‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 91 sur 166 · V. COMMENTAIRE DU FOËME · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE DU FOËME

dit : il est écrit (ar. katoub). Skimir menace Gerdur, en disant qu'il va graver l'image monstrueuse de Hrimgrimnir aux trois têtes, afin qu'il soit ainsi écrit, ou décidé, par ce tracé, qu'il sera infailliblement son mari, ou qu'il Isi possédera,

«c Là-bas, en deçà des Grilles de Hel. »

Ensuite, pour .que cet horrible mari soit encore plus insupportable à Gerdur, Skimir ajoute qu'il va faire passer, dans chacune des trois têtes du monstre, une des trois passions : la Violence, la Fnreur, et Y Impatience, qui rendent la vie intolérable. Pour réaliser cette menace d'implanter les trois passions dans les trois têtes, Skirnir s'apprête à faire une opération magique, qui consiste à tracer au-deèsus des têtes, du monstre, les trois caractères runiçues E, Œ, et O, par lesquels commencent les mots Ergi (Violence), Œdi (Fureur), et Othola (Impatience), dont le prononcé, et à plus forte raison le tracé, produisent, comme effet magique, les passions qu'ils désignent. Comme cet effet magique est attaché au signe, ou au caractère tracé, il cesse quand la cause, c'est-à-dire le signe ou les caractères qui le produisent, disparaissent. C'est pourquoi Skirnir, voulant donner à Gerdur le temps de se raviser, dit que, si elle accepte sa proposition, il grattera ou effacera aussitôt les caractères malfaisants; et aussi vite qu'il les aura tracés, il en fera cesser l'effet magique, dès qu'elle lui demandera de le faire.

Ce dernier maléfice, étant le plus terrible et le plus efficace de tous, réussit à vaincre la résistance de Gerdur. Elle faiblit; elle cède; elle fait sa promesse à Skirnir; et, pour confirmer son consentement, elle boita la santé du messager.

£) Gerdur boit à la santé de l'envoyé de Freyr, — Chez les peuples primitifs, entre autres chez les nations de souche scythe , les paroles sacramentelles de promesse, ou les vœux étaient prononcés dans des occasions solennelles, surtout aux fêtes religieuses, afin que les dieux les entendissent, en fussent les témoins, et pussent ainsi les ratifier. Or, toutes les fêtes étaient célébrées par àe& festins j où le boire était la chose principale (voy. Les Oltesj p. 96). Aussi, dans ces solennités ou festins, avait-on Thabitude de prononcer des vœux sur un vase à boire, dont le contenu était consacré à quelque divinité; et, pour ratifier les vœux, on buvait, et Ton donnait à boire aux commensaux, dans ce même vase consacré. De là naquit l'habitude de boire au salut, au bonheur, à la santé d'une personne; c'était ratifier ainsi le vœu qu on formait, verbalement, pour son bonheur et sa santé. Chez les peuples germaniques, goths, anglo-saxons, normands, etc., on buvait à la santé en prononçant ces paroles, en gothique: vas hails (sois heureux), en angles.: vces heil, et, en norrain: ver. heiU. Voilà pourquoi Gerdur, pour marquer qu'elle n'a plus aucune antipathie pour Freyr ^ ni pour son représentant et envoyé Skirnir, présente à celui-ci une coupe

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