‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 58 sur 115 · L*E MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

L*E MERVEILLEUX

En effet, pour le grand nombre, la magie n'est qu'un art mensonger qui ne se produit qu'à l'aide de compères; qui donc, aujourd'hui, peut croire à la sorcellerie et à la magie? Parfaitement tranquille en présence du doute de l'assemblée, je disais au Prince : « Tout à l'heure vous aurez des émotions; vos convives croiront; si je le veux même, je les remplirai tous dé terreur et d'effroi. » 11 était dix heures du soir lorsque les expériences commencèrent. J'eus d'abord quelque peine à déterminer une personne à tenter l'épreuve; enfin une dame se prêta résoliiment à mes essais. Au grand étonnement de l'assemblée, cette dame fut à l'instant même clouée sur son siège; je jetai alors à six ou sept pieds d'elle le miroir magique, et on la vit sortir de son immobilité. Par des efforts saccadés , se levant de son siège, elle avança dans l'attitude d'un cadavre que l'on ferait mouvoir avec difficulté. Ce fut une scène émouvante au dernier point, un spectacle sans pareil, surtout lorsque, plongeant son étrange regard dans le disque, on la vit comme rejelée au loin par une force invisible, puis enfin ramenée en avant et rapprochée du signe magique par la même puissance. Elle fut bientôt en proie à une sorte de transport s'ibyllin , et, comme une prophétesse antique sur le trépied sacré , l'oracle allait se faire entendre. La bouche s'ouvrit, mais avec difficulté, et l'on n'entendit que des sons gutturaux; les choses vues ne purent être décrites par la voyante. ...

» J'offris pourtant à l'assemblée de produire sur l'heure un autre exemple de cet immense pouvoir qui enchaîne pour un instant le corps et l'âme, et fait bientôt communiquer celle-ci avec lés immortels. Une jeune dame, que la crainte n'agitait point (elle se croyait invulnérable), se soumet à l'épreuve nouvelle. A peine deux minutes s'étaient-

elles écoulées, que l'on vit ses membres se roidir et tomber dans une immobilité complète : c'était une statue de marbre. Cet élat ne dura que quelques instants. A la vue du signe magique, elle se leva comme la première expérimentée; mais son visage n'avait point la même expression; il était plus animé, plus inspiré; elle était belle, et quelque chose de divin semblait l'animer et la dominer. Plongeant son regard dans le miroir que je tenais à quelque distance de ses yeux, elle me suivait dans une sorte de transport lorsque je m'éloignais, cherchant à assurer sa vision, à la rendre complète. A. moi seul il appartenait de lui ouvrir le vaste champ de l'avenir — Je ne voulus point prolonger cette vision; je cachai le miroir.... Je reçus les félicitations de cette assemblée choisie; car les faits n'avaient rien laissé à désirer dans leur production et dans leur instantanéité. Cependant , voulant encore justifier mon pouvoir, je fis, dans un autre ordre de faits, de curieuses expériences. J'attirai une dame à reculons; elle vint, par une force attractive, se souder à mon dos; me baissant alors, je l'emportai sans qu'elle pût se détacher de moi. »

EFFETS DUS AU MIROIR MAGIQUE. — TERREUR. — PROSTRATION. — RETOUR DES FORCES. — ÉVANOUISSEMENT. — IGNORANCE DU PASSÉ AU SORTIR DE LA CRISE.

« Ma main, raconte M. Dupotet ', tient le miroir fatidique; elle tremble malgré moi, comme si une force secrète la secouait; je me fais violence pour résister à ce choc inconnu, et, présentant la surface du disque à une femme forte d'intelligence et de volonté, dont le doute 1 Journal du magnétisme, tome V, page 297.

provocateur a, malgré moi, donné lieu à cette épreuve, les elTets commencent aussitôt. La lumière que redôte une glace ne se transporte pas plus vite , car ici l'action est instantanée. On voit les yeux de madame N... devenir ternes, une couleur bilieuse se répandre sur ses traits; son corps a peine à se maintenir debout, car ses membres fléchissent; la mâchoire inférieure exécute des mouvements sans que la voix se fasse entendre, bien que tout indique que madame N... veut parler. A cette prostration évidente succède rapidement une réaction terrible; les yeux deviennent brillants, les traits se contractent, et des sons gutturaux inarticulés , accompagnés de gestes indicibles , jettent la crainte au cœur de toutes les personnes présentes. Je veux arrêter l'expérience, et, dans ce but, je m'éloigne de sept à huit pas; mais les eflets continuent; les yeux de madame N... se fixent alternativement sur moi et sur le miroir magique où elle semble poursuivre de ses recherches les images qui y sont peintes ; elle fait môme des eiforls pour se rapprocher de moi ; mais ses pieds semblent avoir pris racine dans le sol : elle ne peut approcher d'un pas! La pythonisse n'était pas plus animée, ni son visiige empreint de plus sombre terreur! Madame N... a vu , on ne peut en douter, et la communication avec des intelligences spirituelles avait commencé d'exister. Voulant mettre un terme à cette scène, je romps le charme en cachant le miroir. Il était temps; nous n'avions plus alors sous les yeux qu'une femme évanouie : il fallut la soutenir et l'emporter. On s'empresse autour d'elle, on l'interroge : sa bouche reste muette et comme saisie d'épouvante. Elle regarde à droite et à gauche, semblant chercher les ombres qu'elle a vues; efforts vains de son . esprit ! Tout en éprouvant de profondes secousses , elle ne

peut plus rien saisir : la communication spirituelle a été rompue; elle n'a plus qu'un vague souvenir, une terreur secrète. Llle est toujours semblable à un spectre qui sort

d'un tombeau Bien que celle expérience n'eût duré que

quelques minutes, les suites s'en firent sentir plus de quatre heures. Un tremblement convulsif, une voix mal assurée, une faiblesse extrême, qu'il me fut impossible de détruire , nous laissèrent à tous un souvenir ineffable de cette épreuve. »

§ XI

tJN ENFANT MAGNÉTISÉ DÉCLARE QUE c'eST LE MAUVAIS ESPRIT QUI LE FAIT PARLER.

« L'enfant dormait; je demandai au père la permission de l'interroger : il y consentit. Alors, plein du désir de connaîlre et faire connaître la vérité, je fis un signe de croix sur la tôle de l'enfant, et je lui dis : « Au nom de Jésus-Christ, réponds-moi. Est-ce le bon ou le mauvais esprit qui te fait parler? — Le mauvais espint, répond l'enfant. — Quel est son but? repris-je. Ne serait-ce pas, en opérant des choses merveilleuses, de tâcher d'infirmer les miracles de Jésus-Christ? — Oui, me dit-il '. »

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