bénite, et, tenant du buis bénit dans les deux mains, elle entra dans l'église, où elle fut se prosterner devant le maître-autel. Là elle adora JNotre-Seigneur; elle lui demanda pardon, et fit un acte defoi en disant •" Je crois à la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.
«Pendant la messe, elle eut une sueur, des frayeurs et des agitations d'esprit , surtout à l'élévation de la sainte hostie.
Après la messe, en montant au tombeau de saint Spire, elle se sentit repoussée ; lorsqu'elle avait monté une marche, elle en redescendait trois , ce qui obligea son frère à l'aider à monter et à lui mettre la tête sur la châsse de saint Spire, oii elle réitéra sa profession de foi. De- ])uis ce temps-là elle a été parfaitement délivrée de toute agitation de corps, et il ne lui reste qu'une grande confusion de son état précédent, dont elle n'a néanmoins qu'une idée confiise (sic), le repentir d'y avoir donné lieu par sa fausse dévotion, la crainte de retomber dans le même malheur, et une frayeur occasionnée par une vision qu'elle dit avoir eue la nuit du dimanche 3 octobre au lundi 4, dans un temps où elle ne dormait pas , n'ayant pas fermé l'œil de toute cette nuit. Cette vision consistait dans l'aspect d'un cadavre décharné, dont les yeux étaient brûlants comme du feu, et de la bouche duquel sortait une flamme ardente. »
» Un sentiment de répulsion terrible enchaîna encore sa volonté quand elle chercha à franchir le seuil du saint lien où elle était attendue ; il fallut recourir encore à des aspersions d'eau bénite pour soutenir son courage.
» Pendant la messe , elle éprouva de la transpiration et des transes mêlées de terreiu'.
On chercha à la faire monter au tombeau d'un saint personnage très-vénéré des fidèles ; elle se sentit -repoussëe en mettant le pied sur les marches de l'escalier ; à peine avait-elle fait quelques pas en avant, qu'elle rétrogradait.
» Enfin , elle x-entra dans ses habitudes d'e raison, ne conservant qu'une grande confusion de ce qui lui était arrivé, craignant beaucoup de retomber dans le même malheiu' et redoutant beaucoup aussi le retour d'une vision qui l'avait assiégée pendant la nuit du 3 au 4 octobre. Pendant cette terrible nuit, elle avait eu sous les yeux le spectacle d'un cadavre décharné dont les regards semblaient ardents comme le feu, et qui vomissait par la bouche une flamme étincelante... »