L'encadrement èpiç[ue du poëme
Les Bits de G-rimnir.
1) En composant Les Dits de Grimnivj l'auteur avait un but didactique; il voulait rappeler les noms propres de certains dieux et objets mythologiques, et, par eux, les mythes qui s'y rattachaient. Ce rappel des noms propres se faisait dans l'intérêt de la science mythologique, et non pas, comme plus tard, chez les skaldes énumérant des désignations (kenningar, voy. p. 189), uniquement dans l'intérêt de l'enseignement du langage poétique. La forme d'enseignement, suivie, à
Texemple de la plupart des poëtes Scandinaves, par l'auteur de Ghrimnismdlj est la forme de l'exposition directe. Il n'emploie pas la forme didactique indirecte ^ moyennant l'Allégorie, la Vision, l'Exemple, la Priar mêle, etc/; il expose directement ce qu'il veut enseigner. Ainsi , sans recourir à des périphrases , ni à ce qu'on appelle des figures de pensée et d'expression, il dit, par exemple, en se servant de l'énoncé direct:
// a nom Rival-duRatTécureuil qui doit courir
Sur le Frêne du Porteur-de-Précautionné.
Cependant, bien que cet auteur, d'après la nature de son sujet, pût employer la forme de l'exposition directe, il ne pouvait pas, pour cela, sortir des habitudes littéraires généralement suivies dans l'antiquité et au moyen âge, et usitées particulièrement dans la poésie didactique. Ce genre exigeait, dans ces temps, que Fauteur ne parlât pas directement lui-même et en son propre nom, mais qu'il mît ce qu'il voulait enseigner dans la bouche d'un personnage, ayant une grande autorité ou compétence, par suite de sa réputation de savoir, d'intelligence, et de moralité. Or, pour introduire convenablement et poétiquement un toi personnage, devant enseigner avec autorité, il fallait, de plufi) que le poëte indiquât, dans un encadrement épique, le
1. Voy. Les Chants de Soi, p. 47; La Priamèle dans les déférentes littératures anciennes et modernes, p. 6.
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temps, le lieu, le motif, et les circonstances de cet enseignement. La nature des matières ou connaissances, que le poëte voulait enseigner, détermina plus ou moins le choix qu'il avait à faire de tel ou tel personnage compétent pour donner renseignement en question.
2) L'auteur des DUs de Grimnir, voulant exposer des connaissances mythologiques se rapportant principalement au cycle d'Odirm, imagina de mettre, dans la bouche de ce dieu lui-même, l'enseignement des connaissances qu'il voulait exposer dans son poëme. Le choix de ce personnage enseignant était bien fait, et naturel. En effet, tout d'abord Odinrij étant un dieu, possédait déjà, comme tel, les connaissances sur les choses divines et célestes. Ensuite Odirm^ le fils de Bur et de Beystla, fille de B5lthom, tenait, surtout par 6a mère, à la race des lotnes^ qui passaient pour les premiers-nés de la création, et pour être, par conséquent, en possession de la sagesse et de la science primordialesy remontant à la première origine des choses. Après que le monde primitif, ou le monde de la génération primordiale des Thurses et des lotnes , eut péri dans un déluge *, Odinn^ avec les Alfes ou Vastes- Puissances (Grin^Regin)^ avait créé et arrangé un monde nouveau. Ce dieu connaissait donc les choses, pour les avoir produites et arrangées. De plus il passait pour être le principal héritier de la sagesse des lotnes