CHAPITRE DEUXIÈME
Examen de la théorie émise peur expliquer les faits merveilleux observés à Morzine.
On a vu ce que l'explication des convulsions des sectateurs du diacre Paris a provoqué de naïvetés de la part des savants qui ont tenté de les interpréter. Dans notre ouvrage sur V Inspiration des Camisards^ ^ nous avons constaté aussi, au sujet des trembleurs des Cévennes, que la médecine, malgré les prétentions des médecins, reste muette devant des phénomènes où l'on ne peut voir nulle relation de cause à effet. Faudra-t-il s'arrêter, en ce qui touche les phénomènes de Morzine, à discuter longuement l'opinion de M. le docteur Constans, lorsqu'il dit que « tout ce qui s'est vu à Morzine est
très-certainement le signe de cette maladie complexe qui a reçu le nom d'hystéro-démonomanie^ »? Nous connaissons la valeur de cette thèse. Mais M. Constans est -il "bien assuré de son mérite, lorsqu'il se demande : « Quand bien même quelques faits seraient réels de tout point et échapperaient à toute interprétation, serait-ce un motif suffisant pour chercher une explication au delà des lois naturelles'? » Vraiment! expliquer, par exemple, le don des langues par les lois de laphysiuloyk ! Nous nous trom-
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pons fort, ou M. Conslans serait un peu embarrassé si on le priait de pousser jusqu'au bout sa démonstration. Est-il mieux fondé, en se retranchant derrière l'opinion de M. Calmeil, à considérer les malades de Morzine comme des aliénés ' ? Nous savons que penser de cette théorie ^, dans laquelle M. Constans renferme son moded'explication^. Nous parlions du don des langues : M. Constans ne voit aucune difficulté à donner sa raison d'ôtre. « Il suffisait tout simplement, dit-il ", que les malades eussent entendu les mots allemands ou latins pour se les rappeler pendant un accès, » et pouvoir répondre aux questions qui leur étaient adressées en langue allemande ou en langue latine. Quelle mémoire ! Mais est-ce bien de la pari des filles de Morzine ne faire acte que de mémoire qu'employer ces mots allemands ou latins à répondre exaclemcnl aux questions de leurs interrogateurs? Si M. Constans ne voit pas ici la preuve d'une intelligence qui réfléchit, où la trouvera-t-il ? Elle est péremptoire, et néanmoins M. Constans n'y a pas pris garde, puisqu'il donne comme pendant du don des langues à Morzine l'exemple de « la servante d'un ministre anglican qui, devenue hystérique, répéta, dans un accès, des sentences grecques, qu'elle avait une fois entendues lire par son maître ^ ». Y a-t-il, en efï'et,
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2 Voir ci-dessus page 1 49 et suivantes. Voir aussi de V Inspiration des Camisards, p. 131 et suivantes.
^ « MM. Esquirol et Calmeil, dit-il (Relation, etc., p. 88), dans les descriptions qu'ils ont faites des épidémies de môme nature, observées dans les siècles passés, n'ont point hésité à considérer les malades de ce temps-là comme des aliénés. Les malades de Morzine peuvent-elles être autrement classées? Je ne le pense pas, puisque chez elles on retrouve tous les caractères principaux de la maladie décrite par les hommes éminents que je viens de nommer. »
'* Relation, etc., page 79.
ô Id., ibid.
l'ombre de la plus mince analogie entre celte servante, qui répète des sentences grecques sans les comprendre, et les filles de Morzine, qui, répondant avec précision à des questions ', témoignent qu'elles entendent la langue dans laquelle on les interroge? Aucune similitude n'existe entre ces deux exemples.
Concluons que M. Constans n'est pas plus heureux pouf expliquer scientifiquement les faits de Morzine que ses confrères ne l'ont été pour expliquer les autres épidémies, et que, malgré son travail, l'explication scientifique est encore à trouver.
* Voir ci-dessus, page 290, le § 6 du rapport de M. Arthaud.