partie. L'un des pieds de ce guéridon avait été revêtu d'un
morceau de papier blanc. Deux personnes ayant appuyé
les mains sur le guéridon en se touchant, il se leva comme
pour dire qu'il était aux ordres de l'assemblée. Une pièce
d'argent fut placée à une extrémité de la chambre, et
aussitôt, sur l'ordre qui lui en fut donné, le guéridon se
dirigea vers cette pièce en mettant un pied devant l'autre
comme le compas de l'arpenteur, et la couvrit de celui
qui avait été marqué de blanc. Cette opération fut répétée
et réussit parfaitement après qu'on eut bandé les yeux aux
deux expérimentateurs. On fit même plus : les flambeaux
furent emportés, une pièce de billon remplaça la pièce
d'argent. Toujours la table docile et intelligente alla
trouver et frapper du pied la pièce cachée. Un jour on
l'avait placée sur une sorte de petite marche en brique
qui était sous la cheminée, afin d'exhausser le foyer.
La pièce se trouvait ainsi isolée. La table sembla un
instant déconcertée. Elle se dressa tantôt sur un pied
tantôt sur l*autre et se mit à faire le tour de la chambre,
allant de droite à gauche , de gauche à droite ; après
1 La Table tournante, page 36. — M. Benezet était rédacteur en chef de la Gazette du Languedoc»
ces évolutions, elle s'arrêta comme pour réfléchir, puis partant avec une certaine vitesse , elle marcha droit devant elle, leva son pied blanc, de manière à se pencher considérablement et demeura ainsi appliquée sur la pièce, au grand étonnement des expérimentateurs, qui, ayant les yeux bandés, ne comprenaient pas pourquoi elle demeurait ainsi penchée. »
(M. Benezet cite ici une expérience où l'on interroge la table sur ce qu'elle était, esprit, ange ou démon, etc.)
« Deux personnes à qui je suis uni par le lien du sang, les époux L,.., faisaient chez eux des expériences semblables et nous avaient dépassés dans les résultats. C'était tantôt un de leurs parents éloignés qui était mort depuis peu, tantôt leur fille qui n'avait vécu que deux jours, qui répondaient; le premier déclarait être en purgatoire pour expier un péché mortel et demandait instamment des prières^ La seconde n'avait besoin de rien; elle était heureuse au ciel et ne venait que pour voir ses parents, qu'elle aimait beaucoup. Ce n'étaient donc encore que des morts qui s'entretenaient avec nous; mais un jour un de mes enfants, interrogeant l'esprit, ne put obtenir de réponse à une question qu'il lui faisait sur les choses de l'autre monde. Il lui demanda poifrqooi il ne lui répondait pas. — Parce que le diable m'en empêche. — Où est-il? — Ici. — I! nous entend? — Oui. — Et si je lui parle, répondra-t-il? — Oui. — Satan, es-tu ici? — Oui. — Veux-tu répondre? — Oui. — Pourquoi empêches-lu l'esprit de Benezet de me dire ce que je demande ? — Je ne veux pas le dire. — Si je te jette de l'eau bénite, partiras'tu? — Non. — Si je fais exorciser la table? — Non. — Si je te l'ordonne? — Oui. — Eh bien ! va-t'en en enfer, je ne veux pas de toi... »
(Au lieu de guéridons, dont il s'était servi jusqu'alors, M. Benezet continua ensuite ses expériences avec une grande table à quatre pieds et à dessus mobile.)
« Nous étions douze, dit-il, autour de cette table, et les époux L... étaient avec nous. Quelqu'un eut l'idée, au milieu du repas, de former la chaîne magnétique" pour la mettre en mouvement. Klle nous obéit bientôt, et se dressant sur deux pieds, elle frappa comme le guéridon pour répondre aux questions adressées. Un autre jour, sur l'ordre qui lui en était donné, elle s'agita convulsivement à plusieurs reprises et aurait renversé les bouteilles et les plats, si nous ne l'avions pas retenue^ Nous nous aperçûmes cependant que notre influence sur la table diminuait d'une manière sensible, tandis que celle de M. L... et de sa femme augmentait dans une proportion analogue. Bientôt elle cessa complètement de nous obéir; mais alors il suffisait aux époux L... d'y déposer chacun une main pour qu'elle opérât des prodiges.
» Un jour, elle se pressa contre moi et semblait vouloir me pousser contre le mur. J'essayai de lutter en l'écartant de mes mains et de mes genoux, que j'appuyais contre un de ses pieds; il me fut impossible de la faire reculer d'une ligne, et sur l'ordre qu'on lui en donna, elle reprit seule sa première place.
)) Le moment vint où il suffisait du contact de la robe de madame L... pour la faire mouvoir, et si quelqu'un se mettait à chanter, elle battait la mesure d'une manière très-bruyante en secouant les verres et les plats. L'esprit avait choisi ses médiums, comme on dit en Amérique.
» Quelque étonnants et décidés que fussent ces mouvements de la grande table , le petit guéridon était beaucoup plus leste, beaucoup plus animé... J'ai vu ce guéridon
s'élever sous la pression des mains et ne plus toucher le sol! Dans les premiers jours de ce phénomène nouveau, il avait besoin, pour perdre terre, de s'appuyer contre le mur ou contre quelqu'un de nous. Je l'ai vu plusieurs fois grimper par petites secousses le long de ma poitrine et s'y arrêter quelques instants pour retomber avec fracas ; plus tard, il bondissait en quelque sorte sous nos doigts, cherchant à atteindre les objets que nous lui présentions à une certaine hauteur. Un soir, les croisée? étant ouvertes h cause de la chaleur, un papillon de nuit entra dans le salon pendant que nous faisions la conversation avec l'esprit. — Attrape ce papillon, lui dit quelqu'un. Le guéridon se mit aussitôt à gambader à droite, à gauche, suivant exactement tous les mouvements du papillon et sautant parfois pour l'atteindre ; quand nous voulûmes faire cesser ce jeu pour continuer les expériences , il fallut chasser le papillon. 11 en vint au point de se soutenir deux ou trois minutes en l'air, se détachant de la main et s'y rattachant, donnant de petits coups sur nos doigts comme ponr nous caresser...
» Pendant que le guéridon était en train de courir et de sauter, une des personnes présentes alla chercher de l'eau bénite et en versa sur lui. Il entra aussitôt dans de terribles convulsions, frappant avec colère et se secouant vivement. Il finit par se renverser, et, dans cette situation, il donnait de la tête contre le parquet comme pour faire tomber l'eau bénite. Il se releva enfin, et la porte du balcon se trouvant ouverte, il s'y précipita et sembla vouloir sauter par-dessus la rampe. ..
» L'épithète de bêle se trouvait souvent, je ne puis pas dire sur sa langue, mais sous son pied, puisqu'il ne parlait qu'en frappant. Ce n'était pas la seule, et il nous a
dit parfois certains mois que la politesse et la pudeur nous défendent de répéter. »
(Ici M. Benezet raconte que la table avait dit un jour qu'elle était Astarolh en personne; il résolut de cesser tout commerce avec la table.)
« Je décidai donc, continue-t-il, que ni moi ni les miens ne prendrions désormais aucune part à de telles expériences, et que je ne permettrais plus qu'elles eussent lieu chez moi , sous quelque prétexte que ce fût. Les époux L..., à qui je fis part de mes impressions, prirent une résolution semblable... Trois jours se passèrent ainsi. Lorsque les époux L... s'asseyaient pour dîner, la table s'agitait et frappait légèrement pour les provoquer ; mais ils persistèrent dans leur bonne résolution et ne l'interrogèrent pas. (Cependant les premiers coups avaient eu lieu à la demande de M. L...)
» Le troisième jour, pendant qu'ils dînaient, ils entendirent un coup sec frappé sur la table, sans que celle-ci fît aucun mouvement. Us se regardèrent avec une sorte de stupeur et se demandèrent s'ils n'avaient pas frappé avec le pied ni la main. Bientôt les coups furent répétés et ne laissèrent aucun doute sur leur origine mystérieuse. La table ayant été promptement enlevée, les époux L... se croyaient délivrés de ce bruit importun, lorsqu'ils l'entendirent sur le parquet, sur les portes, sur les meubles. Us quittèrent cette pièce pour aller dans leur chambre; mais ce bruit les suivit partout. Saisis de frayeur, ils sortirent précipitamment et vinrent me raconter ce qui leur était arrivé. Je les écoutais avec un sourire où se peignait l'incrédulité que j'avais de la peine àdissimuler, quand j'entendis deux coups bien distincts sous le fauteuil sur lequel j'étais assis. J'éprouvai , je dois l'avouer, une sorte de frisson ; car ces coups
étaient d' une nature par iibidièrcy et je sentais qu'un agent physique n'aurait pu produire cet efiet. Deux autres coups moins décidés se firent encore entendre dans la cloison. Je me donnai du courage, et, quand les époux L... voulurent rentrer, je les accompagnai dans leur appartement. J'y restai un quart d'heure, et, rien ne s'étant passé, je me retirai, bien persuadé que la nuit serait paisible pour eux. 11 n'en fut pas ainsi. Ils étaient assis vers onze heures auprès de leur petit guéridon et lisaient. Madame L... avaft mis de l'eau bénite à sa portée, espérant se préserver ainsi de toute frayeur nocturne. Ils étaient là depuis une demi heure, lorsque les mômes coups se firent entendre de nouveau, et, comme ils avaient lieu surtout sous la chaise où était assise madame L..., celle-ci trempa ses doigts dans l'eau bénite et les secoua sous la chaise. Sa main fut aussitôt saisie et mordue au-dessous de la deuxième phalange dupoune, et elle eut de la peine à la retirer. Son mari ne comprenait pas d'abord la cause des cris qu'elle poussait; mais il fut bien plus surpris en voyant sur la chair rouge et enflée V empreinte d^une double rangée de dents. Madame L... n'était pas encore remise de l'émotion causée par cette attaque inattendue, qu'elle poussa de nouveaux cris en portant la main à l'épaule et tomba en syncope. Son mari avait beau regarder, il ne voyait rien ; la robe même n'éprouvait aucun froissement. Il découvrit l'épaule et y trouva comme une sorte de contusion de la grandeur d'une pièce de cinq francs; il vit même quelques gouttes de sang couler. Quand elle eut recouvré ses sens, madame L. . . se sentit mordre encore à l'avant-bras et ensuite aux reins, quoique d'une façon moins sensible. Le reste de la nuit se passa sans noiivel incident, mais dans une insomnie complète, comme on peut le présumer. J'ai vu le
lendemain, seize heures après révénement, les traces des morsures. L'avant-bras présentait comme l'empreinte de deux dents canines. Les époux L... acceptèrent le soir même une chambre chez moi et dormirent tranquillement. Seulement, le matin, ils entendirent au plafond, puis en descendant sur la cloison, et enfin dans le matelas, de petits coups semblables à ceux del'avant-veille. Le bruit qui se faisait-dans le matelas, et que j'ai pu constater moi-même plus d'une fois, était semblable à celui de deux noisettes qui sont brisées l'une contre l'autre. Quelques instants auparavant, deux de mes enfants, âgés l'un de seize et l'autre de quatorze ans, et qui se rendaient au petit séminaire à cinq heures, virent une vieille femme accoudée à la croisée de l'appartement abandonné. Celte apparition se montra
encore une seconde fois. Le troisième jour, elle cessa
La semaine se passa sans événements nouveaux ; seulement les coups que les époux L... avaient entendus le premier jour continuèrent toute la semaine partout où ils se transportèrent, et mes deux fils, qui leur avaient cédé leur chambre, et qui couchaient dans une autre pièce, furent tellement tourmentés, qu'il fallut se décider à leur dresser un lit dans ma chambre. Le dimanche suivant fut signalé par une manifestation d'une autre espèce. Les époux L... étaient assis dans leur chambre à une heure de l'aprèsmidi, et comme la chaleur était grande, ils s'assoupirent pendant quelques minutes. A son réveil, madame L... ne retrouva plus le peigne qui relevait ses cheveux. On le chercha vainement dans tous les coins de la chambre, dans tous les tiroirs. . . Mais après avoir renoncé à toute recherche, ils le virent sur le fauteuil qu'ils avaient inutilement retourné en tout sens. Le lendemairf, lundi, fut signalé par des accidents nombreux et variés... M. L... avait, selon sa
coutume, placé sa montre sur une table de nuit à côté de son lit. Il la regarda le matin pour voir l'heure et s'habilla; mais quana il voulut la prendre pour sortir, il ne la trouva plils... Après de minutieuses recherches, la montre fut retrouvée au fond du lit sous le matelas... En rentrant chez lu.i, M. L... la posa sur une table devant laquelle il s'assit pour travailler; h huit heures, il se disposait à partir, mais... la montre où il venait de voir l'heiire n'y était plus. Il appela sa femme pour lui faire part de ce nouvel incident. Tout à coup celle-ci pousse un cri ; elle sentait quelque chose de froid passer sous sa robe; c'était la montre qui avait glissé sur le dos, s'était arrêtée à la ceinture..., d'où elle remonta sous l'aisselle... Après l'avoir bien consolidée dans son gousset, M. L... alla prendre deux livres qu'il avait laissés sur cette môme table. Hélas! ils s'étaient enfuis à leur tour. 11 fit tomber l'un de ces livres d'une robe qu'il froissa en passant; l'autre ne fut retrouvé que le soir dans les rayons de la bibliothèque. Il partit enfin, et sa femme quitta l'appartement en môme temps que lui. Ils y rentrèrent ensemble vers dix heures; la première chose qui frappa leurs regards fut une tasse à café qui n'était plus sur le plateau avec les autres et qui avait été portée sur un meuble de la chambre et recouverte de sa soucoupe. Us la découvrirent et n'eurent pas besoin d'un examen attentif pour savoir de quoi elle était remplie; l'odeur qui s'en répandait leur disait assez le contenu. Ils remirent promptement la soucoupe sur la lasse; mais tout à coup ils la virent se soulever, et, comme elle était près de tomber, ils l'enlevèrent de nouveau. Une petite carotte blanche et bien propre était plantée au milieu de. . . la tasse. Après cette sale espièglerie, l'Esprit leur devait une compensation : elle ne manqua pas. Au bout de quelques heures,
il^ trouvèrent à la même place un grand cornet de dragées, qu'ils vinrent me montrer immédiatement. H y en avait de toutes les formes et de toutes les couleurs. ^'y remarquai des fèves, des pois, des haricots, des glands, des noisettes, etc., le tout parfaitement imité, d'un coloris et d'une fraîcheur charmants. Celles que nous écrasâmes contenaient de la liqueur. Ce qui s'était passé par rapport à la tasse avait fait craindre d'autres mauvaises plaisanteries de la part de l'esprit, et les époux L... avaient accepté avec empressement une place à ma table, jusqu'à ce que ces manifestations eussent cessé. Pendant le dîner, on parla naturellement du paquet de dragées qui était devant nous, mais auquel personne n'osait toucher. On se demanda si c'était bien l'esprit qui les avait apportées. La table se dressa aussitôt sur deux pieds et se mit à frapper à plusieurs reprises, comme elle avait coutume de le faire quand elle répondait affirmativement à nos questions. Plusieurs personnes, et notamment deux ecclésiastiques qui vinrent voir les dragées, pendant que nous étions encore à dîner, conseillèrent à madame L... de visiter les confiseurs et marchands de dragées de la ville pour voir s'ils en avaient de pareilles. La proposition fut acceptée. Elle mit donc le cornet dans sa poche et sortit avec ma femme pour procéder à cette enquête d'un nouveau genre. 11 s'agissait de surprendre le diable en flagrant délit de vol; mais le diable était trop fin pour se kiisser prendre. — Oh ! que ces dragées me pèsent, dit madame L... après avoir fait quelques pas. — Tu plaisantes sans doute : il y en a au plus un demi-kilogramme.... En arrivant chez le confiseur, la
poche était vide, les dragées s'étaient envolées......
» Dans la môme soirée, les époux L..., rentrant dans leur appartement, virent quelques dragées sur une table,
puis sur les chaises, sur le lit, par terre, et, à mesure qu'ils les ramassaient, ils en trouvaient d'autres à l'endroit même où ils venaient de les prendre. Ce n'est pas tout : l'un d'eux fit remarquer qu'il n'y avait pas de fèves comme dans le cornet du matin, et aussitôt ils virent une poignée de fèves sur la table. 11 n'y a pas de haricots, dit l'autre: des haricots parurent sur le lit... Quand ils descendirent, ils rencontrèrent des dragées sur tous les degrés' de l'escalier, et il en tomba quelques-unes sur la terre. J'ai dit que nous n'avions pas osé toucher à ces bonbons, mais quelques personnes à qui nous en avons donné se sont m-ontrées ftioins craintives et les ont trouvés délicieux. J'ai su depuis qu'on' en fabrique d'absolument semblables dans notre ville. Ils avaient été probablement volés dans quelque magasin. Le jeu des dragées continua encore plusieurs jours, mais à d'assez longs intervalles et à petites quantités. Il en tomba môme dans ma maison, sur la tète de ma mère et sur celle de ma femme. Un jour que les époux L... étaient avec ma mère, ma femme et plusieurs de mes enfants, dans la chambre que je leur avais cédée, un bonbon parut tout à coup sur la table; il avait la forme d'une fève. 11 fut convenu qu'on n'y toucherait pas, car on était las des prévenances de l'esprit et l'on voulait essayer de les faire cesser en les méprisant. Après quelques minutes, la fève s'envola, à la grande satisfaction de tous. Ils n'y pensaient déjà plus, lorsqu'ils la virent, non pas tomber, mais descendre assez lentement du plafond. Une jeune enfant qui était là courut la ramasser et la rejeta aussitôt en s'écriant : Oh! le sale! On l'examina; elle était gluante comme si elle venait d'être sucée.
)) Cependant l'esprit continuait à frapper, soit pour répondre à M. L..., quand il parlait, soit pour compter
les heures quand l'horloge les sonnait, soit pour marquer la mesure, le soir, quand on battait la retraite. 11 faisait aussi des espiègleries d'une autre espèce : il imitait le chien qui trotte dans un appartement ou bien encore un porc qui grogne. Il leur faisait aussi de petits cadeaux. Il prit une fois mon canif et le porta sur la table de M. L... pendant qu'il travaillait. La continuité de ces manifestations commençait à nous inquiéter, et je m'aperçus que les époux L... en étaient assez vivement frappés. Ce fut ati point que j'en conçus des alarmes pour leur santé. Une dame pieuse, à qui je fis part de la peine que j'en ressentais, me donna quatre médailles de saint Benoît, employées, me dit-elle , avec succès contre toute espèce de maléfices. J'en donnai deux à ceux de mes enfants qui avaient été tourmentés la nuit; mais je n'étais pas sûr que M. L... acceptât celle qui lui était destinée. Les faits multipliés dont il avait été, on peut le dire, la victime, avaient modifié ses idées. 11 prit la médaille, ainsi que sa femme, et ils la gardèrent précieusement. 'Dès le lendemain, toutes les manifestations cessèrent... Huit jours s'étaient à peine écoulés qu'elles recommencèrent avec un caractère plus prononcé encore qu'auparavant. Je dois ajouter cependant que mes enfants n'ont plus été tourmentés depuis, et que l'esprit frappeur les a laissés dormir tranquilles. Les plaisanteries de l'esprit malin ayant cessé, comme je viens de le dire, les époux L... voulurent rentrer dans leur appartement. Ce fut peut-être une imprudence : car, bien que l'esprit les eût suivis chez moi, les manifestations y furent toujours plus rares et, si je puis m'exprimer ainsi, plus timides que chez eux.
C'est désormais dans leur appartement que se passent toutes les scènes. M. L... se disposait à sortir. 11 quitte
ses pantoufles et s'assied pour mettre ses souliers. Un cri de sa femme éveille son attention; il lève la lôte et voit son chapeau passer assez lentement dans la chambre voisine et de là dans la garde-robe, porté sur l'aile des zéphirs, comme les dieux d'Homère... Après beaucoup de recherches, on le trouve sur une armoire, entouré d'un ruban bien attaché qui retenait plusieurs plumes d'oie. Tout n'était pas fini. II a le chapeau, c'est vrai; mais les souliers n'y sont plus. On les cherche dans la chambre, dans la cuisine, dans la garde-robe; il restait à visiter un réduit obscur. Madame L... allume une bougie et s'y dirige avec son mari; mais celle bougie est arrachée du chandelier et enlevée... Elle ne leur fut rendue que le soir à l'entrée de la nuit. — 11 devrait bien nous rendre la bougie, dit l'un des époux. Presque aussitôt la bougie tomba à leurs pieds, mais il en manquait plus delà moitié. M. L... prit une autre paire de souliers et il se mettait en devoir de les chausser... lorsque ceux qu'il avait inutilement cherchés tombèrent devant lui... Toutes les scènes n'étaient pas aussi gaies : l'esprit jetait assez souvent aux époux L..., au moment où ils se tournaient, les objets qu'il trouvait dans la cuisine, des pommes de terre, des oignons, des fruits, etc. Je vis un jour tomber, à quelque distance delà place où nous étions, une gousse d'ail qui était venue du plafond et dont tous les grains, sans exception, s'éparpillèrent sur le parquet. Or, je certifie que rien ne pouvait expliquer naturellement ce fait. La gousse d'ail avait été prise dans la cuisine pour être jetée dans la . chambre où nous étions , et aucun de ceux qui étaient présents n'avait pu la lancer, j'en suis sûr. Une autre fois, • un couteau de cuisine passa entre ma femme et les époux L..., qui causaient debout, et s'implanta dans le parquet.
li est arrivé plusieurs fois à l'esprit de leur jeter de gros sous rouilles et couverts de terre , et à trois ou quatre reprises, des pièces d'argent d'un et de deux francs. M. L..., ayant ramassé une de ces pièces, la donna à un pauvre en sortant. Quand il rentra, une pièce tomba h ses pieds; c'était la môme. Une des espiùgleries les plus bizarres fut celle-ci : M. L... s'était levé de grand matin et lisait attentivement auprès du lit oij sa femme était endormie. Quand celle-ci s'éveilla, elle se trouva cousue dans le drap du lit, et ses mains, qu'elle tenait en dormant au-dessus de sa tète, étaient attachées avec des fils de soie assez forts qui avaient été pris dans les tiroirs d'une commode. — Je ne conçois pas, lui dit le mari, que tu te laisses ainsi coudre et lier sans le sentir. Mais, comme il sortait, madame L... le rappela vivement. Un paquet de rubans de diverses couleurs avait été attaché à son paletot, et l'on eut de la peine à le délier... Ces phénomènes, après s'être ralentis insensiblement, ont cessé tout à fait au commencement du mois de septembre. »