‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 48 sur 115 · OPINION DE M. FIGUIER · texte numérisé non relu

OPINION DE M. FIGUIER

M. Figuier admet très-nettement les faits :' « Ceux , dit -il, qui se sont passés eh présence d'un public nombreux, qui ont môme été établis juridiquement et que l'on a voulu faire passer pour miraculeux, ne peuvent être révoqués en doute. » (Tome I, page 397.) Nous allons voir comment l'auteur entend les expliquer, mais prévenons que M. Figuier, tout en prétendant être toujours remonté aua7 sources originales^ , emprunte des citations de seconde main, et met ainsi peut-être trop facilement de la fausse monnaie en circulation^. Ajoutons que lorsqu'il rencontre certaines difficultés, et le sujet en comporte, l'auteur les esquive d'une manière habile par les artifices de «tyle dont il a le secret. En veut-on un exemple? Ce sera encore cette invulnérabilité, véritable pierre d'achoppement dans l'épidémie de Saint-Médard, qui nous le fournira. De tous les phénomènes observés chez les convulsionnaires, c'est le moins expliqué, d'où le motif qui excite les savants à vouloir se prononcer. Tenté à son tour de

* Voir sa préface, p. ix.

2 Notamment l'histoire de la \euve Thévenet, qu'il a copiée dans M. Calmeil.

donner la raison d'être de l'invulnérabilité, M. Figuier affirme qu'il va l'exposer. Mais, ne vous réjouissez pas trop de l'espoir de tenir enfin cette solution qui, toujours promise, est toujours à donner, car l'auteur parle de l'insensibilité!... et pour que le doute soit impossible, il cite, d'après Montègre, le fait « d'un boucher qui, dans un transport de colère, frappa si violemment son établi avec le poing, que la marque de ses doigts resta imprimée sur le bois; il n'avait néanmoins éprouvé aucune sensation douloureuse de ce coup violent* ».

C'est avec de tels tours d'adresse que M. Figuier croit se tirer d'affaire. Aussi \mQ Revue, (\\\\ n'est certes pas suspecte de croyance au surnaturel, lui a-t-elle dit à propos de son Histoire du tnerveilleux : « Quand il craint de dire trop, de blesser une 'conviction ou d'avouei* une opinion trop neuve, il plaisante, pirouette et passe à une autre matière; on s'amuse à le lire, on 'apprend des faits; mais l'énigme

/^este intacte Il les rapporte seulement, mais

pose à la fin de chaque récit le point d'interrogation scep-' tique! On voudrait, de la part d'un homme de sens droit et de science exacte, une solution raisonnée. L'embarras est grand, je le sais, car l'auteur ne veut pas combattre l'opinion des corps savants Mais, pour trouver la solution de ces faits merveilleux qu'il raconte si bien, il faudrait une étude plus sérieuse, un travail plus approfondi et des convictions plus arrêtées ''*. »

Il y a pourtant un point sur lequel M. Figuier est trèspositif; ce point est l'hystérie, qu'il regarde comme étant X affection dominante ^ chez les filles de Saint-Médard.

* Figuier, tome I, p. 401 .

2 La Critique française, numéro de juin 1861.

3 Tomel, p. 401.

Nous savons qu'en penser; mais pour M. Figuier le fait est si certain qu'il tient qu'on les en guérissait. Savez-vous le remède? On en a guéri plusieurs, par le mariaijey écrit-il gravement' !... « Nous avons dit (c'est M. Figuier qui parle), dans l'introduction de cet ouvrage, qu'au milieu du quinzième siècle on vit éclater en Allemagne une des plus célèbres épidémies de possédées, celle des nonnainSj qui faisaient tous les miracles admirés depuis à Saint- Médard, et même quelques-uns de plus, qui cabriolaient, grimpaient contre les murs, parlaient des langues ÉTRANGÈRES, bêlaient comme des brebis, et quelquefois se mordaient Jes unes les autres comme des enragées. C'est dMmarimjc que l'on eut recours pour mettre fin aux

désordres de ces convulsionnaires® » En vérité!!!

Quelle idée M. Figuier se fait-il donc de ses lecteurs, pour leur débiter de pareilles théories? Parler une langue étrangère est un dèsoj'dre dont le mariage guérit?

Oui, les convictions manquent à M. Figuier, comme le dit la Revue que nous citons plus haut, et c'est pourquoi il se retranche tantôt derrière Hecquet, dont il fait le plus grand cas, puis derrière M. Calmeil. Mais, à partla/?retention singulière d'expliquer par la science des phénomènes qui sont le renversement de la science (n'oublions pas qu'il s'agit, entre autres prodiges, de V invulnérabilité du corps humain), et qui est très-nettement formulée, une enveloppe nuageuse, insaisissable, couvre constamment ce qui semble être l'expression de la pensée de l'auteur. Au point de yw& scientifique, son explication est nulle.

1 Tomel, p. 401.

2 /cf., p. 401.

Nous venons de passer en revue les écrivains tes plus en renom dont les travaux, comme nous l'avons dit, font autorité sur le sujet qui nous occupe. Il ressort de cet examen que leurs théories ne tiennent pas devant le plus vulgaire bon sens. Débarrassées des termes techniques dont elles sont enveloppées, que reste-t-il du raisonnement qui leur sert de base? Mais si les savants de tous les temps persistent à demeurer insufTisants sur ce point, n'est-ce pas confesser l'impuissance de la science à se prononcer jamais d'une manière définitive et satisfaisante? Quant ù présent, on remarquera que ce qui caractérise les partisans du natin'alisme, quel que soit d'ailletirs le nom qui sert d'enseigne à leur système, c'est :

4" La troncation des faits ;

2" L'ingénuité, ou, si mieux on aime, la nullité de l'interprétation.

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