‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 27 sur 166 · Origine du mythe des fiançailles de Freyr · texte numérisé non relu

Origine du mythe des fiançailles de Freyr

et de Gerdur.

Dans l'origine les mythes n'étaient pas des ficbicnsy imaginées comme telles, mais l'expression sérieuse du jugement, que, d'après la conception dont on était capable, on portait sur les choses et phénomènes du monde physique ou moral; ils exprimaient, par censéquent, d'abord, non la poésie ^ mais le degré plus ou moins élevé de ce qu'on peut appeler la science, la philosophie, la croyance de ces temps primitifs. A toutes les époques de l'humanité, la science, ou la croyance (ce qu'on croit savoir) est déterminée par le mode de conception, qui domine dans l'esprit des hommes. Chez les peuples primitife, le mode de conception, par Timagination synthétique et concrète, a prédominé sur le mode de conception, par la raison analytique et abstraite, comme le prouve, entre autres, la formation des termes dans les langues primitives. En effet, ces termes prouvent tous que l'on a conçu,

par rimagination et non par la raison, les objets qu'ils désignaient Car ces termes n'exprimaient pas des objets séparés ou abstraits de leurs attributions, ni des attributions séparées ou abstraites de leur objet, mais ils désignaient d'une manière concrète, ou Tun par Tautre, à la fois, \ objet tombant sous le sens, et Y attribution de l'objet tombant également sous le sens; de sorte que l'objet était conçu comme identique avec son attribution, et Tattribution , comme identique avec son objet. Ainsi, par exemple, le terme de svar (voy. p. 8) par lequel, dans certaines langues primitives, on désignait le soleil, prouve, par sa signification cona^ète de le rond, qu'en concevant le soleil, on ne séparait pas cet objet de sa qualité d'être rond, ni la qualité d'être rond de son objet principal ou du soleil, dont la nature, par excellence, à ce qu'on croyait, était d'être rond. Etant d'abord conçu, par l'imagination , comme un être identique avec sa qualité, avant d'être envisagé, ainsi que cela s'est fait plus tard, par la raison analytique, comme un objet ayant telle ou telle qualité abstraite, le soleil dut passer, dans l'origine, pour un être vivant y ou un animal (voy. p. 9), considéré comme ayant une volonté, et comme doué d'une puissance sttrJmmaine, et ayant, par conséquent, la nature essentielle d'un dieu, selon l'idée de ces temps. C'est ainsi que, par l'imagination concrète des hommes de cette époque primitive, plusieurs objets de la nature ont été conçus ou considérés comme des divinités, La conception, par l'imagination synthétique et

h INTRODUCTION. H

concrète, étant antérieure à la conception par la raison analytique et abstraite, lés plus anciennes divinités, dans les mythologies, ne doivent pas leur origine à certains objets de la nature qui auraient été, d'abord, considérés comme objets ou choses, et, ensuite, divinisés, personnifiés, et apothéoses; mais elles ont été, dès Vorigtne, considérées comme des êtres vivants et divins, jusqu'à ce que, dans la suite, par l'analyse de la raison, elles ont été dépouillées de leur caractère divin, et considérées comme de simples objets de la nature.

De même que certains objets de la nature, que la raison a plus tard considérés comme tels, ont été conçus, dans Torigine, comme des êtres vivants, volontaires, et divins, de même, encore plus tard, lorsque la raison se faisait déjà valoir à côté de l'imagination , ce que nous appelons les rapports que des objets ont entre eux, ou les influences que les forces naturelles exercent les unes sur les autres, furent également considérées, non pas comme des phénomènes, mais comme des €u:ttons volontaires d'êtres divins.

Ainsi, par exemple, voyant qu'à l'approche de l'hiver, la chaleur est détruite par la froidure, les hommes , chez lesquels prédominait encore la eonception par l'intuition des sens, concevaient ce phénomène naturel , ou ce rapport réciproque entre le chaud et le froid, comme une action volontaire, une lutte entre deux divinités suivie de la victoire remportée par l'auteur du froid ou le dieu de l'hiver, sur l'auteur de

la chaleur ou le dieu de Tété. Voyant, ensuite, qu'à rapproche du printemps, Timpétuosité des vents de rhiver est assoupie par l'approche de la chaleur ou par la saison d'été, on conçut également ce phénomène naturel comme la mise à mort de Tiotne Beli (voy. p. 37), le dieu des vents de l'hiver, par Preyr le dieu des vents d'été. Voyant, de plus, qu'au printemps, la mer hivernale devenait accessible^ par suite de la chaleur croissante de la saison d'été qui s'approchait, on considéra ce phénomène comme un rcfpprochement voulu, une alliance projetée, ou un mariage, contracté entre Gerdur la mer hivernale devenue accessible, et Freyr le dieu qui préside, en été, à la navigation favorable sur mer.

C'est ainsi que se sont formées naturellement, dans l'imagination des hommes, ces nombreuses conceptions appelées myihesy par lesquelles les forces et phénomènes physiques furent considérés comme les avions volontaires d'êtres mythologiques, qui étaient censés présider à ces forces et phénomènes de la nature. Ces premières conceptions mythologiques étant données, une foule d'autres conceptions se rattachèrent à ces personnages divins ou surhumains, imaginés, chaque fois, d'après l'idéal de l'époque, et par analogie avec la vie sociale et les mœurs du temps.

Dans l'origine, les hommes ne concevaient que les phénomènes les plus généraux, les plus frappants, les plus simples ou les moins complexes de la Nature. Aussi les mythes primitifs, qui renfermaient ces con-

ceptions, énoncèrent-ils, d*abord, uniquement des faits ou des actions d'une grande simplicité, que la tradition transmettait également, d'une génération à l'autre, fious la forme la plus sommaire, la plus simple, la moins développée, la moins ornée, la moins explicite, en un mot, la moinB épique possible. Ainsi, par exemple, pour dire que le printemps prend le dessus sur l'hiver en déclin, le mythe énonça simplement que Freyr a tué Beli. Mais peu à peu le récit, d'abord simple, de ces actions mythologiques, devint, en se développant , plus explicite, plus circonstancié, mieux motivé, en un mot, plus narratif ou plus épique.

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