‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 59 sur 115 · XII · texte numérisé non relu

XII

SCÈNE DE MAGNÉTISME EN 4825. — INTERLOCUTEUR INVISIBLE DIALOGUANT AU MOYEN DU GENOU ET DU DOIGT d'uNE MALADE. — VOIX INTÉRIEURE. — DISPARITION d'oHJET. — FEU ALLUMÉ ET ÉTEINT PAR UN AGENT OU UNE FORCE INVISIBLE.

Le docteur Billot rapporte les curieuses observations suivantes : Une fille nommée Marie Mathieu, de Cucuron (Vaucluse), ayant fait une chute pendant son état

' L' Antimagnétisme animal, page 92.

critique, eut une suppression subite. « Depuis ce moment, dit M. Billot ', l'articulation du genou droit se gonfla au point que le genou présentait le volume de la tôle d'un enfant de quatre à six mois, et la malheureuse fille ne pouvait plus se mouvoir qu'à l'aide de potences sur lesquelles elle appuyait les bras; sa jambe, -retirée et à demi lléchie, ne permettait plus au pied de porter à terre. »

Soumise sans succès à un traitement par l'électricité, en d819, elle est perdue de vue par le docteur Billot, et ce n'est qu'en 1825 qu'il provoqua chez elle le somnambulisme, afin quelle pût s'indiquer elle-même les moyens curalifs convenables à son infirmité ^. Mais le sommeil magnétique ne venant point, M. Billot se borna aux passes et frictions sur le membre souffrant, lorsque tout à coup il suscita dans le genou malade un mouvement singulier qui, de prime abord, lui parut être galvanique, ou, mieux, électro-magnétique. Ici laissons parler l'auteur^:

« Ayant appliqué le pouce de la main droite sur la rotule, je mis celui de la gauche au-dessus du genou, ù quelques doigts de distance de l'autre. Dans le même instant, je sentis s'opérer un mouvement interne et sensible à l'œil, partant d'un pouce à l'autre. Ce mouvement se soutint tout le temps que je tins les pouces dans cette position. Lé pouce de la main droite toujours appuyé sur la rotule, je change de position du gauche, et je le place sur la partie médiane antérieure de la cuisse, à cinq à six pouces loin de l'autre. A l'instant même, mouvement ondulatoire allant de l'un à l'autre doigt, et se soutenant

* Tome I, p. 42.

2 id., p. 44.

3 Id., p. 46.

tout le temps que les doigts sont en place. — Je change la position de mes doigts ; je les dirige dans tous les sens sur la jambe et sur partie de la cuisse, à distance plus ou moins éloignée l'un de l'autre. Môme mouvement. — Je ne place plus qu'un doigt. Le mouvement a lieu de même sur la partie touchée. 11 ressemble à celui d'un gros vaisseau artériel, ou aux pulsations du cœur, sous la main qui le presse. — Je ne place plus le doigt, mais j'applique une clef sur la cuisse; même mouvement. J'enlève la clef, il cesse. Je la remets, mouvement. Je l'ôte, repos. — Je soupçonne un moteur particulier. Je ne touche plus, mais je demande à haute voix : Le mouvement? et le voilà rétabli. Cessez, m'écriai-je; il a cessé. Mouvement? le voilà. Repos? le voilà. »

Sûr de l'existence d'un moteur, le docteur veut savoir si cette puissance est séparée de la malade et comment elle agit sur elle. « Résistez, lui dit-il % de toute votre volonté à ce mouvement quand je l'ordonnerai. — J'ordonne, elle résiste; mais le mouvement a lieu malgré elle. Dès ce moment, ajoute-t-il , il s'établit entre le membre atrophié et moi un dialogue singulier que je vais rapporter fidèlement... — D. Qui que lu sois qui fais mouvoir celte jambe , veux-tu répondre aux questions que je vais te faûe ? — R. Ici le membre fait trois fois de suite un mouvement recliligne de devant eu arrière. Le genou paraît décrire la figure ///. »

Le docteur convient avec son occulte interlocuteur que le signe recliligne signifiera ouiy et horizontal non (tome I^"", page 50). Cet interlocuteur prétend être l'ange gardien de Marie ( page 52 ), et prom.et aide et assistance au médecin et à la malade pour redonner aux muscles de celle-ci

» Tome I, p. 48.

le ton qu'ils ont perdu (page 56). « Mais comment agis-lu sur elle? poursuit M. Billot; as-tu pouvoir sur tous ses organes malgré sa volonté ' ? — R. ///, Oui. — D. Puisque cela est ainsi, lu vois qu'il n'est pas décent que Marie reste en séance avec le genou découvert pour ra'enlrclenir avec loi ; il me paraît bien plus naturel de faire mouvoir la tôte à la manière accoutumée pour exprimer le oui ou le non; peux-lu le faire? — R. ///, Oui. — D. Eh bien ! fais donc faire à la tôle le signe de oui? — R. Signe Irois fois en avant, baissant et relevant la lôte. — D. Faislui faire le signe du 7ion. — R. Signe trois fois, tournant la tôte de gauche à droite. — D. A merveille; mais je vois ici quelque chose d'un peu louche : c'est la difficulté de ne pouvoir connaître si Marie fait d'elle-môme ces signeSj ou bien si elle y est forcée par une puissance qui agit sur elle. Cherchons donc un autre moyen plus sensible, je veux dire moins douteux pour moi. Ainsi, puisque lu as pouvoir sur tous les organes de Marie , pourquoi ne pas agir sur sa langue? Fais -la donc parler; mais que le son de sa voix soit chnncjé, afin que je comprenne que ce n'est pas elle qui répond à mes questions; consenstu à me répondre par sa bouche? — R. Ici Marie est vivement secouée. La lôle et le tronc paraissent saisis de tremblements convulsifs par un rapide mouvement de vibration, et la bouché, s'ouvrant en môme temps, prononce d'une voix dont le timbre fortement élevé est très-différent de celui de la voix de Marie : Oui, oui, oui. »

« Nota. — Celle secousse violente, à laquelle celle fille

ne s'attendait point, la met de mauvaise humeur. Elle me

prie de ne plus la soumettre ~d celle rude épreuve. Je la

rassure, et je dis au moteur que le ton et la manière dont

1 Tome I, p. 56 el 58,

il a fait cette réponse décèleraient plutôt un ange de ténèbres qu'un ange de lumière. Tout à coup la scène change. Marie me présente la main droite pour se mettre en rapport avec moi. J'avance la mienne. Mais à peine nos pouces sont-ils en contact qu'un mouvement subit s'établit dans la phalange du sien. Ce mouvement est comme saccadé. La phalangette inclinée à angle droit, imitant un marteau, frappe sur la mienne à coups répétés , et lorsque le mouvement doit cesser, elle la presse fortement avec l'ongle

pour en désigner la fin Ce mouvement s'opère sans la

volonté de Marie..., malgré elle, dès que son doigt touche celui du docteur. » En môme temps cette fille « dit entendre résonner dans son gosier une petite voix dont elle compare le timbre au tintoin ou bourdonnement d'un cousin qui accompagnerait les mouvements de son doigt, c'est-à-dire que chaque syllabe de la voix est exprimée par un mouvement de la phalangette, comme ferait un enfant qui, en épelant un mot, frapperait à chaque syllabe sur quelque chose avec son doigt. » {Id., page 58.)

Le guide spirituel de Marie lui avait prescrit un régime alimentaire d'où toutes les crudités étaient exclues. Or, un jour elle prit une gousse d'ail pour en frotter son pain. « Mais à mesure que, ayant épluché son ail', elle se dispose à l'approcher de son pain , tout à coup, comme si quelqu'un eût tapé fort sous sa main, la gousse d'ail saule jusqu'au plancher et ne se retrouve plus... Ce fait s'est passé sous mes yeux, dit le docteur Billot, et en présence des gens de la maison. »

Le même médecin cite encore le fait suivant dont il a été le témoin^.

1 Tome I, p. 89. • 2/t/., p. 221.

« L'exercice, dit-il', fatiguait et échauiïait beaucoup Marie; elle avait besoin de repos et de rafraîchir son sang. Le petit Raphaël^ ordonne la tisane suivante : orge et réglisse. Marie met dans un pot convenable l'orge mondé, un petit morceau de racine de réglisse fendu en quatre et l'eau suffisante. Elle s'avance de la cheminée, le pot à la main, pour faire la tisane; mais il n'y a pas de feu; à peine aperçoit-on sous la cendre un globe lumineux gros comme un petit pois. En outre, il n'y a pas de petit bois, ni de copeaux, ni de sarment pour faire prendre feu à deux grosses huches qui se trouvent dans l'âtre. Bien plus, Marie manque en ce moment d'allumettes, et, pour tout soufflet, on n'a dans la maison qu'un roseau ou canne percée d'outre en outre. Quelle main secourable viendra donc l'aider à allumer son feu?.... « ^e t'inquiète pas , lui dit la petite voix , la tisane se fera. Place sur le globule de feu quelques feuilles de chêne vert qui tiennent encore aux bûclies, et qu'il faut détacher; mets les bûches par-dessus, et sois tranquille, le feu va s'allumer; tu placeras ensuite le pot, et tu pourras faire le travail ordinaire du ménage. » Marie obéit à la voix, et le tout bien préparé et disposé selon l'ordonnance, elle se met à observer ce qui va se passer, en fixant les yeux sur le globule lumineux. Quel est son étonnement lorsqu'elle aperçoit sur ce globule un petit mouvement tel que celui que pourrait opérer le souffle du plus doux zéphir, ou celui à peine sensible sortant du chalumeau d'un metteur en œuvre ou d'un joaillier! A peine quelques minutes se sont écoulées, que les brins de feuilles commencent à donner de la ftimée, l'impression du soufre se renforce, quelques étin-

1 Tome L p. 221.

2 M. Billot désignait ainsi la voix intérieure (\\i\ parlait dans Marie.

celles pétillent, et voilà que la flamme a jeté son éclat. Les bûches sont attaquées par le feu; le foyer ressemble à celui d'une petite forge d'orfèvre, et Marie, ravie d'étonnement, place son pot près du feu, en louant Dieu et remerciant son messager. L'eau s'échauffe, bientôt le bouillonnement commence; le feu est ménagé de telle sorte qu'on ne voit qu'un petit frémissement à l'aide duquel la tisane se confectionne lentement. Marie quittait son travail de temps en temps pour surveiller la décoction, lorsque la petite voix lui dit : « Ne te dérange plus, la tisane sera faite; je saurai bien diminuer l'ardeur du feu et même l'éteindre, s'il est nécessaire. » En effet, Marie vit diminuer le feu insensiblement, et lorsqu'elle prit le pot, la tisane était un peu plus que tiède , c'est-à-dire qu'elle était au degré de chaleur convenable pour être bue... La première fois que ce phénomène a eu lieu, je n'ai point vu les préliminaires de la combustion; mais le lendemain, je désirai en être témoin, et tout se passa comme le jour d'auparavant, el tel que je l'ai décrit ci-dessus. »

Le récit que l'on vient de lire renferme des particularités fort curieuses, et nous demandons, pour terminer ce qui concerne le magnétisme, à faire, dès à présent, quelques réflexions qui se rattachent aux phénomènes des tables tournantes et des Esprits frappeurs. Si l'on veut bien remarquer que les observations du docteur Billot appartiennent à une époque oii il n'était nullement question de spiritisme, mais seulement de magnétisme, on conviendra que la fille Marie Mathieu a provoqué une série d'expériences qui ont la plus entière conformité avec celles qui ont lieu de nos jours'. En effet, si d'une part Marie, comme les convulsionnaires jansénistes, prête ses organes, ' Voir ci-après livre Y, section deuxième.

sans pouvoir s'en empocher ', à un agent invisible, si elle entend une voix parler en elle, comme cela a été observé chez les sectateurs du diacre Paris ^; d'un autre côté, son genou, la phalangette de son doigt, servant de médium, à l'instar de nos tables aujourd'hui, mettait en communication l'interlocuteur occulte et l'interrogateur visible. D'un autre côté encore , la disparition de la gousse d'ail sert de pendant à la fève qui s'envole ehez M. Benezet (voir ci-après, livre Y, section deuxième). Quant au phénomène du feu s'allumant et s'éteignant sous la direction d'un ^noteur occulte, selon l'expression du docteur Billot, n'appartient-il pas à la catégorie des phénomènes ignés produits actuellement par le spiritisme?

De ces simples rapprochements, il résulte que les phénomènes observés chez la fille Marie et attribués au magnétisme sont d'un ordre entièrement identiques avec ceux qui s'observent dans le spiritisme moderne. Le mode d'explosion peut paraître différent; mais les faits sont les mêmes, ce qui implique une identité dans la cause. ,

SECTION TROISIEME

Preuves de la réalité des effets attribués au 7nagnétisme.

On pourrait se contenter, pour établir la réalité des phénomènes magnétiques, d'^n appeler au témoignage universel : car il n'est pas permis d'admettre qu'aujourd'hui personne n'ait été témoin , ou peut-être même provocateur,

^ Voir plus haut page 45.

2 Voir plus haut page 45.

DANS LE MAGNÉTISME. 241 d'expériences magnétiques. Mais, puisque nous nous sommes placé sur le terrain scientifique, nous pouvons constater les faits magnétiques par les savants eux-mêmes. Nous invoquerons donc, par ordre de date : 1° Le rapport de Baiiiy, présenté au roi en 1784, pour l'examen du magnétisme animal, et dans lequel on lit ce qui suit ' : « Rien n'est plus étonnant que le spectacle de ces convulsions; quand on ne l'a point vu, on ne peut s'en faire une idée; en le voyant, on est également surpris et du repos profond d'une partie de ces malades et de l'agitation qui anime les autres, des accidents variés qui se répètent, des sympathies qui s'établissent Tous sont soumis

ù celui qui magnétise; ils ont beau être dans un assoupissement apparent, sa voix, un regard, un signe les en retire. On ne peut s'empêcher de reconnaître à ces effets constants une GRANDE PUISSANCE qui agite les malades, les maîtrise, et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire. » 2° Le rapport* des commissaires de la Société royale de médecine du 16 août 4784, dans lequel on lit ce singulier aveu , au sujet précisément des faits qu'ils étaient chargés d'examiner. « Nous avons négligé les faits rares, insolites, merveilleux, tels que le renouvellement des mouvements convulsifs par la direction du doigt ou d'un conducteur à travers le dos d'un siège fortement rembourré, à travers une porte, un mur; les sensations éprouvées à l'approche d'un arbre, d'un bassin, d'un corps ou d'un terrain que l'on avait auparavant magnétisés Nous avons

cru enfin ne pas devoir fixer notre attention sur des cas rares, insolites, extraordinaires, qui paraissent contredire toutes les lois de la physique.... »

« Cité par Bertrand, pageTi.

2 Id., page 496.

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