Voy, La Faeemation de Gtêifi, p
beaucoup sachants (htmdvisy sachant cent choses). Il avait, en outre, d'après la tradition, enlevé aux lotnes, par une ruse (voy. p. 304), le breuvage précieux qui avait la propriété magique d'exciter, d'élever et d'agrandir les facultés intellectuelles de ceux qui en buvaient, et de leur communiquer le don de la poésie, laquelle, dans l'antiquité, était considérée comme la source de la sagesse, du savoir, de la prévision, et de la prophétie. Ensuite Odinn , disait-on , buvait , tous les jours, de ce breuvage merveilleux, avec son amante Sa^gaj la déesse de la tradition (voy. p. 265). De cette manière Odinn était instruit dans ce qu'on appelait les rwnes (sansc. çravana^ audition, tradition; norr. rûnO) tradition mystérieuse); et il y avait des runes ou traditions secrètes que lui seul était censé connaître. De plus, d'après la mythologie, 0<2mn voyageait dans tous les mondes, et se mesurait avec les personnages qui passaient pour être les plus instruits (voy. V(rfihrudnUmâQ, et pour les meilleurs magiciens (Jtolkwnnigry beaucoup sachant). D'ailleurs, les deux corbeaux d'Odîfm lui apportaient , chaque soir , des nouvelles de ce qui se passait dans les différents mondes, surtout les nouvelles concernant les entreprises guerrières des héros et des rois. Quant à la science des choses de l'avenir, Odinn l'avait apprise par les Visions de la Louve (Vôluspà); il avait, en outre, près de lui un oracle, qu'il pouvait consulter dans les circonstances difficiles et périlleuses; cet oracle était la tête de Mimir^ l'iotne
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conseiller. Par tous ces moyens, Odirmeet donc devenu ]e plus instruit de tous les dieux et de tous les êtres; de sorte que l'intelligent Vafthrudnir put dire de lui : « Toi, tu es le plus savant des héros, » Or, comme Odinn passait ainsi pour le personnage le plus savant, Fauteur des ZHts de Déguisé fit bien de choisir ce dieu pour en faire le personnage représenté comme enseignant, dans ce poëme, certains détails plus ou moins connus de la mythologie ; et ce choix était d'autant mieux justifié, que les détails à exposer dans le poëme se rapportaient, en grande partie, au cycle mythologique à' Odinn lui-même.
3) Odinn , étant ainsi naturellement trouvé , comme personnage enseignant d'une autorité reconnue, il fallait, de plus, motiver l'enseignement qu'il avait à faire, en indiquant, dans l'encadrement épique du poëme, le temps, le lieu, et les circonstances, dans lesquels cet enseignement était censé avoir été donné. L'enseignement étant fictif, l'encadrement pouvait l'être également. De plus l'histoire fictive formant l'encadrement ne devait pas seulement accréditer l'enseignement auprès des auditeurs, par l'autorité reconnue du personnage enseignant; il fallait encore, en choisissant un encadrement intéressant, donner par là au poëme didactique lui-même, et plus d'attrait, et un plus grand intérêt épique. Enfin, comme l'unité est la première condition de Fart et de la poésie, il fallait, dans le poëme mythologique , fondre la partie didactique et la
partie de rencadrement Tune dans Tautre; de sorte que ces parties, intimement liées entre elles, ne passent être séparées Tune de l'autre, que par la pensée.
L'auteur des Dits de Grimnir avait donc à indiquer, dans rencadrement de son poëme, les circonstances intéressantes , dans lesquelles Odinn est supposé avoir donné son enseignement. Cette histoire intéressante, qu'il lui fallait pour l'encadrement épique, il n'avait pas besoin de l'inventer; il pouvait la prendre, toute faite, dans les nombreuses traditions mythologiques, qui existaient sur Odinn ^ et sur les circonstances, dans lesquelles ce dieu avait eu l'occasion d'exposer sa science et sa sagesse. Parmi ces traditions, il y en avait une, qui racontait que Odinn j voulant mettre à l'épreuve l'hospitalité du roi Geirrodr, son adorateur et nourrisson protégé, se rendit au manoir royal de celui-ci, déguisé et caché sous le personnage et le nom de Grimnir (Déguisé). C'est cette tradition que l'auteur des Dits de Grimnir choisit pour y rattacher l'exposé des noms mythologiques, qui constituait la partie didactique ou le fond et le but de son poëme. Cette tradition était encore généralement connue du temps du poëte : aussi put-il se contenter de la rappeler, en peu de mots, dans son introduction en prose, et d'y faire quelques allusions dans quelques strophes de son poëme. Cette manière sommaire et abrégée, dont le poëte a parlé de cette tradition dans l'encadrement épique, est précisément une preuve que cette tradition existait encore de son temps,