CAS EMPRUNTES A L'HISTOIRE PROFANE DE L'OCCIDENT
Si de l'Orient nous passons à l'Occident, nous trouvons des exemples de lévitation consignés par centaines.
Les Constitutions apostoliques (1. VI), Arnobe {Traité contre les Gentils^ 1. II) et Sulpice Sévère {Hist. sacra, 1. II. c. xxviii) ont rapporté la mésaventure de Simon le Magicien qui, après s'être élevé dans les airs sous les yeux de Néron et du peuple assemblé, fut précipité à terre et se brisa la cuisse.
« J'ai vu, dit ailleurs Sulpice Sévère {Dial. 3. ch. vi), un possédé élevé en l'air, les bras étendus à l'approche des reliques de saint Martin. »
Pendant la cérémonie d'initiation de Julien l'Apostat aux mystères de Diane à Ephèse, l'initiateur, le philosophe Maxime, s'éleva dans les airs avec l'initié. (Lamey, Vie de Julien V Apostat.)
Saint Paulin, dans la Vie de saint Félix de Noie, atteste avoir vu un possédé marcher contre
la voûte d'une église la tête en bas, sans que ses habits fussent dérangés.
Jamblique cite, parmi les prodiges opérés par certains hommes, le transport aux lieux inaccessibles et par-dessus les fleuves.
Je veux en cela aussi t'indiquer à quels signes on reconnaît ceux qui sont vraiment possédés
par les dieux Voici un signe capital : beaucoup
d'entre eux ne sont point brûlés par le feu, car le feu ne les peut toucher à cause de l'inspiration divine qui est en eux ; et beaucoup, si on les brûle, ne le perçoivent pas, parce qu'alors ils ne vivent pas de la vie animale. D'autres, traversés par des pointes de fer, ne le sentent point ; d'autres reçoivent dans le dos des coups de hache ou se tailladent les bras avec des poignards sans s'en apercevoir. Leurs actions n'ont aucun caractère humain ; le transport divin les fait passer où l'on ne peut pas passer, ils se jettent dans le feu, ils marchent dans le feu, ils traversent lesjleuves, comme la prêtresse Kastabalienne
Il y a de nombreuses formes de la possession divine... Dans ces différents cas, les signes que présentent les inspirées sont divers : ... quelquefois le corps semble croître ou se gonfler, ou être emporté très haut dans les airs... (i) .
Christine de Pisan, dans son Histoire de Charles V, parle de Guillemette delà Rochelle,
(1) Le litre des mystères, 3" partie, tpad. de P. Quillard.
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<jui était « moult femme solitaire et de grant « contemplation, tant que j'ay oy recorder à « des gens dignes de foy que, en sa contem- « placion, on l'a aucune fois veu soulevée en « l'air^ plus de deux pieds ».
Voici ce qu'on trouve dans le Mystique, de {jôn^es :
L'évêque de Pampelune, Fr. de Sandoval, dans son Histoire de Charles-Quint, raconte le fait suivant, à l'occasion d'un procès de sorcières qui l'ut porté devant le conseil d'État de la Navarre, voulant se convaincre par ses propres yeux de la vérité des faits dont on accusait les sorcières, il promit sa grâce à Tune d'elles, si elle voulait exercer, en sa présence, ses œuvres magiques. Elle accepta la proposition et demanda seulement qu'on lui rendît sa boîte d'onguent qu'on lui avait ôtée . Elle monta sur une tour avec le commissaire et beaucoup d'autres personnes ; puis, s'étant mise à une fenêtre, elle se frotta avec son onguent la paume de la main, les reins, les articulations du coude, la partie inférieure du bras, les épaules et le côté gauche. Puis elle cria d'une voix forte : « Es-tu là ? » Et tous les assistants entendirent dans l'air une voix qui répondit : « Oui, j'y suis ». La magicienne se mit alors à descendre de la tour, en se servant de ses pieds et de ses mains comme un écureuil. Lorsqu'elle fut arrivée à peu près au milieu de la tour, elle prit son vol, et les assistants la suivirent des yeux jusqu'à ce que l'horizon l'eût soustraite à leurs regards. Tous étaient dans la stupéfaction, et le commissaire
lit annoncer publiquement que celui qui livrerait de nouveau cette l'einme aiu^ait, pour récompense, une somme d'argent considérable. Elle fut ramenée au bout de deux jours par des bergers qui l'avaient trouvée. Le commissaire lui demanda pourquoi elle n'avait pas volé plus loin, afin d'échapper à ceux qui la cherchaient. Elle répondit que son maître n'avait voulu l'emporter qu'à trois lieues de chemin et l'avait laissée dans un champ où les berfjers l'avaient trouvée.
Calmeil {de la Folie^ t. pr, p. 244) raconte l'aventure du docteur Torralba, savant renommé qui, en 1019, prétendit être venu d'Espagne à Rome à travers l'atmosphère, à cheval sur un bâton, et qui, en iSaS, annonça aux habitants de Valladolid le sac de Rome, le lendemain du jour où il avait eu lieu, disant qu'il venait d'y assister du haut des airs.
Un respectable missionnaire de la fin du dernier siècle nommé Delacour, dans une lettre adressée à M. Vinslow, rapporte un fait dont il a été témoin oculaire et que Calmeil cite également dans son traité de la Folie (t. II, p. I\i']). Il s'agit d'un jeune indigène âgé de dix-huit à dix-neuf ans qu'on croyait possédé du démon et qu'on lui avait amené pour le guérir.
Je m'avisai, dans un exorcisme, raconte-t-il, de commander au démon de le transporter au plancher
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de l'église les pieds les premiers et la tête en bas. Aussitôt son corps devint raide comme s'il eût été impotent de tous les membres, il fut traîné du milieu de l'église à une colonne et là, les pieds joints, le dos collé à la colonne, sans s'aider de ses mains, il fut transporté en un clin d'œilau plancher comme un poids qui serait attiré d'en hautavec vitesse, sans qu'il parût qu'il agît. Suspendu au plancher, la tête en bas, je fis avouer au démon, comme je me l'étais proposé, la fausseté de la religion païenne... Je le tins plus d'une demi-heure en l'air, et, n'ayant pas eu assez de constance pour l'y tenir plus longtemps, tant j'étais effrayé de ce que je voyais, je lui ordonnai de le rendre à mes pieds sans lui faire de mal... 11 me le rejeta sur le champ, comme un paquet de linge sale, sans l'incommoder.
Un autre missionnaire nous dit (i) : « Je vis un Indien que j'allai baptiser, transporté tout à coup du chemin qui le conduisait à l'église dans un autre. » Ce prêtre, qui habitait près de Canton, ajoute « que ces faits n'étaient pas rares dans les pays idolâtres et qu'il n'était pas le seul à les avoir observés ».
On lit dans les Mémoires de Fléchier sur les grands jours de Clermont (p. 69), l'anecdote suivante : « Lorsque nous fûmes arrivés, nous trouvâmes au logis M. l'intendant qui revenait d'Aurillac, et qui avait eu bien de la peine à se
(1) Lettres édif., t. VII, p. 'Mi.
tirer des neiges. — Il avait fait arrêter un prési- <ient de l'élection de Brioude qu'on accusait de plusieurs crimes et plus particulièrement de magie. Un de ses valets déposait qu'il lui avait donné des caractères qui le faisaient quelquefois éle\,yer de terre lorsqu'il allait à l'église, à la vue de tout le monde. »
Un savant bénédictin, D. La Taste, qui fut témoin oculaire des prodiges opérés par les convulsionnaires de Saint-Médard, dit, en parlant de M'"- Thévenet :
Elle s'élevait de temps en temps à sept ou huit pieds dç hauteur et jusqu'au plancher ; et, en s'élevant, elle emportait à trois pieds de terre deux personnes qui pesaient sur elle de toutes leurs forces. Les physiciens ne verront-ils ici que la nature?
Evénement plus prodigieux en un sens, événement horrible ! Pendant que M""^ Thévenet s'élève, la tête en haut, ses jupes et sa chemise se replient comme d'elles-mêmes sur sa tête. La nature a-t-elle jamais opéré de tels effets, ou peut-elle en opérer? (i)
J'ai connu, il y a quelques années, dans l'Ardèche, une stigmatisée, désignée ordinairement sous le nom de la Sainte de Coux. Elle était sujette à de fréquents ravissements, au sujet
(1) Lettres théologiques, Avignon, i739, t, II, p. 1310.