La Poésie mythologique et épique
Comme, chez les peuples primitifs, tels que les anciennes tribus de souche scythique, on n'attachait pas encore à la poésie un intérêt artistique , et qu'on n'en faisait cas qu'à cause des sujets religieux et nationaux qu'elle traitait, les plus anciens genres de poésie étaient, d'abord, la poésie mythologique, célébrant les actiona des dieux, représentées mimiquement dans les fêtes du culte, et, ensuite, la poésie jft^emèr^^ célébrant les actiona traditionnelles, ou les hauts faits actuels des héros nationaux. Entre la poésie mythologique et la poésie guerrière vint se placer le chant de guerre, destiné à inspirer le courage aux guerriers, en leur rappelant quelque action héroïque d'un de leurs dieux. Ces chants de guerre consistaient, dans l'ori^ne, en une ou deux phrases exclamatoires, en une espèce de cris de guerre, poussés en cadence, ou déclamés en chœur par les guerriers allant au combat.
Un tel chant de guerre était, chez les Germains, encore du temps de Tacite {Oerm,^ 3), le harditue (chant du bouclier), ainsi appelé parce qu'on le chantait avant le
combat, en tenant le bouclier (norr. hardi) devant la bouche.
Au chant de guerre se rattacha ensuite le chant guerrier y qui portait le nom de chant (goth. sangus; norr. lioth) par excellence, parce qu'il chantait, sous forme lyrico-épique, surtout aux festins des grands, les exploits des héros et des guerriers. Il ne nous reste plus de chant guerrier de cette époque ancienne ; mais nous pouvons nous faire une idée de ce qu'il était, chez les peuples germaniques, d'après les chants guerriers des légionnaires romains composés de mercenaires appartenant à ces nations barbares. Comme exemple on peut citer les deux chants guerriers rapportés par F. Vopiscus dans la Vie de Vemperewr Awrélieny et qui furent composés, par quelque guerrier mercenaire, sur le massacre fait par cet empereur, dans son expédition contre les Sarmates et les Francs. Voici ces deux chants :
Mille, mille, mille, decoUavimuB I Unus homo mille decollavimus!
Bfille viyat qui mille occidit!
Tantum yini nemo habet Quantum fudit sangaînis !
Nous en avons décollé mille! mille! mille!
Nous avons, chacun de nous, décollé mille!
Vive mille fois qui a occis un millier!
De vin nul ne pourra jamais en avoir Autant qu'il a répandu de sang!