‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 84 sur 115 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

HAPPnOCHEMENTS ENTRE TOUS LES FAITS SIGNALÉS DANS LE PRÉSENT OUVRAGE. RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

Il n'échappera à personne que le caractère fondamental des phénomènes dont il est ici question est la jjerte de la volonté chez celui en qui ils se produisent. Qu'il s'agisse des convulsionnaires jansénistes, des convulsionnaires de Morzine, des méthodistes ou baptistes américains, des magnétisés, l'absorption de la volonté est constante chez tous durant la crise. Spectacle fort digne d'attention en ce qu'il dénote que l'individu prêtant ses organes sans pouvoir s'en empêcher \ se trouve sous une pression supérieure qui le maîtrise à son gré. Oîi conviendra qu'une particularité aussi grave commandait l'examen. Qu'ont fait les savants? Cette particularité les a si peu touchés, que l'un d'eux n'a pas même hésité à arranger dans une des histoires qu'il considère comme très -intéressante en ce genre plusieurs des passages concernant la perte de la volonté chez la patiente.

Et quant au spiritisme, niera-t-on que ses pratiques ne fascinent, n'ébranlent la volonté de ceux qui s'y livrent,

1 Voir ci-dessus, p. 45 et 65.

au point de les pousser à des actes qu'ils n'auraient pas accomplis sans cette excitation? N'avons-nous pas vu deux personnes se suicider à Tours sur la provocation des esprits ; Victor Hennequin tenter de se suicider pour être plus tôt réuni à \'âme de la terre qui l'appelle; madame Browne divorcer sur l'injonction des esprits? N'avons-nous pas vu encore madame de Girardin ne pouvoir se séparer de sa table; M. Vacquerie se précipiter èperdument dans cette grande curiosité de la mort entr ouverte? Qui est-ce qui rend ces désirs si irrésistibles? Qui est-ce qui rend la volonté si soumise aux ordres d'un agent occulte? n'est-ce pas la pratique du spiritisme? Ces pratiques renferment donc un charme qui entraîne éperdu - MENT, comme le dit si bien M. Vacquerie. (Voir page 347.) On aura remarqué également ce qui paraît être le cachet dislinclif de l'intelligence d'emprunt acquise aux convulsionnaires ou aux tables; nous voulons parler de l'affectation que cette intelligence met, dans tous les âges, à se poser en hostilité avec les dogmes, les pratiques d'une Église : l'EgHse catholique romaine. En effet, tandis que le convulsionnaire janséniste faisait sentir dans des « discours » véhéments l'importance des vérités condamnées par la » bulle Unigenitus » (voir page 44), c'^est-à-dire répudiait les décisions prises à Rome contre le jansénisme, l'enfant de Morzine se signale « par un caractère d'impiété » dirigé contre tout ce qui rappelle Dieu, les mystères, » la religion, Marie, les saints, les sacrements, la prière ' » ; et, de leur côté, les consultations spirites du monde occulte proclament faux les dogmes reçus dans l'Église romaine

^ Voir page 290. — Dans notre ouvrage sur V Inspiration des Camisards, nous avions constaté (page 66) que le trembleur dis Cévennes éprouvait une véritable haine pour le culte des papistes. C'est bien la même école.

(voir page 36i), et les enfants magnétisés déclarent être l'organe du mauvais esprit (voir page 233). C'està-dire que, sur ce point, il y a conformité absolue de pensée dans les manifestations spirituelles de tous les temps. Conformité d'autant plus surprenante que les convulsionnaires jansénistes, les protestants des Cévennes (voir la note précédente), les pauvres habitants de Morzine en Savoie, les magnétisés et les consultants de toutes les écoles spirites n'ont pas poursuivi et ne poursuivent pas le même but, se sont trouvés ou se trouvent les uns et les autres dans des conditions politiques, sociales et religieuses entièrement différentes. C'est-à-dire qu'il faut reconnaître dans cette hostilité permanente une des faces les plus curieuses de la question, et elle devait fournir matière à une intéressante étude psychologique. Qu'en ont dit les savants? Rien,

Notons enfin un troisième point de rapprochement : l'inconstance dans la production des phénomènes. Tantôt, en effet, ces phénomènes éclatent alors que tout semble conspirer contre eux; d'autres fois, au contraire, on ne peut les obtenir, malgré les meilleures dispositions des sujets, les plus miimtieuses précautions chez les opérateurs. Pourquoi la science a -t- elle dédaigné de nous éclairer sur cette singularité? Pourquoi ne nous a-t-elle pas dit s'il ne fallait voir dans cette inconstance qu'une suite d'incidents fortuits, ou bien si elle ne révélait pas un calcul , voire même un caprice ? La question en valait la peine : car, lorsqu'on prétend expliquer, encore ne faudrait-il pas laisser de côté les traits généraux qui donnent un air de famille aux physionomies qu'on étudie.

De cette identité dans le caractère fondamental des phénomènes, dans le calcul ou le caprice qui préside à leurexplo-

sion, et dans l'expression de la pensée de l'intelligence mise par eux en lumière, il est impossible de ne pas conclure que tous ne sont que les rameaux d'un même tronc. Jamais communauté d'origine ne fut mieux accusée, et les savants l'auraient reconnue s'ils eussent procédé avec une méthode logique à l'analyse de leurs observations. Malheureusement, au lieu de tirer les conséquences des faits, nous les avons vus, on s'en souvient, écourter, arranger les textes de manière à ramener les faits à une théorie préconçue. Système bizarre et déplorable, qui devait les jeter hors de la vérité. A-Ussi que d'opinions ! Les uns se sont prononcés pour la supercherie, d'autres pour l'énergie de la volonté, d'autres encore pour l'hystérie, pour la ventriloquie, pour l'hallucination, pour la suggestion, etc., comme si la supercherie, l'hystérie, l'hallucination, la ventriloquie, pouvaient conférer le don des langues aux idiots, l'intelligence à des meubles, l'invulnérabilité au corps humain!

Il estdonc avéré que les trois traits saillants, caractéristiques, des manifestations du merveilleux que nous avons étudiées, savoir : la communauté de leur origine, l'inconstance de leur explosion, la fixité, dans tous les âges, de la pensée de l'intelligence qu'ils révèlent, il est avéré, disons-nous, que les savants n'ont pas voulu ou n'ont pas pu les voir.

Maintenant, résumons l'ensemble de nos recherches et concluons :

1" En ce qui touche les convulsionnaires jansénistes, nous avons reconnu que lorsqu'ils étaient en convulsions, et seulement alors, ils ont eu le don de l'intelligence, de l'éloquence, de révélation et des langues ', qu'ils ont supporté des macérations effrayantes *, que leur corps a par-

1 Vçir pages 43 et 61 . .

«/d., p. 46 et 119,

fois été revêtu d'une invulnérabilité à toute épreuve'; mais leur santé n'était nullement altérée par les accidents physiques ou par les supplices que nous avons rapportés. En outre, au sortir de la crise, ils ont ignoré le plus souvent ce qu'ils avaient dit ou fait pendant sa durée. Les enfants et les femmes , les femmes surtout , ont joué dans les scènes de convulsions le rôle le plus important. Enfin la débauche a constamment accompagné les convulsions.

2° Au sujet du magnétisme, nous avons vu que le don de prophétie ou de divination, le don des langues, la lucidité sont le partage des magnétisés, mais seulement pendant la durée du sommeil somnambulique. D'autres phénomènes, tels que la catalepsie totale ou partielle du corps, l'insensibilité, peuvent être provoqués pendant ce même sommeil. Mais la santé des magnétisés n'est point altérée par ces accidents. Au. sortir du sommeil, les magnétisés ignorent ce qu'ils ont dit ou fait pendant sa durée. Les femmes se font remarquer par leur aptitude pour les expériences de magnétisme. Enfin, le magnétisme, de l'aveu môme des savants ou de ses plus fervents apôtres, ne sert que trop à faciliter le désordre des mœurs.

3° Pour les méthodistes et les baptistes américains, les hurlements, les sauts, les contorsions, les aboiements, les ■ convulsions les plus horribles sont le signe de la communication du Saint-Esprit aux fidèles, et l'envahissement de l'individu par cet esprit est de telle nature qu'il faut le subir sans résistance. On. ne signale jamais que là chute du corps par terre pendant les convulsions soit la cause de blessures. V inspiration se manifeste surtout chez

1 Voir pages 51 à 56 et 83 à 96.

les femmes, et les sœurs régénérées brillent par l'immoralité.

4° A Morzine, lorsque les convulsionnaires sont dans la crise, et seulement alors, elles ont le don de l'intelligence, des langues, de révélation. L'impiété et le dévergondage sont au fond de tous leurs discours, sans que les plus pieuses filles mêmes puissent, sur ces deux points, retenir leur langue. La santé des convulsionnaires de Morzine, pas plus que celle des convulsionnaires jansénistes, n'est altérée par leurs convulsions. Enfin, au sortir de la crise, ces convulsionnaires ignorent ce qu'elles ont dit ou fait pendant sa durée.

5° En ce qui touche le spiritisme moderne, nous avons vu que des meubles acquièrent le don d'inteUigence au point de pouvoir dialoguer avec quiconque provoque leurs réponses, qu'ils ont aussi le don des langues et de divination, qu'ils se soulèvent du sol au commandement de l'opérateur, qu'ils dansent si l'on veut, ou bien présentent une résistance telle qu'on les dirait soudés au plancher. Nous avons constaté Y entraînement dangereux que la pratique du spiritisme exerce sur la volonté humaine, et nous avons remarqué que les meilleurs médiums sont toujours des femmes. Au point de vue moral, le dévergondage, la luxure, sont en étroite alhance avec ccrtaine.'i manifestations spirites. Enfin, nous avons pu établir l'identité la plus entière entre les phénomènes attribués au spiritisme et les faits étranges qui se sont passés au presbytère d'Ars, et qui ont eu pour sujet ou pour objet M. le curé d'Ars luimême, qui ne s'occupait certes pas de spiritisme.

Tels sont les phénomènes. Quant à leur réalité, elle est hors de discussion. Nous ne rappellerons pas ici les preuves que nous en avons doimées; il nous suffira de remarquer

que, par cela même que la science a prétendu les expliquer, elle a consacré, elle aussi, leur certitude. Répétons-le, en effet, à outrance : on est d'accord sur les faits, c'est sur leur interprétation seulement qu'on varie.

La preuve des phénomènes rapportée, nous avons passé à l'examen des théories émises pour les expliquer, et nous avons reconnu l'insuffisance de tous les systèmes scientifiques : insuffisance qui se laissait deviner a priori, puisque, la science ne pouvant se prononcer qu'alors qu'il y a relation de cause à effet, le sens commun enseigne qu'il ne saurait y avoir relation de cause à effet dans les prodiges dont il s'agit; par exemple : dans le fait d'incombustibilité observé chez les jansénistes, ou dans le fait d'intelligence, de divination, de don des langues, manifesté par les tables spiritisées aujourd'hui.

Tel est le résumé de notre travail; or, que voulionsnous savoir en commençant? nous voulions nous assurer si des phénomènes extraordinaires avaient été observés parmi les convulsionnaires jansénistes, chez les magnétisés, les méthodistes et les baptistes américains, dans l'épidémie de Morzine et enfin parmi les spirites modernes; — savoir en quoi consistaient ces phénomènes; — établir la certitude de leur réalité; — déterminer leurs points de ressemblance; apprendre enfin quelles explications la science prétend donner des uns et des autres. Nous croyons avoir rempli ce programme, et nous pouvons dès lors conclure :

i° Que des phénomènes prodigieux se sont produits chez les convulsionnaires jansénistes, chez les méthodistes et les baptistes américains, et se produisent aujourd'hui dans l'épidémie de IVforzine, au sein du magnétisme et parmi les spirites ;

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