I. INTRODUCTION
épique et épiéo^dramatique de ces anciens chants; elle ne présentait aucun inconvénient pour Tintelligence complète de ces poéines. Mais cette manière lyrique de raconter, transportée^ du récit des faits actuels et épiques, au récit de faits traditionnels, et surtout de traditions mythologiques, dont Tauditeur ne pouvait pas avoir été témoin, et dont il ne connaissait ni les circonstances ni les détails, aurait eu pour résultat de rendre le récit incohérent, non motivé, et obscur. Aussi, pour remédier à cet inconvénient, le poëte, en chantant, en vers épico-lyriques, des faits mythologiques y devait41 ajouter à son chant quelques explications en prose, concernant la situation, les allusions, les moti&, et les transitions trop légèrement indiqués dans son poëme. Les chants mythologiques, déjà dans cette j!>^emièr6 période, étaient donc accompagnés de quelques paroles àUntroductùm et d'explication, ajoutées en prose par le poëte, toutes les fois qu41 le jugeait nécessaire. Toutefois le chant ou le poëme était la chose principale; et l'explication en prose était seulement une partie accessoire. Plus tard, Finverse eut lieu dans les sagas f le récit en prose devint la chose principale; et les vers n'étaient cités, de temps à autre, que pour servir de preuve, de témoignage, au récit principal, et à certains détails de la narration , faite généralement en prose.
4) Les poëtes lyrico-épiques, de cette première période, n'attachaient pas leur nom à leurs poëmes. C'est que le/onc2 de leur poésie n'appartenait pas & Tinven-
i80 LES DITS DE GRIMNIR.
tion individuelle y mais à la tradition mythologique; et \b, forme poétique, pour la plupart, n'appartenait pas non plus en propre à Tauteur^mais elle était calquée sur les expressions et formules du langage épique, lesquelles étaient également empruntées à la tradition. Le travail personnel du poëte n'entrait donc que pour une faible part dans la composition de. son poëme; et, par conséquent, cet auteur n'avait 'pas à attacher 6on nom à une œuvre qui, à tout prendre, lui était si peu personnelle. D'ailleurs, la forme littéraire primitive de ces poëmes n'était pas encore fixée par l'écriture : elle se transmettait de bouche en bouche par la tradition orale; elle fut donc modifiée, avec plus ou moins de liberté et de talent, par les rhapsodes, qui récitaient ou chantaient, dans le cours des siècles, ces poëmes devenus traditionnels. Or, comme le travail poétique, sans cesse renouvelé et remanié, était presque tout aussi personnel et individuel dans le dernier chanteur que dans le premier poëte, la tradition ne pouvait pas revendiquer pour un seul auteur, pour l'auteur primitif, comme lui appartenant en propre, ce qui était, en quelque sorte, l'œuvre élaborée par toute une série de poëtes; et elle n'avait pas, non plus, aucun intérêt littéraire à connaître et à transmettre, avec le poëme, le nom de celui qu'on croyait avoir été le premier auteur du récit mythologique.
5) De même que les poëmes mythologiques, de cette période , ne portaient pas de nom à^auteur^ ils ne por-