V07. La FoicmfUion de Gulfi, p
absolument rien à leur valeur, ni à leur dignité ou sainteté : toutes sont les produits de l'intelligence et du sens moral des fondateurs, ou Texpression de la science et de la conscience des sociétés; des hommes les ont conçues et créées naturellement, successivement, et progressivement, pour y trouver les moyens de satisfaire leurs besoins intellectuels, moraux, et religieux. Les religions diffèrent donc entre elles , non pas tant par leur origine, que par le plus ou moins grand fond de vérité, de justice, et de moralité, qui les constitue et les distingue.
Toutes les religions renferment deux parties distinctes : une partie théorique et une partie pratique.
La partie théorique se compose des imaginations, des conceptions, des notions, et des idées, que les hommes se font, d'abord, sur la nature des puissances surhumaines o\x divinités, qu'ils craignent ou adorent; ensuite, sur les rapports qu'ils supposent exister entre le monde et les divinités qu'ils admettent; et, enfin, sur la destinée éternelle, et les devoirs moraux de l'individu, et de la société.
La partie pratique se compose de tout ce qui constitue le culte, c'est-à-dire de tous les actes que l'homme religieux croit nécessaires ou utiles, pour se rendre favorables les puissances surhumaines qu'il adore ou qu'il craint, et pour se procurer, par leur aide, le bonheur, tant dans cette vie, que dans l'autre qu'il croit succéder à celle-ci.
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La partie théoriqy^ et la partie pratique des religions se déreloppent d'après certaines lois, qui sont déterminées par la logique, la psychologie, et les conditions historiques des différentes époques de Thumanité. Le développement des idées religieuses influe sur celui du culte et de Fadoration, lesquels réagissent, à leur tour, sur celles-là.
Comme, dans l'âme humaine, la conception est, généralement, antérieure à Vttcte volontaire, Vidée théorique religieuse précède aussi l'organisation pratique du culte, La partie théorique se développe incessamment, et ne s'arrête que lorsque toutes les questions , que l'homme religieux est capable de se poser, sont résolues, d'après le degré de développement de son imagination, de son sentiment, et de sa raison, ou de sa science et de sa conscience. Cette théorie religieuse atteint son point culminant, lorsque les conséquences, renfermées dans le principe et la nature de chaque religion , sont toutes tirées, d'après le degré de la science et de la conscience de chaque époque. Dès que cet apogée est atteint, la spéculation religieuse, continuant néanmoins toujours, introduit dans la religion des principes nou- TfeauXj lesquels ne sont pas ceux qui jusque-là ont présidé à sa formation , et à son développement , mais en diffèrent plus ou moins, et même leur sont opposés et contradictoires. L'ancienne foi religieuse devient alors sceptique, indifférente; elle se meurt, et tend à se modifier de plus en plus.
Le culte y de sa nature moins mobile, et plus stationnaire que la théorie religieuse, s41 la suit, la suit de loin. Ne pouvant pas se modifier continuellement, comme la pensée, ou les sentiments dans leurs évolutions et développements progressifs, il se sépare de plus en plus d'elle, se l^sse distancer par elle, et. finit, malgré la marche de celle-ci, par s^immobiliser complètement. Le culte j n'étant plusaïuimé par la pensée de Tépoque, ne vit plus que comme habitude, comme mœurs traditionnelles, comme pr(xti^pie consacrée par l'usage. Comme habitude, le culte, bien qu'il soit alors en arrière de la science, de la morale, et de l'idéal de l'époque, prolonge cependant encore son existence et celle de la religion traditionnelle, alors même que l'ancienne théorie religieuse s'est modifiée profondément, et ne subsiste plus que par fragments, ou comme superstitions^ c'est-à-dire, d'après l'énoncé de ce terme , comme re^s de l'ancien système religieux, maintenant abandonné, ou tombé en ruines.
Dans tous les temps, la partie théorique de la religion, ou ce qui en constitue la iMolùgiCy n'intéresse que les hommes qui pensent; elle n'intéresse pas beaucoup le peuple; elle reste même, en grande partie, en dehors de la foi vulgaire ou de la religion du peuple. Le caltej au contraire, est généralement beaucoup plus populaire ; il est suivi, plus ou moins , par tout le monde, et, pour la majorité des hommes, il constitue quelquefois, à lui tout seul, toute leur religion.