‹ Le message de la théosophie; recueil de pensées secourables appropriées à l'heure actuelleChapitre 6 sur 16 · LE THÉOSOPHE · texte numérisé non relu

LE THÉOSOPHE

Le Théosophe pratique fera bien de suivre le conseil donné par les grands Maîtres, et qui a été imprimé il y a bien des années, à savoir, de répandre, d'expliquer et de démontrer les lois du Karma et de la Réincarnation, afin qu'elles pénètrent les vies des masses du peuple. On peut remettre à plus tard l'occultisme technique et tous les appâts de la lumière astrale. Il faut toucher les esprits des hommes, et on ne peut le faire qu'en leur enseignant ces deux grandes lois qui expliquent, non seulement bien des choses, mais possèdent en outre un grand pouvoir inhérent, dû à leur vérité et à leur rapport intime avec l'homme, de commander l'attention.

LA SOCIETE THEOSOPHIQUE

La Fraternité, et non seulement l'étude des lois secrètes de la nature, est le véritable objet

que la Société Théosophique se propose. Il n'y a pas de plus haute philanthropie que la Fraternité, envisagée comme but, surtout lorsqu'elle s'unit à la science.

Nulle aide ne sera donnée à la science à moins qu'elle n'étudie l'homme et la vie du côté moral et spirituel. C'est pourquoi Ceux qui savent tout sur le monde psychique, ses habitants et ses lois, tentent d'opérer une réforme en morale et en philosophie avant de donner tant soit peu d'attention aux phénomènes étranges et séduisantes possibles par les pouvoirs intérieurs de l'homme.

ENSEIGNEMENTS THEOSOPHIQUES

Il n'y a jamais eu d'époque où l'homme n'existait pas. Si ce n'était pas sur ce globe, c'était sur quelque autre. Il a existé et existera

toujours quelque part dans le cosmos, se perfectionnant sans cesse, se rapprochant à jamais de l'image de l'homme Céleste: son existence est un devenir perpétuel.

Nous sommes ces personnes mêmes, bien qu'habitant d'autres corps, qui ont vécu, qui ont aimé, et qui sont mortes, il y a si longtemps, sur cette planète-ci — dans les diverses civilisations qui ont disparu de la terre, ne laissant d'autres vestiges que ceux qui se trouvent dans notre constitution intérieure. C'est à ces époques reculées que nous avons commencé à engendrer du Karma, et depuis lors nous en subissons les effets.

Ce que nous avons fait ne nous affecte que dans notre vie mortelle comme partie des illusions de notre existence terrestre. Mais les motifs selon lesquels nous vivons nos vies con-

tribuent à former notre vie plus large, cet être plus grand, notre vrai moi. Il nous faut accomplir des actions, car aucun mortel ne peut vivre sans en accomplir; elles nous ramènent à la terre dans maintes incarnations pénibles, qui aboutiront peut-être à notre faillite définitive, à moins que nous n'apprenions la leçon qu'il faut faire toute action selon le droit motif et dans le but vrai.

L'homme est un penseur, et c'est par ses pensées qu'il engendre les causes de ses peines et de ses félicités, car de ses pensées procèdent ses actes. Il est le centre d'où provient toute perturbation de l'harmonie universelle, et il faut que la perturbation fasse retour sur lui, afin de rétablir l'équilibre, car la Nature travaille sans cesse vers l'harmonie. L'homme produit continuellement des séries de pensées qui remontent à un passé lointain, engendrant sans cesse l'action et la reaction. Il est donc responsable de toutes ses pensées et de tous ses

actes; de fait, sa responsabilité est évidente et complète à tous les égards; cette loi dérive en essence de son propre esprit, qui fournit éternellement la compensation de tout perturbation et l'ajustement de tous les effets qui en résultent. C'est la loi du Karma ou de la justice, appelée parfois la loi éthique de la causation.

Le désir égoïste de se soustraire aux épreuves et à la discipline de la vie ne suffit pas à contrecarrer les lois de la nature. Il faut que l'âme renaisse à maintes reprises jusqu'à ce qu'elle cesse de mettre en jeu les causes de la renaissance, jusqu'à ce qu'elle ait développé le caractère en son entier, en réalisant toutes les variétés de la nature humaine. Il lui faut renaître à maintes reprises afin de passer par toutes les expériences possibles, et de faire sien tout ce que l'on peut acquérir de la vérité.

L'homme, en tant que penseur, et composé d'âme, d'intelligence et d'esprit, habite corps après corps dans vie après vie sur cette terre, théâtre de son évolution, où il lui faut, selon les lois de son être, achever son évolution, une fois que celle-ci a commencé. Dans une vie quelconque ses semblables ne le connaissent que comme une personnalité passagère, mais dans tout le parcours de l'éternité il est un seul et même individu, conscient en lui-même de son identité et ne dépendant ni d'un nom, ni d'une force, ni d'un ressouvenir.

En ce qui nous concerne on peut considérer Y esprit, ainsi que saint Paul le conçoit, comme identique au sanscrit âtmâ. L'esprit est universel, indivisible, commun à tous. En d'autres termes, il n'y a pas une multitude d'esprits, un pour chaque individu, mais un seul esprit qui éclaire également tous les hommes, disposant d'autant d'âmes — approximativement — qu'il y à d'êtres au monde. L'esprit trouve en

Thomme un instrument plus complet, ou assemblage d'outils, au moyen duquel il peut agir. Cette identité spirituelle est le fond même de notre philosophie.

Celui qui est enchaîné par les affaires de cette vie, qui a soif de l'amour de ses semblables et qui redoute leur haine, qui tient encore aux richesses et aux honneurs, à la vie physique et à une existence séparée, fera mieux de ne pas s'aventurer dans cette autre région de l'illusion, le monde astral. La perception astrale en soi n'est pas à désirer; elle devrait venir dans le cours normal de notre développement. Il n'y a rien à gagner à se détourner d'un ensemble d'illusions pour en poursuivre un autre; aussi entre toutes les espèces de recherches celle de phénomènes est le plus à désaprouver. La connaissance ne vient qu'à ceux qui s'efforcent à réaliser l'unité. Celui qui en commençant sur le plan le plus bas de la vie par le renoncement de soi et par le dé-

vouement aux intérêts d'autrui, réalise cette vérité sur chaque plan successif, atteint au Nirvana. Celui qui cherche la connaissance avec tout autre motif, n'importe lequel, que le désir désintéressé de faire du bien à tous les êtres vivants va à la dérive sur l'océan de renaissances sans pilote et sans étoile.

Nous nous trouvons déjà au commencement imprécis d'une ère nouvelle, l'ère de l'Occultisme Occidental, où seront traitées et exposées d'une manière spéciale et définitive des théories que l'on n'a jusqu'ici envisagées que de façon générale. Nous devons faire ce que le Bouddha recommandait à ses disciples: prêcher, promulguer, expliquer, démontrer, faire voir en détails toutes les grandes choses que nous avons apprises. Voilà notre tâche; elle n'est pas d'étonner le monde en traitant de la clairvoyance ou d'autres merveilles du plan astral, ni d'aveugler les hommes de science en énonçant des découvertes impossibles à eux mais très faciles à l'occultiste. Le plan ébauché par

les Maîtres [ces Grands Assistants de l'humanité], n'a pas été changé. Ils nous l'ont communiqué il y a longtemps. Ce plan consiste a rendre meilleur le monde en général, à préparer un terrain favorable à l'éclosion des pouvoirs de l'âme, pouvoirs qui seraient dangereux s'ils se développaient dans les présentes conditions égoïstes. Ce n'est pas la Loge Noire qui essaie d'empêcher le développement psychique, c'est la Loge Blanche. La Loge Noire serait fort heureuse de voir tous les pouvoirs psychiques en pleine floraison dès maintenant; parce que, vu la mesquinerie, l'hypocrisie et l'égoïsme de tant de gens aujourd'hui, dont le seul désir est d'amasser de l'argent, ces pouvoirs perdraient bientôt la race. Il se peut que cette idée paraisse étrange; mais à ceux qui croiront mes paroles sans appui, je dis: Ce sont là les paroles mêmes des Maîtres.

La Fraternité n'est ni sentiment, ni émotion, ni même ce qui s'appelle amour. Pratiquer la

fraternité c'est nous mettre mentalement à la place même d'un autre et, en nous rendant parfaitement compte de ses peines, lui montrer cette vraie compassion que nous espérerions recevoir, si nous étions dans une condition semblable à la sienne.

Use avec soin de ces messagers vivants, qu'on appelle "Paroles."

Nul pouvoir, soit humain soit divin, ne peut nous sauver des conséquences des actes accomplis. Chaque homme est son propre Créateur, se créant sa vie future par sa vie présente.

Garde pur ton motif, forte ta volonté de t'élever plus haut et tu avanceras continuellement. Et si tu n'as pas conscience de pro-

gresser, c'est que tu n'es pas le Tout-Puissant, que tu peux tout savoir. Ta tâche est de chercher et de lutter, d'examiner et de travailler, d'apprendre à te connaître toi-même; il ne faut pas te soucier des résultats, ils viendront d'eux-mêmes.

La "culture de soi" est en réalité une telle culture ou pratique qu'il nous faut suivre pour nous mettre en état de refléter la sagesse d'en haut et pour accomplir les injonctions du Moi intérieur qui est tout sage et tout bon.

L'effort suprême doit être d'ouvrir le moi extérieur afin que le Moi Supérieur puisse le traverser de ses rayons; car je sais qu'au fond de mon cœur le Dieu se tient patient, que ses rayons purs ne me sont voilés que par les nombreuses luttes et illusions extérieures dont je suis moi-même la cause.

Comment est-il possible que quelques heures par semaine consacrées à la méditation et à Faction théosophique puissent neutraliser — même dans les cellules grossières matérielles — l'effet produit par presque une semaine entière passée dans l'indifférence, dans les frivolités, ou dans Tégoïsme? Cette masse de pensée, de qualité pauvre ou mauvaise, est comme une marée irrésistible qui emporte incontinent toutes nos bonnes résolutions.

Voilà l'explication du manque de succès de tant d'étudiants dévoués. Ils ont attendu une heure particulière ou un jour particulier pour éprouver leur force, et quand l'heure est venue, ils n'en ont pas eue. Si c'est la colère qu'ils avaient résolu de vaincre, au lieu de s'efforcer de la vaincre à la première occasion qui s'offrirait, ils ne l'ont pas saisie, espérant échapper à l'épreuve; ou bien, ils n'ont pas voulu subir les petites épreuves qu'apporte chaque heure: épreuves qui, s'ils les avaient subies avec succès, les auraient rendus si forts que nul temps d'épreuve, quelque grand qu'il fût, n'aurait pu les faire succomber.

Il y a deux genres de méditation: la méditation pratiquée à heure fixe, ou quand l'occasion se présente; et la méditation qui persiste la vie durant. Cette dernière consiste dans un seul fil d'intention, d'application et de désir, et persiste d'un bout à l'autre des années qui s'étendent du berceau à la tombe. Ce fil mystérieux et subtil qui occupe la vie entière est ce à quoi s'adonnent à toute heure le philosophe, le mystique, le saint, le criminel, l'artiste, l'artisan, le marchand. C'est ce à quoi le cœur s'attache, et une telle méditation ne s'affaiblit que rarement. Celui qui médite de cette façon, s'adonnant peut-être de tout cœur à la poursuite de l'argent, du renom, ou du pouvoir, s'en détourne parfois, regarde en haut et soupire après une vie meilleure; mais cela ne dure que peu de temps; l'éclat d'un dollar ou d'un écu le rappelle à ce que l'on se plaît à appeler son bon sens, et la méditation se reprend.

La volonté agit conformément au désir, ou, comme les penseurs de l'antiquité avaient cou-

tume de l'exprimer: "Derrière la volonté se tient le désir."

Il existe une grande roue qui tourne à jamais, et nul homme ne peut l'arrêter. Imaginer que nous puissions échapper à une cause quelconque ayant rapport à nous, c'est supposer que la loi et Tordre abandonnent l'univers manifesté. Cela n'est point possible. Il nous faut tout réaliser, jusqu'au dernier item. Dès l'instant que nous évoluons une pensée, c'est-à-dire une cause, elle doit continuer à produire ses effets, emportée, comme elle l'est, par le grand courant évolutif pour reparaître à maintes et maintes reprises. Supposer que nous puissions arrêter ce flux et ce reflux est chimérique à l'extrême. Voilà pourquoi les grands sages ont toujours dit qu'il faut laisser les effets karmiques suivre leur cours, tandis que nous, nous mettons en jeu des causes nouvelles et meilleures.

Le pouvoir de savoir ne nous vient ni de l'étude des livres ni de la simple philosophie, mais principalement de la véritable pratique de l'altruisme en acte, en parole et en pensée; car une telle pratique purifie les enveloppes de Tâme et permet à la lumière d'illuminer d'en haut l'intelligence qui dépend du cerveau.

Retiens bien ceci: qu'au fur et à mesure que tu vis ta vie chaque jour avec un but élevé et un désir désintéressé, tout et chaque événement portera pour toi une signification profonde — et pour autant que tu en apprends la portée, tu te prépares à l'accomplissement d'un travail plus élevé.

Le vrai chemin est évident et facile à trouver; il est si facile à trouver, en effet, que grand nombre de soi-disant étudiants passent à côté de sa découverte, du fait de ne pouvoir croire qu'elle soit si simple.

Toute impulsion d'en haut, toute inspiration qui nous vient de la Divinité au dedans de nous, devraient trouver de notre part un bon accueil et une réponse immédiate. S'il nous vient à la conscience inférieure le souhait de mener une vie nouvelle et meilleure, n'attendons pas le jour de l'An pour la commencer: commençons dès à présent. Comment peut-on s'attendre à recevoir des dons ou des pouvoirs spirituels, si l'on persiste à en ignorer les conditions spirituelles, à violer les lois spirituelles?

C'est la lumière qui éclaire tous les hommes en venant au monde — la lumière du vrai Moi, qui est le véritable Maître unique de tout être humain. Tous les autres Maîtres ne sont que les serviteurs de Celui-ci qui est le vrai.

Amis, la lutte qui nous rapproche de l'Éternel n'est pas le haut fait, ni même des centaines

de hauts faits. C'est l'oubli calme et ininterrompu du moi inférieur pour toujours. Cultivez-le, dès maintenant sur ce plan-ci. Vous avez au dedans de vous le guide même que possèdent les Grands Assistants de l'humanité. C'est en lui obéissant qu'ils sont devenus ce qu'ils sont.

Puisque les grands Adeptes vivent dans le plan de notre nature intérieure, il se peut qu'ils nous aident tous, et que nous, en tant qu'hommes chez qui domine l'intelligence dépendant du cerveau physique, n'en ayons pas conscience dans ce plan-ci.

L'absence de tout regard pour soi, le désintéressement, l'altruisme, l'amour pur de la lumière en soi, non pour les avantages qu'elle peut nous apporter — voilà les choses qui conduisent le postulant face à face avec le "Guerrier."

Page 1