Î6 LE MERVEILLEUX
frappeurs, nous voulûmes les voir écrire; nous nous adressâmes à une bonne femme renommée pour le pouvoir qu'elle a sur les esprits; nous lui donnâmes rendez-vous chez une modiste. C'était le soir à la lueur d'une faible bougie : une élégante corbeille noire, à laquelle un crayon rouge était attaché par une faveur cramoisie, se trouvait placée sur une feuille de papier. La sibylle, pâle, les cheveux épars, nous fascinait de son regard sombre ; l'assemblée, muette d'attention et presque de terreur, était dans l'attente. M. le curé de la ville lui demande : Oà est maintenant M. J.,.7 La corbeille, qui touchait à peine la sibylle, écrivit : Il est dans sa chemise la tête lui sort, m.... La réponse n'était pas spirituelle, cependant elle fut goûtée. Un cœur tendre lui demanda : M^ aimes-tu?
— Non, j... f. — Est-ce le diable qui écrit? —
Oui, et je ne suis pas le seul ici. 11 annonça à une personne qu'il était sûr de l'avoir un jour. La corbeille écrivait, écrivait, écrivait, et cependant notre médium, connu de la ville entière, ne sait ni lire ni écrire. Ce n'était donc pas elle qui traçait les lettres '. ))
§ VIIL
PIANO SE SOULEVANT SEUL, SE DÉPLAÇANT, FAISANT l'eFFET DE n'avOIR PLUS AUCUN POIDS, RENDANT UN BRUIT MUSICAL SANS ÊTRE JOUÉ^.
« Une semaine s'était à peine écoulée depuis la fin de ces choses (conversation avec les tables), lorsqu'un enfant de la maison , celui qui auparavant réussissait le mieux dans les expériences des tables, devint l'acteur ou l'instrument de phénomènes étranges. Cet enfant recevait une
1 La Table parlante, vol. I, p, 492,
2 Thury, p. 21 .
leçon de piano lorsqu'un bruit sourd retentit dans l'instrument qui s'ébranla et fut déplacé, tellement que l'élève et la maîtresse le fermèrent en toute hâte et quittèrent le salon. Le lendemain M. N..., prévenu de ce qui s'était passé, assiste à la leçon qui se donne à la même heure, à la tombée de la nuit. Au bout de cinq à. dix minutes , il entend, de l'intérieur du piano, sortir un bruit diflicile à définir, mais qui était bien tel que devait le produire un instrument de musique : il avait quelque chose de musical et de métallique. Bientôt après, le piano, d'un poids supérieur à, 300 kilogrammes, se soulève quelque peu de ses deux pieds antérieurs. M. N... se place à l'une des extrémités de l'instrument qu'il essaye de soulever; tantôt il avait sa pesanteur ordinaire, qui dépasse la mesure des forces de M. N..., tantôt il faisait l'effet de n'avoir plus aucun poids, et n'opposait plus la moindre résistance. Comme les bruits intérieurs devenaient de plus en plus intenses , on mit fin à cette leçon , dans la crainte que le piano ne souffrît quelque dommage. On transporta la •leçon au matin et dans un autre salon, au rez-dechaussée; les mêmes phénomènes se reproduisirent, et le piano, qui était plus léger que l'autre, se soulevait beaucoup plus haut (c'est-à-dire de quelques pouces). M. N... et un jeune homme de d9 ans essayèrent de peser ensemble de toutes leurs forces aux deux angles qui se soulevaient : ôu bien leur résistance était vaine, et l'instrument se soulevait encore, ou bien le tabouret sur lequel l'enfant était assis reculait avec une grande vitesse. Si des fail5 pareils ne s'étaient produits qu'une seule fois, on pourrait croire à quelque illusion de l'enfant ou des personnes alors présentes ; mais ils se renouvellent un grand nombre.de fois, et pendant quinze jours de suite, en
présence de témoins divers. Puis, un certain jour, une manifestation violente se produit ; dès lors , aucun fait extraordinaire n'a plus lieu dans la maison. C'est d'abord le matin et le soir que ces perturbations ont lieu ; puis à toutes les heures, et constamment, chaque fois que l'enfant se met au piano , après cinq ou dix minutes de jeu. Cela n'arrive qu'à cet enfant, bien qu'il y ait là d'autres personnes musiciennes, et cela lui arrive indifféremment aux deux pianos de la maison. Nous avons vu ces instruments : le plus petit est un piano rectangulaire horizontal. D'après nos mesures, une force d'environ 75 kilogrammes appliquée au bord de la caisse, au-dessous du clavier, est nécessaire pour opérer le soulèvement qui avait lieu. L'autre instrument est un lourd piano d'Érard, à cinq barres, pesant avec la caisse, dans laquelle il fut envoyé, 370 kilogrammes, selon la lettre de voiture que nous avons eue sous les yeux. D'après nos mesures approximatives, un effort de 499 kilogrammes 8/10 est nécessaire pour soulever ce piano dans les mômes conditions que le premier. Nous ne pensons pas que l'on soit tenté d'attribuer à l'effort musculaire direct d'un enfant de onze ans le soulèvement d'un poids de 200 kilogrammes. Une dame qui avait expliqué l'effet produit par l'action des genoux passa elle-même la main entre le bord du piano et les genoux de l'enfant, et put ainsi se convaincre que son explication n'était pas fondée ; l'enfant lui-même , se plaçant pour jouer à genoux sur le Jabouret, ne voyait point cesser les perturbations qu'il redoutait. »
TABLE QUI TROUVE DES OBJETS CACHES. — AMES DES MORTS QUI l'animent REMPLACÉES PAR LE DÉMON. — LUCIDITÉ ET MOBILITÉ > EXTRAORDINAIRE. — MÉDIUMS. ■ — TABLE QUI s'ÉLÈVE AU-DESSUS DU SOL, QUI POURSUIT UN PAPILLON, QUI s'aGITE VIOLEMMENT SOUS l'action DiC l'eau BÉNITE. — OBSESSION. — COUPS REDOUBLÉS. — DAME MORDUE ET SE DÉFENDANT AVEC DE l'eAU BÉNITE. — NOMBREUSES MÉCHANCETÉS. — ESPIÈGLERIES. — TABLE PRENANT PART A UNE CONVERSATION SANS QU'ON l'iNTERROGE.
« Un guéridon à trois pieds, dit M. Benezet', fut
apporté au milieu d'un cercle d'Incrédules dont je faisais