‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 69 sur 115 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine des faits observés de nos jours. — Les Esprits frappeurs. — Les tables parlantes. — Exposé des faits. — Preuves de la réalité des phénomènes.

SECTION PREMIÈRE

Les Esprits frappeurs. — Les tables parlantes. — Origine des faits observés de nos jours.

La forme actuelle du spiritisme, car le spiritisme date de loin, on peut le reconnaître d'après ce qui précède, sa forme actuelle, disons-nous, est de provenance américaine. En 4846, les esprits frappeurs se firent entendre aux demoiselles Fox, qui habitaient Hydesville, dans l'État de New- York (États-Unis). Ils annonçaient leur présence par de petits coups frappés sur les murs, hwckmgSy par des grattements eflectués sur les meubles, rappings. Les demoiselles Fox convinrent avec leurs invisibles visiteurs d'un langage conventionnel pour pouvoir converser, et la conversation s'établit entre eux. Bientôt aux phénomènes des coups et des grattements se joignit celui du déplacement des meubles sans moteur apparent, et celui de l'exécution de morceaux de musique sur un piano sans le secours d'aucun artiste palpable.

De quelle manière passa-t-on de ces premiers prodiges à la rotation et à l'interrogation des tables? on l'ignore; mais peu importe. Ce qu'il y a de certain, c'est que les faveurs dont jouissaient les demoiselles Fox auprès des habitants du monde occulte excitèrent l'ambition de leurs concitoyens; chacun prétendit aux mêmes avantages, si bien que, dès 1853, cinq cent mille sectateurs, suivant leur exemple, eurent eux aussi, dit-on, le privilège d'être en rapport avec les Esprits. Des clubs spirites s'organisèrent, et chaque jour accrut le nombre des adhérents.

Cette épidémie ne borna pas ses ravages à l'Amérique. Elle passa en Europe vers la fin de 1852, et de l'Ecosse, où elle se manifesta d'abord, elle gagna Londres. Puis, en juin 1853, le navire de INew-York le Washington l'importa à Brème, d'où elle se répandit avec la rapidité de l'éclair en Allemagne et en France. Partout les tables, les guéridons, les corbeilles, les chapeaux, les assiettes furent mis en réquisition pour servir d'instruments, c'est-à-dire de conducteurs de l'interrogateur visible à l'habitant occulte de la table, et vice versa. Dans le principe, voici comment l'expérience se pratiquait: plusieurs personnes, réunies autour d'une table, posaient leurs mains sur le bord en faisant toucher l'une à l'autre l'extrémité de leurs petits doigts de manière à former Une chaîne, et au bout d'un certain temps, la table tournait, se soulevait, marchait au gré des assistants. Le succès ne couronnait pas toujours les désirs des expérimentateurs, car l'inconstance, répétons-le sans cesse , est un caractère distinclif de tous les faits qui nous occupent. Quoi qu'il en soit, la curiosité piquée au jeu, sans être satisfaite, conduisit à l'interrogation des tables. On convint généralement que tel nombre

de coups répondrait à telle lettre de l'alphabet, au moyen de quoi l'on put dialoguer, et les tables parlèrent. Mais on remarqua bientôt que la chaîne était inutile : il suffisait qu'un individu, devenu médium, posât, par exemple, la main sur la table pour que celle-ci manifestât ses qualités intellectuelles; plus tard même, le simple frôlement de la robe d'une femme médium, ayant mis une table en mouvement, on comj)rit que toute la mise en scène primitive était inutile.

C'était d'ailleurs un mode de communication trop lent. h' écriture et la parole permettaient seules la transmission plus complète de la pensée des Esprits et la précision des répofises ' . Elles furent adoptées. On attacha d'abord à la corbeille, à la planchette, à la table interrogée, un crayon, et le crayon traça les réponses des Esprits; mais plus tard le médium humain prit lui-même le crayon dans ses doigts, et il écrivit sous l'impulsion des Esprits. Toutefois, ces derniers ne se bornent pas à correspondre par intermédiaire, ils transmettent aussi leurs communications directement : « Les caractères, dans ce cas, dit la Bévue spirite ^^ sont tracés spontanément par une puissance extra-humaine, visible ou invisible. » Ce phénomène de l'écriture directe était déjà en usage en Amérique " lorsque M. le baron de Guldenstubbe le lit connaître à Paris dans ces dernières années. Enfin, un autre mode de communication entre les Esprits et les hommes a lieu au moyen de la parole. « Certaines personnes subissent dans les organes de la voix l'influence de la puissance occulte qui se fait sentir dans la main de celles qui écrivent. Elles trans-

1 Revue spirite, première année, p. 40.

'^ Id., ibid., p:9 et 10.

3 Id., deuxième année, p. 205, 207 et 208.

mettent par la parole tout ce que d'autres transmettent par l'écriture ^ »

Ces trois moyens de communication, dont l'emploi a été successif, sont comme trois degrés qui indiquent les développements du spiritisme. D'abord de simples coups, de légers grattements, annoncent la présence d'un être occulte, et l'amusement se borne à demander que les coups constatent cette présence; puis, la curiosité aidant, on s'essaye à faire connaissance avec ce visiteur, et un langage conventionnel., en quelque sorte rudimentaire, est d'abord usité; enBn, lorsque cette connaissance, ces relations ont captivé les âmes, le langage rudimentaire devient insuffisant, le besoin de correspondre d'intelligence à intelligence exige un moyen de communication prompt et complet, et l'écriture ou la parole sont définitivement adoptées.

Le spiritisme n'a pas été un objet de mode ou de caprice. Au début, la curiosité a bien pu entrer pour beaucoup dans la fièvre qui portait à s'en occuper; mais depuis il a jeté de profondes racines; le nombre de ses adeptes a augmenté, et, bien que plusieurs parmi eux, effrayés ou surpris des résultats auxquels ils étaient arrivés, l'aient abandonné, le spiritisme, disons-nous, paraît être en voie de progrès. Le doute n'est guère permis sur ce point en présence de la vivacité de la polémique engagée par ses partisans avec les défenseurs de la doctrine catholique : car la lutte est circonscrite entre eux seulement, phénomène d'antagonisme qui n'a pas lieu de surprendre, puisqu'il se reproduit chaque fois que surgissent des épidémies d'une nature analogue à celle du spiritisme. Depuis plusieurs années les publications se succèdent et se multiplient

1 iîeuue spirite, première année, p. 9 et 10.

de part et d'autre. Tout le monde a lu les ouvrages de M. de Mirville et de M. desMousseaux, qu'ont suivis dans l'arène nombre d'écrivains. Dans le camp opposé l'ardeur* de la propagande est extrême. Un des plus fervents apôtres du spiritisme en est en môme temps le principal publiciste, sous le pseudonyme d'Allan-Kardec, et deux Revues ont été fondées pour servir d'organe et de lien entre les nouveaux croyants. Tous ces faits, malgré le dédain avec lequel le monde savant officiel a traité le spiritisme à l'origine, n'attestent pas, tant s'en faut, qu'il soit en décadence. Nul n'ignore d'ailleurs qu'au moment où nous écrivons le spiritisme s'adresse avec persistance aux différentes classes de la société pour les enrôler sous sa bannière. L'armée elle-même lui payerait aujourd'hui un large tribut si l'on en croit la Revue spirite '. Il n'est donc pas indifférent de l'étudier avec soin et d'examiner ce que valent les prétendues explications scientifiques qu'on en a données.

1 On lit dans le numéro de juin 1864, p. 194 : « Le spiritisme compte de nombreux représentants dans l'armée, parmi les officiers de. tous grades, qui en constatent la bienfaisante influence sur euxmêmes et sur leurs inférieurs. Dans quelques régiments, cependant, il trouve parmi les chefs supérieurs, non des négateurs, mais des adversaires déclarés qui interdisent formellement à leurs subordonnés de s'en occuper. Nous connaissons un officier qui a été rayé du tableau des proposés pour la Légion d'honneur, et d'autres qui ont été mis aux arrêts forcés pour cause de spiritisme. «

SECTION DEUXIÈME

Exposé des faits observés dans le spiritisme. § !"•

PÉTITION DE QUINZE MILLE CITOYENS DES ÉTATS-UNIS AU CONGRÈS SUR LES MANIFESTATIONS SPIRITUELLES. — SOULÈVEMENT DE COUPS PESANTS. — ÉCLAIRS. — LUEURS. — BRUITS. — MUSIQUE. — SUSPENSION DES FONCTIONS VITALES. — GUÉRISON.

Le spiritisme a eu les honneurs de la séance du 17 avril 1854 dans le sénat de Washington. M. Shieles fut le rapporteur de la pétition suivante que nous reproduisons ' : « Les soussignés, citoyens des États-Unis d'Amérique, exposent respectueusement à votre honorahle corps que certains phénomènes physiques et intellectuels, d'origine douteuse et de tendance mystérieuse, se sont manifestés depuis peu en ce pays et dans presque toutes les parties de l'Europe. Ces phénomènes sont devenus si multipliés dans le nord, le centre et l'ouest des États-Unis qu'ils préoccupent vivement l'attention pubhque. La nature particulière du sujet peut être appréciée par une analyse rapide des différents ordres de manifestations, et nous en donnons ci-dessous un résumé imparfait :

)) 1° Une force occulte, s'appliquant à remuer^ soulever ou retenir un grand nombre de corps pesants; le tout en contradiction directe avec les lois reconnues de la nature, et dépassant totalement les pouvoirs de compréhension de l'entendement humain ;

)) 2° Des éclairs ou lueurs de formes et de couleurs variées apparaissant dans des salles obscures, où il n'existe ni substance capable de développer une action chimique 1 La Table parlante , p. 212.

OU illumination phosphorescente, ni appareil ou instrument susceptible d'engendrer l'électricité ou de produire la combustion ;

» 3° Des bruits extrêmement fréquents dans leurs répétitions, étrangement variés dans leur caractère et plus ou moins significatifs dans leur importance. Ce sont tantôt des coups mystérieux [rappinys) qui paraissent indiquer la présence d'une intelligence invisible; tantôt des sons analogues à ceux qui retentissent dans les ateliers de différentes professions mécaniques, ou aux voix stridentes des vents et des vagues, et aux craquements de la mâture et de la coque d'un vaisseau luttant contre une violente tempête ; parfois d'éclatantes détonations semblables aux grondements du tonnerre ou à des décharges d'artillerie, et accompagnées d'un mouvement oscillatoire dans les objets environnants, ou d'une forte vibration dans la maison où se passent les phénomènes.

» Dans d'autres circonstances, des sons harmonieux viennent charmer l'oreille, comme des voix humaines, et plus souvent, comme les accords de plusieurs instruments de musique, tels que le fifre, le tambour, la trompette, la guitare, la harpe et le piano. Tous ces sons ont été mystérieusement produits, soit ensemble, soit séparément, tantôt sans aucune intervention ou présence d'instruments, tantôt par des instruments qui vibrai^t ou retentissaient d'eux-mêmes, et, dans tous les cas, sans aucune apparence de concours humain ou autre agent visible; mais, pour ce qui a rapport à leur émission, suivant les procédés et les principes reconnus de l'acoustique : il y a évidemment des mouvements ondulatoires dans l'air qui viennent frapper les nerfs auditifs et le siège de la sensation

de l'ouïe, quoique l'origine de ces ondulations almosphé-

Page 1