iy« Scène. Skirnir et le Gardien des Enclos de Gymir
Notre poëte, par cela même qu'il ne rapporte que des dialogues (voy. p. 67), ne raconte pas, dans son poëme, comment Skirnir a exécuté son voyage périlleux; il passe tout de suite au dialogue, que Skirnir a eu avec la première personne, qu'il rencontra dans le Séjour . deslotnes, savoir le gardien du bétail du géant Gymir. Seulement, pour faire comprendre ce brusque changement de scène, le poëte fait précéder le dialogue de Skirnir avec le gardien, de quelques mots en prose, énonçant que le messager de Freyr est effectivement arrivé près des enclos de Gymir, qui sont entourés d'une clôture en palis, à l'entrée de laquelle sont attachés des chiens gardiens féroces. Ces chiens de Gymir étaient ce qu'on appelait àes grisons (grey), c'est-à-dire des chiens-loups ou issus de loups, chiens de garde dont on se Hrvait aussi à la chasse (cf. angl. greyhaunds; ail. greyen). Devant la clôture, sur une butte,
était aesis le gardien des troupeaux de bœufs de Gy* mir. Il surveillait non-seulement les troupeaux, mais aussi les chemins qui conduisaient à la demeure de riotne , afin d'avertir son maître à temps de Tapproche de quelque danger. De semblables gardiens de troupeau et de chemin se rencontrent souvent dans la poésie épîque et mythologique Scandinave. Tel était, par exemple, selon le mythe, Egdivj le gardien de la géante Gygur^ lequel était assis sur une butte, et, pour se tenir éveillé, faisait vibrer sa harpe (voy. Poèmes islandais^ p. 171). Skirnir, ayant aperçu les chiens féroces, qui gardent Tentrée de la clôture, demande au gardien comment il pourra arriver à franchir ce passage dangereux, et à s'entretenir avec la fille de Gymir. Le gardien, qui est principalement chargé de veiller à la sûreté de Geréar^ s'étonne que quelqu'un ose entreprendre de s'approcher de la fille de la maison. Il dit à Skirnir qu'à moins qu'il ne soit une ombre qui passe partout, ou que, dévoué à la mort par le destin, il n'ait plus rien à craindre, il ne pourra jamais arriver à parler à Gerdur. Skirnir cependant, sachant qu'il dispose de moyens magiques^ capables de vaincre tous les obstacles, répond, avec une fierté héroïque, tout en se taisant sur ces moyens tout-puissants, qu'il est prêt à tout oser. Il dit que , quand on veut sacrifier jusqu'à la vie, on a mieux à faire que de se lamenter à la première difficulté qui se présente; que, le sort des héros étant prédestiné et fixé irrévocablement, il mourra
y. COMMENTAIRE DU POËME. 187
bien aujourd'hui , si sa destinée est de mourir ce jour. Là-deasus Skirnir, monté sur Sahot-Sanglantj s'élance par-dessus la clôture de palis, et descend dans Tintérieur de la cour, avec un bruit de tonnerre tel, que Gerdur, la fille courageuse de Fiotne , en est effrayée jusque dans sa chambre, et que le sol et les enclos de Grymir en tremblent et en résonnent. Ce bruit extraordinaire indiquait sans doute originairement l'impétuosité des vents printaniers qui soufflent dans les mers arctiques, et dont Skimir était le symbole (voy. p. 110). Dans le récit épique du poëmé, cette signification symbolique est effacée, et Farrivée bruyante de Skimir désigne ici seulement la puissance magique^ et le caractère surhumain ou divin du cavalier Skimir, et de son cheval SahoirSanglant.