V. COMMENTAIRE DU POÈME
pour la vie et la lumière du monde. Entre les uns et les autres il ne saurait donc y avoir union matrimoniale. Comme, d'après les idées des peuples germaniques ainsi que d'autres peuplades de l'antiquité, l'épouse est censée, par le mariage, sortir de la famille de son père, pour entrer dans celle de son beau- père, il faut, pour qu'il y ait mariage, que la famille de l'époux consente à adopter cette fiancée. A l'époque où le mythe du mariage deFreyr avec Gerdur a été conçu, le consentement à l'accomplissement du mariage devait, dans les pays du Nord, être donné par la famille du fiancé, principalement par le représentant de cette famille, le père de l'époux. Preyr suppose que son père Niôrdr, et que les Ases et les Alfes ne voudront pas recevoir, dans leur famille divine, la fille de Viotne Gymir. Skîrnîr, de son côté, ne s'arrête pas à ces difficultés, qui semblent s'opposer au maxiage de son maître. Sans même en référer d'abord ni à Nidrdr et à Skadi, ni aux Ases et aux Alfes, il offre, tout de suite, à son maître de faire les démarches nécessaires, pour mettre immédiatement Gerdur en sa possession. A l'époque où, dans les pays du Nord, les usages matrimoniaux étaient déjà mieux réglés, le prétendant, accompagné d'une suite de parents, plus ou moins nombreuse selon sa position sociale, se rendait auprès du père ou du tuteur de la femme qu'il voulait épouser. Un de ses amis se chargeait de faire, en son nom, la proposition du mariage (bidia konuj demander la femme), et
quand le consentement était donné , on commença les négociations ou la discussion des conditions de Falliance. Quand on fut tombé d'accord, on fixa le jour de la cérémonie des fiançailles. Dans les temps antérieurs à Tépoque patriarchale où s'est formé primitivement le mythe du mariage de Freyr^ les formalités étaient moins nombreuses et plus simples. Il suffisait, pour l'union matrimoniale, du consentement de l'homme et de la femme. C'est ce qu'on appelait, dans l'Inde brahmanique, le mariage du mode gandharve (mode des Centai^esj considérés comme hommes-animaux*). C'est d'un mode de mariage semblable qu'il s'agit ici. Aussi Skirnir, sans songer à rendre d'abord compte à Niordur et à Skadi du résultat de sa commission auprès de Freyr, ofl5re-t-il à son maître de se rendre directement auprès de Gerdur^ pour obtenir d'elle son consentement à l'accomplis&ement du mariage.
c) Le Feu-flambant. — Pour aller trouver Gerdur, dans Y Enclos des lotnes, Skirnir avait à passer à travers le Feu-flambant. En eflfet , le séjour des lotnes (lotunheimr) habité par Gerdur était séparé de la terre des hommes (Mannheimr) ou de V Enclos-mitoyen (Mid-
1. Le nom des génies appelés gandh-arhâs est, sans doute, composé de arba (brillant, cheval blanc), qui correspond au norrain alfr, et de gandka (étourdissement, fascination), qui correspond au norrain gandr (maléfice, magie), de sorte que gandharvas correspond, quant à la forme, au norrain gcmà^alfr, et, peut-être, au grec kmt-attros.