‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 85 sur 166 · V. COMMENTAIRE DÛ POÈME. Ii · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE DÛ POÈME. Ii

de Freyr. Dégouttant serait alors à considérer, ici , seulement comme le symbole du bijou le plus précieux qu'on puisse offrir à une femme. Pour indiquer le caractère précieux de ce bijou, la mythologie rapporte que cet anneau n'a pas seulement une grande valeur en lui-même ^ mais qu'il a aussi la vertu magique de produire sans cesse d'autres valeurs. Il est, en quelque sorte, un capital qui produit d'autres capitaux, par l'accumulation incessante des intérêts qu'il verse : il est comme une espèce de poule merveilleuse, qui pond des œufs d'or; ou comme un écu couvant (ail. Hecke-thaler) magique, qui éclôt ou engendre, sans cesse, d'autres écus. Dégouttant est donc un bijou tellement précieux que, pour peu que Gerdur tienne aux richesses, la tentation de le posséder sera si forte, qu'il semble que cette femme ne pourra pas résister à la promesse, que lui fait Skimir, de lui donner en présent ce qu'il y a de plus riche, de plus beau, et de plus productif au monde. Cependant, Oerdur déclare qu'elle n'a pas besoin de ces grandes richesses , son père étant lui-même très-riche. En effet, les lotnes passent pour être riches en or : car, d'abord, ils sont la race primitive, née au premier âge, qui est Vâge d'oTj dont les Ases, qui sont nés après eux, ont encore joui dans les premiers temps, ou dans leur jeunesse (voy. Po'êmes islandais^ p. 213). Ensuite, les lotnes, ces êtres titaniques du monde primitif, habitent les montagnes et l'océan, qui sont les plus anciennes mines ou sources de richesses. Car, dans les montagnes se

iÔO LE MESSAGE DE SKIRNIR.

trouvent les richesses minérales, lor, l'argent, le cuivre, et le fer; et Tocéan est le grand réceptacle de tout ce qui est précieux; la mer est même la matrice, d'où est sortie la création entière. D'après le mythe hindou, toutes les choses précieuses sont sorties de Vocéan baratlé. Dans la mythologie Scandinave, il est dit que le dieu de TOcéan (Egir^ dont Qymir n'est qu'une spécialisation ou dédoublement (voy. p. 37), est si riche en or que, dans sa demeure, l'or brillant sert en guise de luminaire pour l'éclairer (voy. Poèmes islandais, p. 321). Aussi, dans le langage skaldique, Feu d'CEgir est une expression poétique pour désigner l'or (voy. Fascination de Gulfij p. 143). Gerdur, assez riche des trésors iotniques de son père, refuse donc, une seconde fois, la proposition de Skimir; elle n'est pas plus sensible aux séductions de la richesse promise, qu'à l'amour qu'éprouve pour elle le jeune dieuFreyr.

c) Troisième moyen de persuasion^ mekace de mort. — Les moyens de séduction n'ayant pas réussi, Skimir a recours à l'emploi de moyens d'intimidation, plus efB* caces auprès des femmes que les promesses. Il tire l'épée, que Freyr lui avait prêtée, et menace Gerdur de lui abattre la tête, si elle ne consent pas à vaincre sa répugnance pour Freyr, et à réconcilier, en se donnant , à lui, la race des lotnes avec celle des Ases. Gerdur la forte fille iotnique, à moitié intimidée par cette brusque menace, répond qu'il lui serait dur de souffrir de la violence, dans une circonstance où il s'agit de

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