‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 71 sur 166 · V. COMMENTAIRE DU POËME · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE DU POËME

que son jeune serviteur ose Tinterroger sur la cause de ses soufirances morales. Aussi se borne-t-il d'abord à répondre que, depuis quelque temps, le Rutilant y ou VOr des AlfeSj c'est-à-dire le soleil, l'astre qu'il aime tant, comme ancien dieu du soleil, se lève bien chaque jour, et brille de son éclat toute la journée, mais qu'il ne luit pas, comme autrefois, pour son agrément (cf. Chants de Soi, p. 59). Skimir réplique qu'il y a certes de grands chagrins qu'on n'aime pas d'abord communiquer, mais que seâ souffirances ne sauraient être telles qu'il ne doive s'en ouvrir à son fidèle serviteur ; car lui et son maître ont été unis dès leur enfance, ou, comme il est dit dans le style épique, dès l'aurore des âges, c'est-à-dire dès les premiers temps de la création. Freyr, touché par les souvenirs que lui rappelle Skimir, ouvre à celui-ci son cœur, et lui déclare qu'il est tombé amoureux de Gerdur, la fille de Gymir. Il a été ébloui et comme fasciné, surtout par les bras de cette fille , qui étaient tellement brillants qu'ils répandaient au loin leur éclat dans lair et sur la mer. Dans le langage poétique du Nord, comme dans celui de beaucoup de peuples anciens, la blancheur ou la splendeur est synonyme de beauté (voy. La Fascination , etc., p. 259). Aussi les bras blancs de Gerdur n'ont-ils pas ici une signification symbolique, comme s'ils désignaient les rayons blancs d'une constellation du ciel arctique, ou les rayons de l'aurore boréale. Le poëte veut seulement parler de la beauU éclatante de cette

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fille; et s'il rappelle la blancheur ou la beauté des bras de Gerdur, de préférence à la beauté de sa figure ou de sa taille, cela tient, d'abord, à ce que la blancheur des bras, comme chez nous la blancheur de la main, passait pour un signe extérieur d'une haute naissance et position (cf. Rigsmâly 25), et, ensuite, à ce que, par une association d'idées assez fréquente dans la poésie du Nord, l'amoureux aimait rappeler de préférence les beaux bras de la femme dans lesquels, dans sa pensée, elle le serrait amoureusement. C'est ainsi, par exemple, que, d'après une association d'idées analogue, il est dit dans les Sarccismes de Loki (voy. Po'émes islandais, p. 327):

Tais-toi, Idunn, — je te déclare de toutes les femmes

La plus lascive , Depuis que tu as serré , dans tes bras par trop lavés,

Le meurtrier de ton frère.

b) Usages mai/rimoniaux dans le Nord. — Freyr se sent malheureux dans son amour pour Gerdur, parce qu'il croit qu'il y a un empêchement dirimant à ce qu'il arrive à posséder cette fille. Cet empêchement vient , dans sa pensée, principalement du côté des Ases et des Alfes. Les Ases, comme protecteurs du monde, et les Alfes, comme génies de la lumière, sont les ennemisnés des lotnes et des Thurses-gîvreux , qui sont les représentants des forces gigantesques et des phénomènes de la nature arctique, considérés comme destructifs

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