‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 85 sur 115 · RAPPROCHEMENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSION

2° Que ces phénomènes sont certains ; 3" Que leur identité accuse une origine commune; 4° Que la physique et la physiologie sont impuissantes à les expHquer.

A. — Épidémie de convulsions observée parmi les enfants en Hollande \

'<■ Vers l'année 1566, c'est-à-dire environ douze ans avant que la religion romaine fût bannie d'Amsterdam, quelquesuns des orphelins de cette ville, qu'on ne manqua pas de considérer comme des possédés, tombèrent dans des accidents convulslfs : ils faisaient, disent les historiens, des grimaces et des postures épouvantables; ils grimpaient comme des chats sur les murs et sur les toits; ils parlaient des langues étrangères et savaient ce qui se passait ailleurs. Comme ils mangeaient, jouaient et couchaient ensemble , il y en eut jusqu'à soixantedix qui gagnèrent le mal dont ils eurent des ressentiments toute leur vie, quoiqu'ils en eussent été guéris.

» En 1673, on vit un semblable événement parmi les orphelins de la ville de Hoorn ; plusieurs d'entre eux, tant garçons que filles, au-dessus de douze ans, furent saisis, dit François Kuiper, d'un mal fort pesant. On appela plusieurs médecins qui parurent tous au bout de leur science , ne sachant quel remède leur apporter. Ils tombaient subitement en pâmoison , et au même moment ils étaient comme hors d'euxmêmes; ils se tiraillaient et se déchiraient, frappaient • de leurs jambes, de leurs bras et de leur tète contre terre, criant, hurlant et aboyant comme des chiens. Aux uns le ventre battait si épouvantablement que l'on eût dit qu'il y avait dedans une créature vivante qui s'y remuait, en sorte qu'on était obligé quelquefois de les tenir à trois, quatre, cinq ou six personnes, et même davantage : l'un tenait la tête, deux autres les mains; un autre se mettait sur ses jambes, et

' Examen criliquty physique et théologique des convulsions, \a-h°, 1733, page ~3.

il2 APPENDICE..

quelquefois il en fallait un aussi pour s'asseoir sur le ventre, afin de le tenir en son état; et quand ils ne se remuaient plus, ils étaient aussi roides qu'une barre, tellement qu'en les prenant seulement par la tète et par les pieds , on pouvait les porter où l'on voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui durait plusieurs heures de suite. Une fille des plus âgées fut une fois dans cet état depuis le matin jusqu'à quatre heures après midi, au gré des partisans de nos convulsions... Les enfants étaient ordinairement plus tôt surpris de ce mal quand ils voyaient leurs camarades en cet état et quand ils les entendaient crier, hurler et aboyer. C'est pourquoi ils se mettaient souvent en devoir de fuir, mais inutilement, à moins qu'ils n'eussent le temps de gagner la porte de la maison pour en sortir. Tellement qu'à force d'en voir tomber et d'en entendre, il en tombait une si grande quantité qu'à peine y en avait-il assez de sains pour secourir les malades. On ne trouva pas de meilleur expédient pour remédier au mal de ces enfants que de les mettre chez les bourgeois où d'abord ils commencèrent à se mieux porter, et par ce moyen ils en furent tous quittes, les uns plus tôt, les autres plus tard, excepté deux filles qui s'en ressentaient encore quelquefois. »

B. — Rôle des enfants dans des scènes de sorcellerie.

On lit dans le feuilleton du journal V Univers du samedi 9 octobre 1858 :

« On nous écrit de Stockholm , le 27 septembre : Les journaux suédois sont en ce moment très-occupés du résultat d'une enquête officielle faite par l'autorité ecclésiastique sur diverses pratiques de sorcellerie fort en usage depuis un certain temps dans plusieurs paroisses de la Dalécarlie , surtout dans celles de Mockfjerd et de Gagnef. Le journal intitulé Fahlun donne à ce sujet des détails dont voici le résumé : A une époque (dit cette feuille) qui s'appelle avec orgueil le siècle des lumières et de la civilisation , nous voyons reparaître les pratiques de la sorcellerie, les voyages dans la vallée de Joseph [Josefsdal, l'enfer), etc. MM. les députés du consistoire de Westeras, savoir, M. Ilvasser, curé de la cathédrale, M. Baggstedt, curé cantonal, et M. le prévôt Boethius, déclarent que le pasteur Blumenberg leur parait lui-même

atteint de cette superstition. Ce pasteur, de son côté, proteste qu'il ne considère ces pratiques que comme des obsessions de Satan, qui devraient porter à un christianisme plus pur et plus parfait que celui qui existe maintenant. C'est pourquoi il impose les mains aux obsédés pour les guérir, en faisant en même temps des prières. Ces pratiques sont en honneur dans les douze hameaux dont la paroisse de Mockfjerd est composée, et des habitants de cette paroisse ainsi que de celle de Gagnef ont présenté à MM. les députés du consistoire une pétition couverte de signatures, dans laquelle ils peignent l'état moral de ces contrées comme très-affligeant et presque désespéré. L'ivrognerie et toutes les abominations de l'impudicité sont le résultat de ces superstitions. A Bjorka, huit jeunes enfants assuraient hautement et résolument que, pendant la nuit, régulièrement les mercredis, samedis et dimanches, ils faisaient un voyage à Blaukulla (montagne bleue, enfer) appelée également la vallée de Joseph, la vallée des Roses [Rosendal] ^ la vallée de Lumière [Gusandal] , et qu'ils y étaient conduits par certaines sorcières , vieilles femmes qu'ils désignent nominalement, doht quelques-unes sont de leur famille, d'autres inconnues. Ils font ce voyage, disent-ils, à cheval sur des bâtons, des balais, etc. Avant de partir, les sorcières mettaient autour de leur cou un serpent en forme d'anneau , et par ce moyen ils étaient changés en pies. Arrivés à Blaukulla, ils étaient, ajoutaient-ils, régalés de bœuf et de lard, et quelquefois aussi de serpents et de crapauds. On leur a demandé sous quelle figure ils avaient vu le diable; ils répondent qu'ils l'ont vu sous la forme d'un beau monsieur, en habit bleu, qui dansait avec eux, et qui leur recommandait pardessus toutes choses de mentir le plus possible. Les vieilles qui avaient été désignées par ces enfants comme sorcières , et surtout celles qu'ils accusaient de les avoir emmenés à Blaukulla, ont, cela va sans dire, repoussé l'accusation. Pour remédier au mal, MM. les délégués ont prêché, l'un après l'autre, sur les dangers de la superstition; mais leur éloquence n'a pas convaincu leurs auditeurs, qui, en s'éloignant, s'écriaient : « Quoi qu'on puisse dire, le pasteur Blumenberg est « le seul vrai sauveur ». D'autres ajoutaient : « Il n'y a pas grand avantage à croire en Jésus-Christ ; le pasteur Blumenberg est d'un meilleur secours!... » En somme, le clergé semble impuissant contre cette superstition. Le jour suivant

eut lieu un interrogatoire dans l'église même, et il n'y eut pas moins de quatre-vingts à qiiatre-vingt-dix personnes qui déclarèrent ouvertement avoir célébré le sabbat , avoir été à Blaukulla et avoir vu Satan et la mer de soufre. Deux sœurs, Brigitte et Anna Matsdotter, l'une âgée de 32 ans, l'autre de 26 , prétendent qu'elles font régulièrement le voyage de Blaukulla, l'ainée depuis sa première jermesse, l'autre depuis le berceau. Le trajet dure généralement, disent-elles, une demiheure. Poisr le reste, leur déposition concorde en tout avec celle des enfants dont il a été ([nestion plus haut; ce sont les mêmes détails sur les repas, les danses, etc. La cadette, qui, du reste, est percluse depuis son enfance, assure avoir été guérie par l'imposition des mains et la prière du pasteur Blumeiiberg. Tels sont en substance les faits rapportés par les journaux suédois; on voit où en est la Suède protestante en fait de religion, et notez que c'est parmi les personnes les plue pieuses que se répandent surtout ces superstitions. »

A la suite de cette lettre, nous mettrons la relation suivaiite qui est le .résumé d'un récit plus étendu donné par M. le comte de Tésie, dans son ouvrage sur les Sciences occultes ( livre x'^):

« La scène que nous allons raconter se passe en l'an 1670 , en Suède, au village de Morha, dans la province de Dalécariie. De malheureuses femmes ayant été accusées de sorcellerie, les commissaires royaux furent envoyés avec pouvoir extraordinaire pour informer contre elles. A l'arrivée de ces commissaires, la province était en mouvement, par suite des machinations infernales attribuées à celles qu'on appelait des suppôts de Satan. Ces plaintes amenèrent l'arrestation de toutes les personnes que la voix ou plutôt la malignité publique désignait sous le nom abhorré de sorciers et de sorcières : le nombre en monta bientôt à plus de cent. Quant à la procédure suivie dans ce procès , elle consista simplement à confronter les enfants ensorcelés avec les sorcières et à prendre pour hase de l'accusation les récits que ces petits malheureux persistaient à déclarer véritables. Les enfants entendus par le tribunal étaient au nombre de trois cents. A quelques légères variations près, ils s'accordaient dans leurs dires. Ils racontaient que les sorcières leur avaient enseigné la manière d'évoquer les démons; que ces auges de ténèbres leur apparaissaient sous différentes formes qu'ils détaillaient : sous la figure d'un baladin ayant habit gris,

bas rouges et biens, barbe rouge et chapeau pointu, etc.; puis ils étaient emportés sur la montagne de Hartz, où se tenait le grand sabbat du nord. Les uns y étaient en corps, les autres en esprit, et les mères étaient persuadées que leurs enfants étaient réellement enlevés par le diable. Ces enfants racontaient quelles étaient les diverses nourritures frugales qu'on leur donnait dans ce parlais du sabbat infernal. Il se commettait là les mêmes abominations et les mêmes débauches que l'on raconte des autres sabbats, avec cela de particulier que, du commerce des démons avec les sorcières , naissaient des garçons et des filles qui se mariaient ensemble et produisaient une lignée de crapauds et de serpents. Plusieurs de ces enfants parlèrent aussi d'un ange blanc qui cherchait à les détourner de faire ce que le diable leur conseillait, en leur disant que tout cela ne durerait pas longtemps. Ils ajoutaient que cet esprit bienfaisant se plaçait quelquefois entre eux et les sorcières et les tirait en arrière pour les empêcher d'entrer au sabbat. Tous les aveux faits en présence des sorcières furent d'abord niés par elles avec la plus grande persévérance; enfin quelques-unes de ces misérables fondirent en larmes et confessèrent lés horreurs qu'on leur imputait. Elles dirent q^e la coutume d'enlever les enfants pour les livrer au démon était devenue, depuis quelque temps, beaucoup plus commune, et confirmèrent tout ce que les témoins, entendus devant les juges, avaient rapporté contre elles. Elles ajoutèrent même à leurs récits d'autres circonstances non moins singulières. Une vieille sorcière avoua qu'elle avait un jour essayé d'enfoncer dans la tête du ministre luthérien de Morha, pendant son sommeii, un grand clou que le diable lui avait donné à cet eflét. Mais ce fut en vain : le ministre avait le crâne tellement dur que le fer diabolique ne put y pénétrer, et que tous les efforts de la \ieille n'aboutirent qu'à causer au ministre un léger mal de tête à son réveil. A part ce dernier épisode, on ne peut s'empêcher de convenir qu'il y a quelque chose de bien extraordinaire, nous dirons même d'inexplicable^ dans les aveux de ces trois cents enfants, interrogés séparément, et racontont tous unanimement la même histoire. Nous ne doutons pas que cette unanimité n'ait dû produire une profonde impression sur l'esprit des juges. Mais les résultats de cet étrange procès font frémir d'horreur; et nous ne croyons pas qu'il ait été prononcé dans auiun siècle une condamnation plus inique et plus arbitraire que

celle qui le fat, en cette occasion, par les délégués du chef couronné de l'Église luthérienne de Suède. Les accusés furent condamnés à la peine de mort. Quatre-vingt-quatre de ces malheureux, parmi lesquels on comptait vingt-trois femmes qui avaient avoué leur crime, furent brûlés vifs à Falunna : dans ce nombre étaient compris quinze enfants. Vingt-six autres des plus jeunes furent passés par les verges , et fouettés, en outre, une fois par semaine à la porte de l'églfse de Morha pendant une année; vingt autres, plus jeunes encore, furent cruellement fustigés au même endroit pendant trois jours seulement. Ce fut après avoir fait répandre ce déluge de sang et de larmes que les commissaires royaux, dont la conduite reçut à la cour l'approbation générale, osèrent se vanter d'avoir expulsé pour longtemps le démon des montagnes de la Dalécarlie. Des prières publiques furent ordonnées dans tous les temples protestants du royaume pour demander à Dieu de restreindre, à l'avenir, le pouvoir de Satan. Le bruit que fit cette épouvantable affaire porta le duc de Holstein-Gottorp à demander des renseignements au roi de Suède , Charles XI , dont il était le parent. Sa Majesté répondit : « Mes juges et » mes commissaires ont, il est vrai, fait brûler un assez grand « nombre d'hommes , de femmes et d'enfants, mais ils avaient » acquis la preuve des crimes dont ces misérables étaient accu- « ses; toutefois, je ne saurais dire si les faits avoués par eux » étaient réels ou s'ils étaient le fruit d'imaginations exaltées. « Dans le doute où se trouvait Sa Majesté Suédoise, il semble qu'il eût été de toute justice des'ispendre au moins l'exécution des quatre-vingt-quatre victimes qui périrent dans les flammes des bûchers de Falunna, sacrifiées par l'intolér.nce luthérienne. »

C. — Convulsion tournante observée dans le département du Haut-Rhin.

On lit dans la Gazette des Tribunaux du vendredi 4 octobre 1844 : — « Haut-Rhin. (Kuenheim). — Nous avons à trois lieues de Colmar, dans la commune de Kuenheim, une société de convidsionnaires ^ qui eût marqué même au douzième siècle. On connaît les atroces épreuves de Vhérétication des Vaudois , des A-lbigeois , des Poplicains ; on sait comment se faisaient

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les interrogatoires de l'inquisition. Pour peu que les convulsionnaires dont nous allons parler fassent de progrès, nous pourrons voir encore remettre en honneur toutes ces affreuses scènes imaginées par le fanatisme.

» Cette société se compose de trente ou quarante membres , hommes, femmes et enfants, presque tous des journaliers, de pauvres gens. Elle se réunit trois fois par semaine, les mercredis et samedis, de huit à onze heures du soir, les dimanches de'deux à onze heures, minuit. Nous tenons les détails qui suivent d'un témoin oculaire tout à fait digne de foi.

» Ces sectaires se tiennent dans une salle du rez-de-chaussée de la maison du chef; comme il n'y a pas de rideaux aux fenêtres, le soir on voit très-bien de la rue ce qui se passe dans l'intérieur; d'ailleurs l'entrée n'est défendue à personne, seulement la présence d'un étranger apporte quelque gène dans l'exercice de ce culte bizarre. Le chef est un cultivateur peu aisé, jeune encore, et qui s'est toujours fait remarquer par son exaltation religieuse.

» Sur la table se trouve une Bible ouverte, dans laquelle le chef lit à haute voix aux sectaires, assis sur des bancs ou debout autour de lui. Cette lecture se fait d'un ton solennel, d'abord en allemand, seule langue que comprennent les assistants; puis arrive un jargon incompréhensible pour tout le monde, et même pour l'orateur lui-même. Si, après la séance, vous demandez au chef quelle langue il a parlé , il vous répondra que c'était tantôt du latin, tantôt de l'hébreu, qu'il ne connaît ni le latin ni l'hébreu , mais que dans ces momentslà il est inspiré de Dieu , qui lui fait parler la langue qu'il veut. A mesure que le jargon de l'orateur devient plus rapide, plus fort et plus inintelligible, l'assemblée murmure, s'agite, parle haut, et enfin tous se mettent à rugir, à hurler d'une manière si terrible qu'on !es entend dans la forêt voisine, à plus d'un quart de lieue de là. Au milieu de cette agitation, des femmes se lèvent (ce sont presque toujours les plus jeunes), . agitent les bras au-dessus de la tête , tournent sur les talons en jetant des cris perçants qui dominent ce bruit sauvage ; puis un mouvement convulsif s'empare de tout leur corps, et elles tombent comme épuisées de fatigue. Des filles de douze à quinze ans sont atteintes aussi de ce paroxysme d'exaltation. Lorsque ces femmes se relèvent, au bout d'une dizaine de minutes, elles se mettent à danser, à chanter et à rîre, mais

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d'un rire nerveux, comme celui de l'ivresse ou de la folie; la danse et le chant sont incohérents, dévergondés; les yeux sont brillants , et les larmes coulent sur les joues de ces malheureuses. Ce spectacle a quelque chose de triste, de poignant. « A ce moment, j'avais envie de pleurer », nous dit la personne qui y a assisté.

» tendant tout cet horrible vacarme , l'orateur conserve le calme d'Un chef inspiré. Il s'avance au ihilieu de ses disciples au moment où l'agitation va se calmer; alors ceux qui sont un peu attiédis par la fatigue s'approchent de lui. Les plus proches se courbent en avant et le touchent de la tète, les autres de la main; quelques-uns parviennent seulement à le toucher du bout d'un doigt. Ainsi entouré, le chef recommeiice son jargon et ses gesticulations emphatiques en tournant sur placé et en faisant tourner autour de lui tous ces individus. Ali bout de cinq minutes, ie paroxysme redouble, de nouvelles convulsions s'ehl parent des femmes, et ces dégoûtantes scènes, comme nous l'avons dit, durent chaque dimaiithe neuf à dix heures coûsécUtlvés , et jusque bieii avant dans la nuit.

« Beaucoup de personnes prétendent que la décence ri est pas toujours observée dans ces réunions , surtout le soir. Des plaintes ont même été adressées à ce sujet ali parquet de Colmar , et nous savons Qu'une information a eu lieU. Mais serait-il ^ rai qu'on renonce à donner suite à cette affaire? Nous avons peine à le croil*é. Au nonl de là raison, au ndni de la civilisation, au noitl de la décence, la justice doit interdire la formation de semblables sectes^ œuVres du charlatanisme Ou de Tignorancè et dti fanatisme. »

D. — Méthode employée par M. de Gasparin pour obtenir lès phénomènes de rotation et d'interrogation des tables.

« De noinbreuses séaiièes, dit l'auteur (dés Tables tournantes, I, p. 58 à 75), avaient précédé celles dont je viens de i-endre compte. Là nous avions "fait nos premiers pas en avant. Au débtit, immobilité absolue et obstinée en dépit de libs ordres répétés pendant plus d'une heui*e. I^uïs, lin jour 4iiB la téalité du mouveinent nous avait été rapportée de ma-^

nière à nous convaincre, la tablé tourne sbùs nos doigts. Cela nous avait paru admirable; ce fut bien autre chose quand nous obtînmes des ieoupà frappés i Les soulèvements sans contact nous étonnent rhoins aujourd'hui que cies soulèvements avec contact ne nous étotiiiaient alors ; et cependant iious comprenions que jusqiië-là rieh de probant n'avait été àëcompli , car il n'y avait rîën qlie l'action musculaire life pût expliquer à la rigueur. Nous eiitions donc dans Uiië nôiivielle étude, celle des nombres pensés, ^bus la perfectionnons ; nous y introduisons les zéros; nous faisons varier les tJieds; tiôus instituons la balance des forces. En ttiêmé tétnps nous Ûbiis attachons à constater et à mesurer la t)uissàncë de spulèyëment que possède le fluide; des poids sont suspendus à la table dressée, un homhie monte siir le plateau qui doit l'enlever en se mouvant.

« INoils en étibns là, quand, l'incrédulité railleuse qui accueillit tios obsei*vations nous fit un devoir de pénétrer plus avant. Il s'agissait désormais de dëcouVrii* Une preuve sans réplique. Nous la poursuivions, quoique iious n'osasisions guère l'espérer. Les onze séances que j'ai racbiitées sont consacrées à cette recherché.

» Les phénomènes déjà observés s'y confirment et s'y dëve- Ibi^peht. Les grosses tables à qùatl*e pieds font concurtènce aux tables à trois pieds. Les poids inertes viennent s'y substituer aux persbiines qu'on soupçonnait d'être d'intelligence avec le meuble chargé de les soulever. Enfin la grande découverte ari*ive à son toiir, elle ài'rive pour se Irégulai^iser aussi et pour grandir. On commence par continuer sans contact les mouvements; on finit pAt les produire; on parvient même à créet, en quelqiié sorte, leur procède, dé manière que ces faits extraordinaires se manifestent parfois en séries non inten-onipues de quinze ou de trente. Les glissements achèvent de mettre en lumière un des côtés de l'action exercée à distance; ils la montrent impuissante à soulever la table et suffisante pour l'entraîner.

» Tel est l'historique rapide de nos progrès; à lui seul il constitue une preuve solide dont je recommande l'examen aux hommes sérieux. Ce n'est pas ainsi que procède l'erreur. Les illusions enfantées par le hasard ne résistent pas ainsi à Une longue étude et ne traversent pas toute une longue série d'expériences en se justifiant de plus eh plus.

» Quant aux autres preuves, je dois, avant de quitter

l'exposition des faits, en rappeler ou en lixer brièvement la valeur.

» Je voudrais mentionner d'abord le caractère tout particulier et véritablement inconcevable des mouvements de la table ; ce départ si insensible, si doux, si étranger aux brusqueries de l'impulsion mécanique; ces soulèvements spontanés, énergiques, qui s'élancent à rencontre des mains et qui ne cessent pas de se produire alors même qu'on dégarnit la partie opposée de la table, celle qui pourrait remplir l'office de levier; ces danses et ces imitations musicales qu'on tenterait vainement d'égaler au moyen de l'action combinée et volontaire des opérateurs; les petits coups succédant aux grands dès que l'ordre en est donné, et dont rien ne saurait expliquer l'exquise délicatesse. Mais je comprends qu'il ne m'est pas permis d'insister sur de pareilles considérations. Ici la démonstration presque entière réside dans les nuances. Il faut avoir vu; il faut surtout avoir senti , senti sous ses doigts ce que le fluide seul est capable de faire; il faut avoir éprouvé personnellement à quel point les expérimentateurs ont la conscience nette et certaine de leur abstention musculaire. Cela n'a pas cours auprès du public. Il n'est pas tenu de nous croire sur parole. Je m'en souviens et je passe outre.

" Les nombres pensés et la balance des forces ont une tout autre portée comme preuves.

« Lorsque tous les opérateurs moins un ignorent absolument le chiffre à exécuter, l'exécution (si elle n'est pas fluidique) doit procéder ou de la personne qui sait le chiffre et qui fournit à ' la fois le mouvement et l'arrêt , ou d'une relation qui s'établit instinctivement entre cette personne qui fournit l'arrêt et ses vis-à-vis qui fournissent le mouvement. Examinons l'une et l'autre hypothèse.

» La première est isnoutenable ; car , dans le cas où l'on choisit un pied sur lequel l'opérateur qui sait le chiffre ne peut exercer aucune action musculaire, le pied ainsi désigné ne se lève pas moins à son commandement,

)> La seconde est iosoutenable; car, dans le cas où l'on indique un zéro , le mouvement qui devrait être fourni ne l'est pas. Bien plus, si l'on met aux prises deux personnes placées aux deux côtés opposés de la table et chargées de faire triompher deux chiffres différents, l'opérateur le plus puissant obtient l'exécution du grand nombre, quoique son vis-à-vis

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soit intéressé non-seulement à ne pas lui fournir les derniers mouvements, mais encore à les arrêter.

» Je sais que les nombres pensés n'ont pas bonne réputation; il leur manque une certaine tournure pédante et scientifique. Cependant je n'ai pas hésité à y insister, car il y a peu d'expériences où se montre mieux le caractère mixte du phénomène, la puissance physique développée et appliquée hors de nous par l'effet de notre volonté. Comme c'est le grand scandale, je ne veux pas en avoir honte. Je soutiens d'ailleurs que ceci est tout aussi scientifique qu'autre chose. La vraie science n'est pas attachée à l'emploi de tel procédé ou de tel instrument. Ce qu'un fluidomètre manifesterait ne serait pas plus scientifiquement démontré que ce qui est vu par les yeux et apprécié par la raison.

» Avançons néanmoins'. Nous ne sommes pas au bout de nos preuves. Il en est une qui m'a toujours particulièrement frappé ; c'est celle qui résulte des insuccès.

» On prétend que les mouvements sont produits par l'action de nos muscles , par notre pression involontaire ! Or , voici les mêmes opérateurs qui, hier, obtenaient de la table l'accomplissement de tous leurs caprices; leurs muscles sont aussi forts, leur animation est aussi grande, leur envie de réussir est plus vive peut-être; et néanmoins rien! absolument rien! Une heure entière se passera sans que la moindre rotation se manifeste; ou, s'il y a rotation, les soulèvements sont impossibles; le peu qu'on exécute, on l'exécute mollement, misérablement et comme à regret. Encore une fois, les muscles n'ont pas changé. Pourquoi cette incapacité subite? La cause demeurant identique, d'où vient que l'effet varie à ce point?

« Ah ! dira-t-on, c'est que vous parlez des pressions involontaires, et vous ne parlez pas des pressions volontaires, de la fraude en un mot. Ne voyez-vous pas que les fraudeurs peuvent assister à une séance et manquer à une autre, qu'ils peuvent agir un jour et ne pas se donner tant de peine le lendemain?

» Je répondrai bien simplement et par des faits,

» Les fraudeurs sont absents quand nous ne réussissons pas ! Mais il est arrivé maintes fois que notre personnel ne s'était modifié en aucune manière. Les mêmes personnes, absolument les mêmes, avaient passé d'une puissance remarquable à une impuissance relative. Et ce n'est pas tout. S'il

n'est aucun opérateur dont la présence nous ait préservés toujours des échecs, il n'ep est aucun non plus dont l'absence nous ait rendus incapables de succès. Avec et sans chacun des membres de la chaîne, nous avpns réussi à exécuter toutes les expériences, toutes, sans exception.

» Les fraudeurs ne se donnent pas tant de peine chaque jour! La peine serait grapde en effet, et ceux qui supposent la fraude ne s'imaginent pas à quels prodiges ils ont recpurs. L'accusation est d'une absurdité qui touche à la niaiserie, et sa niaiserie lui ôte son venin. On ne s'offense pas de ces choses-là. Mais enfin, admettons pour un instant que Valleyres soit peuplé de disciples de Bosco, que la pres|;id}gitation y soit généralement pratiquée et qu'elle ait été appliquée cipq mois durant sous nés yeux, sous les yeux de nopabreux et trèssoupçonneux témoins, sans qu'une seule perfidie ait été signalée. Nous ayons si bien caché notre jei^ que nous avons inventé une télégraphie secrète pour les nombres pensés , un tour de doigt particulier pour ébranler les masses les plus énormes, une méthode pour soulever gradue'llement les tables que nous avons l'air de ne pas toucher. Nous sommes tous des menteurs; tous, car il y a longtemps que no^s nous surveillons réciproquement et que nous ne dénonçons personne. Bje^i plus, la contagion de nos vices est tellement' prompte, qqp dès que nous admettons un étranger , un téipoin hostile dfips notre chaîne , il devient nptre complice ; il ferme volontairement les yeux sur les signes transmis, sur les efforts musculaires, sur les mouvements suspects répétés et prolongés de ses voisins! A la bonpe |ieure, accordons tout cel^, nous n'en serons pas plus avancés. Il restera à expjiquev pourquoi le§ fraudeurs se reposent parfois au moment pfiéme où ils auraient le plus d'intérêt à réussir. |1 est arrivé en effet que telle séî^nce où nous avions beaucoup de tpmoins et grand désir de les convaincre était une séance médipçrjî. Telle autre, dçips les mêmes conditions , était brillantp ^\i coptraire.

« Voilà donc des inégalités réelles et considérables. D'upe séance à l'autre, d'une heure à l'autie, c^vep le même personnel, on présence des mêmes témoins, nous passons fie la puissance à l'impuissance , et réciproquemept. Nous avons des moments où les phénomènes les plus éléineptair^s se refusent à nos instances, et le n^oment 4' après nous opérons des soulèvements sans contact.

>( Je le l'épète , lorsque nous possédons tous nos opérateurs les jnieux o})éis, noqs pouvons tomber dans une langueur impatiente; lorsque nous sommes privés de leur secours, nous ne devenops jamais incapables de rien , pas même des piouvements à distance, ^t l'on ose parler d'action musculaire ou de frau4e !

« La fraude et l'action musculaire! Voici une belle occasion de les mettre à l'épreuve. On vient de placer un poids sur la t^^le. Ce poids est inerte, et ne peut se prêter à fien; la fraude est partout peut-être; elle n'est pas dans les baquets de sable. Ce poids est également réparti entre les trois pieds, et ils vont le prqv^ver en se levant chacun à son tour. L^ charge totale est de 75 kilogrammes, et nous n'osons guère la porter plus haut , car elle a suffi pour briser un jour notre table la plus solide. Eh bien ! qu'on essaye. Puisque l'action musculaire et la fraude doivent tout expliquer , il leur sera facile de flfjgttre 1^ masse en mpuyementl Or, elles n'y pamennent pas: les doigts se crispent et les phalanges blanchissent s^ps olitepir un spufpvemept, tandis que quelques moments après les spplèvemppts auront Ijeu sous les ipêmes doigts qui efflepreront dpppepient le plateau et ne feront apcup effort , comme il sera aisé fie s'en assurer-

» I|es piesures scientifiques tFPS-ipgénieu^es et dont je n'ai pas le mérite nous ont mis à même de traduire en chiffres l effort qu'exige la rotation ou le soulèvement de la tal)le ainsi chargée. Cepepdant ces calculs ayant pté rédigés au pioment où nous y faisiops mopter un hppiipe pe^apt 87 kilogrammes, je suis obligé d'opérpr upe ré4uctipp ep vue du poids inerte de 75 kilogrammes seulemep|; par Ipquel nous l'avons repiplacé. Toujpurs est-i| qu'avec ce çiernier poi^s la rpt^tiop §'ol^tiep|; au p^oyen d'une traction latérale 4p 8 kilogrammes environ, tandis que le soulèvement ne s'obtient que par une pression perpendipplaife de 60 kilogrampies afl moins (que nous réduirons cependapt à 50 , si l'op veut, 4^ps la supposition qu'plle ne serait pas absolument verticale); (Jp |à plusieurs cojjséquences.

" D'abord l'action nauscu^ire peut faire tourner, mais £lle |ie peut pas soulever. Ep effet , les dix opérateurs ont cent doigts appliqués au plateau. Of , }a pressiop verticale ou quasi verticale de chaque dpigl ne saurait dépasser 300 grammes en jppyenne , la chaîne étant cppiposée comn^p elle l'est. Ijs ne

développent donc qu'une pression totale de 30,000 grammes ou de 30 kilogrammes , très-insuffisante pour opérer le soulèvement.

« Ensuite il arrive ceci de frappant , que le phénomène dont l'action musculaire viendrait aisément à bout est précisément celui quc' nous obtenons le plus rarement, le plus difficilement, et que le phénomène auquel l'action musculaire ne parvient pas est celui qui se réalise le plus habituellement lorsqu'on forme la chaîne. Pourquoi notre impulsion involontaire ne ferait-elle pas toujours tourner la table? Pourquoi notre fraude ne se procurerait-elle pas toujours un tel triomphe ? Pourquoi ne parvenons-nous d'ordinaire qu'à opérer ce qui est mécaniquement impossible ?

« Je conseille aux gens qui tiennent à se moquer des tables de ne pas y regarder de trop près. Qu'ils n'aillent pas surtout donner leur attention à notre dernière preuve, à celle des mouvements sans contact. Elle ne laisserait pas le plus léger prétexte d'incrédulité.

" Ici encore nous devons à de savantes observations le moyen d'opposer des chiffres à ceux qui s'écrient : « Mais nous n'avons pas vu ! Quelque doigt échappe peut-être à la surveillance des opérateurs et des témoins! Qui nous démontre que certains frôlements involontaires ou certaines fraudes ne fournissent pas la véritable explication du prodige? » Voici la réponse :

» Lorsqu'il s'agit de faire lever un des pieds de oiotre ancienne table (l'une de celles qui ont été mises en mouvement sans contact), il est nécessaire de lui appliquer ou une pression verticale de 9 kilogrammes et demi, ou un composé dépression et de traction dont la résultante suivrait un angle de 35 degrés par rapport au plateau , et qui s'élèverait à 4 kilogrammes et demi.

« C'est à cette seconde estimation qu'il convient de s'arrêter ici, parce que le soulèvement sans contact s'opère en général pendant que les mains sont en marche. Il n'est donc plus question d'une simple force perpendiculaire ou à peu près telle, comme dans le cas de la table chargée; il y a combinaison de la pression et de la traction , et si un doigt touchait alors le plateau, il agirait à la fois dans ce double sens.

» Cela posé, nous devons tenir compte en même temps de ce qu'un doigt peut faire lorsqu'il appuie et de ce qu'un doigt

peut faire lorsqu'il tire, eu égard au mouvement général et à la prise que donne une surface unie.

)' Ici trois hypothèses s'offrent à nous : celle du frôlement involontaire et par conséquent léger , celle de la fraude procédant avec circonspection , celle enfin de la fraude imprimant une impulsion violente. Examinons-les successivement.

)' Un frôlement involontaire peut exercer une pression de 65 grammes et une traction de 30 grammes. C'est donc une force totale de 95 grammes qu'il développe. Maintenant, je croirais faire injure au lecteur si je me mettais à lui démontrer compendieHsement que dans le soulèvement sans contact une cinquantaine de doigts ne sont pas en contact avec le plateau. II n'en faudrait pas moins pour produire la force voulue de 4 kilogrammes et demi; encore faudrait-il supposer qu'ils seraient tous placés vis-à-vis du pied à soulever et dans la position la plus favorable. Cinquante doigts échappent tous à la surveillance. Cinquante ! et je ne dis pas assez, car un frôlement involontaire est nécessairement fort court, et puisqu'il s'agit de déterminer l'ascension lente et progressive de la table, il serait nécessaire que tous les doigts, sans exception, vinssent y aider successivement. Ceci est au-dessous de la réfutation sérieuse.

» La fraude circonspecte en serait-elle moins indigne? Un doigt qui fraude et qui ne va pas jusqu'à l'impulsion violente peut exercer une pression de 235 grammes et une traction de 170; c'est-à-dire que son action totale peut arriver jusqu'à 405 grammes. Onze doigts devront donc procéder en même temps! Cela est-il possible? Cela est-il même concevable? Voyons.

« Représentons-nous d'abord la manière dont les mains sont entrelacées quand elles forment la chaîne au-dessus de la table. Tous les petits doigts et tous les pouces sont occupés à maintenir la chaîne ; chaque opérateur ne conserve que six doigts de libres, libres dans une bien faible mesure. Nous voilà réduits d'emblée à supposer deux fraudeurs qui emploient chacun leurs deux mains entières, ou à supposer cinq, six fraudeurs, à en supposer dix peut-être qui emploient chacun un ou deux de leurs doigts.

Mais c'est encore peu de chose. Ces fraudeurs se trouverontils tous en face du pied à soulever, dans la situation où ils possèdent l'action maximum que nous avons admise? S'il n'en

est pas ainsi, et il est impossible qu'il en soit ainsi, nous sommes forcés d'augmenter le nombre des doigts quifraudent, d'en supposer quinze, seize, et davantage peut-être, au lieu de onze.

» Est-ce tout? Non. Le soulèvement s'opère d'une façon soutenue; des doigts qui frauderaient en hâte et qui rentreraient ensuite à leur poste n'agiraient pas de la sorte, ils donneraient des secousses et laisseraient tomber la table. Nous sommes tenus d'aljer jusqu'au bout de notre hypothèse et de nous représenter ou une quinzaine de doigts effrontément à l'œuvre depuis l'origine du mouvement jusqu'à la fin, ou d'autres quinzaines -entrant en action dès que la première se retire , afin d'amener entre elles toute l'ascension progressive qui a lieu.

» Et de cette immense manœuvre, rien n'est jamais aperçu ! J'aurais honte d'insjster.

» Reste notre troisième hypothèse : il y a fraude yiolpnte, grossière ; la fraude ne procède pas par pression^ modérées et prudentes , e}le procède par impulsions énergiques ! Je le veux bien, ne nous lassons pas de disputer l'absurde.

« On nous fera grâce, je pense, des coups dp pied et des coups de poing proprement dits^ Mais Je^ impulsions énergiques en diffèrent-elles beauponp? L'effet {-appelle ordinairement la cause. Une impulsion violente afpène un soulèvement violent. Or, ici npus avons un mouvement qui s'accomplit avec gravité, qui n'a rien de subit, rien d'inégal, qui se prolonge tranquillement jusqu'au renversemenl; complet du plateau.

» Il est de la nature des fraudes , des fraudes violentes surtout, fle §e risquer précipitammewt et (ie fuir ayep non moins

' « Faudrait-il parler aussi, pour être complet, des pressions que pourrait opérer le corps des opérateurs? Je m'en dispense, car tout a des bornes. Il n'est pas nécessaire de rappeler d'abord que si les corps ne faisaient que toucher latéralement la table (ce qui, dij reste, n'a pas lieu), ils la pousseraient en avant et ne la soulèveraient point; ensuite, que si quelqu'un avait l'impudence de presser perpendiculairement la table avec sa poitrine, afln de provoquer un soulèvement, il ne prendrait pas une posture aussi extraordinaire sans fixer l'attention générale; enfni, qu'ébranler ainsi la table ne serait pas encore un tour de force suffisant, car il s'agirait de produire le renversement complet auquel nqus arrivons |:haque fois que nous ne l'arrêtons pas de propos délibéré. Figurez-vous les contorsions d'un corps occupé à soulever par degrés le plateau de la table et à la renverser sur lui-même, le toujt en évitant quatre-vingts fois dp 8ui|;e de se faire remarquer 1 »

APPENPICB. 427

de ppécipitation le regard des SHryeillants. Il y aura sans doute des tentfitives ^YPrtées, de§ bonds vigoureux suivis de chute, des tressaillements et des contrariétés 4aos la fliarche psceflsionnelle! Non, elle est pnrfaitemen| unie au cpfltyaife, et se continue comme elle a commencé.

>> Ajputez à cela que les trois pieds se ^ressept sucçessjyeinpnt, cp qui exige bon pombre de fraudeurs violents répandus tou|; au|;our de la table. Ajoutez que les postes attribués aux divers opérateurs changent sans cesse, ce qui n'empêche pas que les soulèveiTiepts sans coptact ne s'ppèfept ^ans les diverses combinaisons. Ajoutez que le personnel même des membres de la chaii^e varie d'une séance à l'autre, ce qui n'empêche pas que chaque séapce n'ait soncpnt;ingept de succès ep pe geore. '

» En vérité, j'en revipns à dire que Valley res entier dpit s'adppner à la pres|;idigit^tion. L'habijeté de no^ mîiips doit égaler l'avilissement de nos caractères. Les Jiyppthèses e^fplicatripes ont bespjn de npus faij'e très-jp^uvai^ et tfè8-q4''Qits. Pi\y ipalheur cela ne suivit pas encpre, aupune frap^f! pe p^fvjenf^fn à imiter nos ipouvepiepts Sfins contact.

]>. Veuillez en efifet; en supputer le nombre et deipfjpdez-vous par quel chiffre vous serez p|)ligé (de piujtipljer les imppssibilités déjà effrayantes que présepte une seule expérience. J.e 26 septembre, nous avon§ une rot^tjon sans con|^act; }p 29 septpmbre, plusieurs rotatipns eî plusieurs soulèvemepts*, Ip § octobre, plusieurs rotatipp^ et plusieurs soulèvements*, je 7 octobre, dix soulèvement^; jp8 octobre, deux soulèvepaents ; le 27 octobre, plusieurs soulèvemepts ; le 9 povembre, cinq rotations et trente soulèvements; le 2| ppyembfe, ^pis rotatipns et neuf soulèvements; le 28 novembre, pipg soulèven^ents ; |e 2 décembre , troi§ rotations et seize spulpyefpppts. Voilà plus de quatre-vingts soulèvements, sans compter upp yipgtaine de rotations, essayez de vous représenter vos 4oigt8 ffaudeurs échappant cent fpis de sipte à la surveillappe des témoins, à celle des expériplen|;ç^te^rs hopnêtes! Coipbien d'impulsions vip|pp|es ^i^rpps-ppus eu èj. }pur ^pi'Pber? ^ moips qu'on aipie mieijx adme|;tre )a fraudp c^rcpnspecte e|; quipzp cents pianœuyres mepées à bien par elle , quipzp cents ppuf ne pas dire trois ou quatre ipille! Qp i^ien prpfère-t-pp la supposition plus charitable des frôlemenj;§ inyolontaif es ? Çps frplements que l'on n'a pas siu yoir vîjperaient entre cipq niil|p et quinze ou vingt mille.

itè APPENDICE.

» S'il existe par hasard des hommes que de pareilles énormités ne fassent pas reculer, je me permettrai de leur soumettre deux ou trois considérations supplémentaires.

» Vous soupçonnez la fraude! D'où vient donc que nous ne réussissons plus lorsque nous sommes fatigués? La fraude alors serait aussi aisée, plus aisée même. Moins il y aura de force et de vivacité chez les opérateurs sincères, mieux les fraudeurs seront placés pour faire prévaloir leurs impulsions particulières.

» Cette question vous embarrasse ! Veuillez examiner celleci que j'ai déjà indiquée quelque part : lorsque les soulèvements sans contact s'opèrent successivement par chacun des pieds , vous représentez-vous trois handes de fraudeurs avantageusement placés en face des trois pieds? Et comment le déplacement, le remplacement des membres de la chaîne n'empéchent-ils pas la continuation du succès? ^

» Troisième question, que je vous prie de ne pas traiter d'indiscrète : auriez-vous l'obligeance de m'expliquer pourquoi les fraudeurs ne parviennent pas à opérer aussi souvent et aussi bien, ce qui est mécaniquement beaucoup plus facile? La force qu'exige la rotation est petite , et la fraude accomplit peu de rotations : la force qu'exigent les soulèvements est grande, et la fraude accomplit beaucoup de soulèvements. Ceci est d'autant plus étrange, que la même fraude tombe dans la même contradiction quand il s'agit de faire tourner ou dresser la table chargée d'un poids considérable, elle fait ce que les muscles sont inhabiles à faire, elle a de la peine à faire ce que les muscles font aisément.

» Poursuivons encore. Vous savez quel est le moment où le soulèvement sans contact s'opère. Si la pression frauduleuse en est la cause , le mouvement se produira lorsque cette pression s'exerce avec le plus d'efficacité. Voici la chaîne des mains qui est en marche. Défiez-vous de l'instant où la portion qui pousse rentre sur le plateau, car alors sans doute les doigts fraudeurs s'arrangeront pour lui imprimer une secousse ; défiezvous surtout de l'instant où la portion qui tire atteint dans sa retraite le bord opposé au pied qui doit se dresser, car alors sans doute les doigts fraudeurs agiront, ayant retrouvé toute leur puissance de levier. Or, il n'en va pas ainsi. Ces deux moments sont précisément ceux où le soulèvement ne se produira jamais. Jamais, entendez-vous, le mouvement ascen-

sionnel ne commence avant que les mains qni poussent aient dépassé leur bord; jamais il n'attend que les mains qui tirent se soient rapprochées du leur. Il faut que l'impulsion musculaire soit devenue impossible des deux parts pour que la table se décide à quitter le sol. Elle pbévoit vos soupçons et j'espère que vous rendrez justice à ses sentiments de délicatesse.

» Plaisanterie à part, il y a peu de faits plus constants dans l'étude du phénomène des tables que la divergence entre l'intensité de l'action fluidique qui s'exerce et l'intensité de l'action mécanique qui pourrait s'exercer. Lorsque les pressions involontaires ou les fraudes auraient beau jeu, vous n'obtenez rien ; lorsqu'elles sont devenues impraticables , vous arrivez à tout. Ainsi, les soulèvements devraient s'obtenir plus aisément avec la chaîne immobile au-dessus du bord de la table qu'avec la chaîne en mouvement réduite à la forme d'ovale allongé et dont la portion destinée à fciire levier se trouve perdue au milieu du plateau; cependant les passes réussissent mieux que la chaîne immobile, quoique cette dernière réussisse aussi.

» Je viens de prononcer le mot de passe, et il aura éveillé chez le lecteur l'idée du magnétisme animal. Rien ne ressemble plus en effet aux opérations magnétiques que la marche de notre chaîne , toutes les mains étendues et cherchant à déterminer le soulèvement de la table. Je signale en passant l'analogie, faiif à y revenir. Quai.t à présent, je ne veux que ruiner tout doute qui s'appliquerait au fait capital des mouvements opérés sans contact. Une dernière considération couronnera celles que je viens de présenter sur ce point. Nos preuves ne se laisseront pas égorger comme ces pauvres Curiaces qui se séparaient en poursuivant l'ennemi ; elles restent ensemble et se prêtent un appui naturel. Le soulèvement des poids se tient auprès du soulèvement sans contact; il est là pour répondre aux accusations de fraude, car toutes les fraudes du monde viennent expirer au bord de son plateau. Fraudez ouvertement, fraudez de concert, fraudez en vous débarrassant des hésitations et des craintes qui affaiblissent la fraude secrète, vous ne réussirez pas le moins du monde à faire dresser cette masse que l'action fluidique met en mouvement. »

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Supplément à la Lettre d'un ecclésiastique de province à un de ses amis, in-4°, sans lieu ni date (de 1734).

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Les Hauts phénomèries de la magie, précédés du Spiritisme antique, , par le chevalier Gougenot des Mousseaux ; 1 vol. in-8°, Paris, Henri Pion, 1 864.

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