‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 90 sur 166 · V. COMMENTAIRE DU POÈME · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE DU POÈME

nom s'est abrégé, plus tard, en Swptr et ^itr^ eut pour fils, ou petit-fils, le nommé Sûttrûngr^ dont le nom signifie Issu de Suttr. SûUûngr était père de Gwmldd (Invite-au- Combat), Tamante d' Odinn, devenue par cet Ase la mère de Bragij dieu de la poésie. Il gardait avec sa fille, dans une montagne nommée Ehit-biôrg (Montagne des collisions), le précieux hydromel, qui donnait la sagesse et la prévoyance à la race des lotnes. Pour mettre cette source de sagesse et de poésie en la possession des Asesj Odinn l'enleva par ruse à SÛUUngr, en gagnant, par l'amour, sa gardienne Gunnldd. Sûttûngr étant le représentant de toute la race des hergrisar, FiU de SuMung est ici une expression épique synonyme de Géant des Montagnes. Voilà pourquoi il est dit, ici, que Skimir défendit et interdit à Gerdur le mariage avec un individu quelconque deBjils de 8ûtiûngr.

4^ Puissance matérielle de la parole, — Par suite des idées matérialistes qui régnaient dans l'antiquité et au moyen âge (voy. p. 156), on croyait que des paroles, prononcées dans certaines circonstances avec solennité et énergie, ou sous forme de prières, possédaient une puissance magijue, au point de pouvoir réaliser immédiatement la volonté et l'intention de celui qui les prononçait. De là, aussi, la vertu surnaturelle qu'on attribuait aux paroles soit de bénédiction y soit de malédictian. C'est pourquoi Skimir opère le qiuitrihme maléfice en prononçant une malédiction contre Gerdur. Après lui avoir interdit l'amour et le mariage avec un quel*

conque des hommes des trois familles iotniques, il énonce, avec énergie, la malédiction portant qu'elle devienne la femme, sans amour, d'un monstre horrible du Séjour de Hel, de Hrimgrimnirj aux trois têtes, et qu'elle soit traitée, non comme une épouse, préparant, selon l'usage, à son époux, à sa famille, et à elle-même, l'hydromel délicieux, mais comme une vile serve (norr. thy), à laquelle les domestiques, les garçons de labour et d'étable présenteront, pour boisson, au lieu de lait de chèvre, comme elle en boit maintenant, le breuvage le plus dégoûtant, de l'urine de chèvre. Et il ajoute que sa volonté est qu'elle n'aura pas d'autre breuvage, alors même que, dévorée de soif, elle en désirerait ardemment.

5° Œnguieme maléfice; puissance magique des caracières tracés. — Skirnir^ voyant que ces menaces n'ont pas encore vaincu la résistance de Gerdur, passe au cinquième maléfice. Il la menace de l'effet irrésistible produit par le tracé d'une image entourée de caractères runiques. En effet, comme l'écriture est la parole fixée ou rendue permanente (cf. scripta manent)^ et qu'on attribuait une puissance magique déjà aux paroles prononcées avec énergie, on dut attribuer une puissance beaucoup plus efficace et plus permanente encore à des signes tracés ou écrits, qui, aussi longtemps qu'ils subsistaient, passaient pour produire leur effet magique (cf. quod scriptum, scriptum). Aussi le musulman, par exemple, pour énoncer que le destin est inéluctable,

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