Pour l'explication de cette strophe, voir p
II« Journée. Dits de Grimnir.
Dans les réunions amenées par les fêtes, les hôtes avaient l'habitude d'entretenir la société, ou les convives, soit en faisant des récits, soit en chantant des poésies mythologiques ou épiques. Dans ces chants impTovisés, l'hôte trouvait occasion de faire preuve de savoir et de sagesse, et, s'il était un dieu, de révéler des connaissances surhumaines, et de faire ainsi connaître sa nature divine. Odinn, d'après les conditions de la gageure, ne devait pas se faire connaître à Geirrodr (voy. p. 212) ; mais rusé, comme il Tétait, il voulut, par ses discours et ses paroles, amener indirectement le roi à le reconnaître , et à se mettre en mesure de traiter son hôte de la manière la plus hospitalière. Odinn crut arriver à se faire reconnaître, par son protégé, en faisant, le lendemain de son arrivée, ou dans la seconde journée , des révélations sur les différentes demeures célestes ou habitations des dieux; révélajjlioiis qu'aucun mortel n'était, comme lui, en état de faire. Odinn énumère les différentes habitations des dieux, an commençant par celle de Thôr.
8. Thôr (p. Thonar), comme l'indique son nom, est le dieu du tonnerre. Comme les nuages orageux se
forment dans les régions situées entre le ciçl et la terre, Tendroit qu'habite le dieu du tonnerre ne se trouve pas, comme les^ autres demeures des dieux, dans le ciel même, ou dans TEnclos-des-Ases, mais en dehors de cet Enclos, sur de hautes montagnes hercyrdennes (Monts de Tonnerre) entre le ciel et la terre (voy. Les Gètes, p. 161).
Le tonnerre est redoutable, et, pour cette raison, sacré (cf. lat. hercle! tonnerre !). Aussi , bien que la demeure du dieu du tonnerre ne soit pas au ciel, elle est cependant un pays sacréy situé au-dessous du Séjour-des- Ases et des Alfes. Elle est nommée Séjour-d' Énergie, à cause de la force invincible de Thôr qui y fait sa résidence, et qui y restera jusqu'au renouvellement du monde, ou, comme il est dit dans la strophe, jusqu'à ce que les dieux actuels, appelés Grandeurs y périssent.
9. Le dieu Ullur (goth. vulthusj anglos. vuldor)^ dont le nom signifie Eclat y est, dans la mythologie Scandinave, le fils de Sify et par conséquent le beau-fils de Thôr, répoux de Sif. Dans Torigine Th6r (le tonnerre d'été) et Uïlr (le soleil d'hiver) étaient les protecteurs de l'agriculture et des paysans. Or, comme, en hiver, le paysan se faisait chasseur , Ullur devint aussi le protecteur des chassev/rs. C'est en cette qualité qu'il eut Tépithète de Ase-à-Varc (norr. Bogvrâs), Sa demeure au ciel était nommée VavX'de-VÂrc (norr. Ydcdir). Voy. Fascination de Guljiy p. 283,
y. COMMENTAIRE. 2()3
10. Les génies cél estes ) personnifications des astres, des constellations, et ^es phénomènes météorologiques du ciel , portent le nom générique de Âlf$8 {Avhes^ Lumineux ; cf. lat. aUni»)» Les Alfes habitent, au ciel, les régions nommées SéjovM A'Alfe (norr. Alfheim) , et se montrent brillants le jour et la nuit.
Le dieu Fhreyr^ sur le mythe duquel il faut voir p. 18-22,
en sa qualité de dieu du' soleil printanier, ^ compté
parmi les Alfes. Comme soleil printanier, Freyr naquit
en hiver; mai Noël {Natalièj jour de naissance) est à lui
(fête de là Boue); et, à la secotide fête d'hiver, à Taurore
de Tannée , est sa fête de première dentition. Suivant
J'nsage chez les peuples du Nord, les enfants, à la fête
de leur première dentition, n'étaient généralement plus
allaités. Comptant comme appartenant, dorénavant, à la
vie, ils reçurent un nom, et en même temps, comme
attoc^ (ail. angebinde)^ un présent; ce qu'on nommait
donner nu nom et ce qui e'if raHache (nafn gefa and fjl-
gîa ^). Le mythe énonçait que les dieux , ou les Célestes,
donnèrent à Frey le Sêjxmr d'Alfej comme présent de
dentition.
11. Vâiiy fils d'Odinn et de Rindur, était, comme tel, frère de BaidtMTy le dieu du soleil d'été; son nom. signifie Tenant du Trépas (voy. La Fascination de, 6^^, p. 284). CoHiime dieu de la mort, Vâld est l'op-
'1< Vojr; Weinhold, AUnorcksches Lebeti,'ip, 263, 340.
264 LES DITS DE GltlMNIR.
posé de son frère Baldur. Far suite de sa natare hivernale, comme dieu de la mort, Vâline périt pas avecles autres Ases, dans le grand et terrible Hiver du Monde, on au Crépuscule des Grandeurs; il survit à cette catastrophe, et revient, avec les fils des anciens Âses, habiter le ciel renouvelé.
L'Hiver et TOccident étant la saison et le côté de la m(yrtj Vâli^ l'ancien dieu de la mort, est dit né en hiver, et à l'occident du ciel.
Comme nulle existence n'est si cachée qu'elle puisse échapper à la mort, Vâli habite, à l'occident du ciel, un endroit nommé Chaumine-^' Vâliy d'où il embrasse de son regard le monde entier (voy. La FascifUMHon de Gulfij p. 283 et suiv.).
12. Comme père des dieux et créateur du monde actuel, et comme héritier de la sagesse des lotnes, Odinn est aussi le dieu de YintelXigence, L'idée que b poésie naît de l'intelligence a fait considérer Odinn comme père de la poésie. Four augmenter son intelligence et sa prévision, Odinn buvait, tous les jours, à la Fontaine de Sagesse de Mimir (voy. La Fascination de Gulfiy p. 230). Mais pour s'inspirer de l'enthousiasme de la poésie lyrico-épique héroïque, il buvait l'hydromel qui était sous la garde de son amante, la Géante et Valkyrie GunnhlM (Invite-au-combat) , la fille de Suttungr, et, sans doute, la petite-fille de l'iotae Sokhm, laquelle conçut d'Odinn Bragi le dieu de la poésie.
Plus tard quand, d après la tradition, Thydromel, source de la poésie, eut été enlevé par Odinn aux lotnes^ il fut placé sous la garde de ViUndrg, la même que 6rtmn* Jdôd; et la mère de Bragi redevint, boub le nom nouveau de SaffUj la compagne d'Odinn, lequel, pour fortifier sa mémoire, ou pour se rappeler les faits de la tradition mythico-épique , buvait, tous les jours, avec son amante , Tonde fraîche de la poésie.
SeiffUj dont le nom ressemble au nom latin Stiga^ et au nom sanscrit Satchiy Tépouse d'Indra, est la personnification ou la muse de l'histoire en général. La tradition historique (norr. mâly récit), qui avait déjà pris le caractère épique, mais qui se rapportait à des faits plus fnodemes que l'ancienne tradition, prit également le nom de saga (dit, récit, narration), et comprenait à la fois l'histoire proprement dite et le récit fabuleux» Comme l'Asjnie Saga n'appartenait pas à l'ancien fond de la mythologie y elle est un personnage àlUgoriquej plutôt que le symbole d'une véritable tradition religieuse. La race des loines étant la plus andemne du monde, elle passait pour être en possession de la science traditionnelle ou hist(»*ique la plus ancienne. Aussi Saga a*t-elle une origine iotnique, comme les Nornes (voy. Fascinat.y p. 233); elle est la spécialisatùm de la Norne Urdur. Après les lotnes , Odinn , comme le plus ancien des Ases, était le plus à même de posséder la science de l'histoire. Aussi a-t-il été associé, à ce titre, à la vierge Saga.
Le nom de Banc- de- Submergé (norr. Sdkkixihbekkr) indique que le manoir de Saga était un rocher ou un banc 80U8-marin (cf. Singarsteinn)^ appartenant à Tiotne JSokkvi (Submergé), le grand*pèreou Taïeul de Saga, et qui était) pëut-êtrC) le même que Sokk-Mimir. Sôkkvi paraît être le symbole des âges submergés, ou de Fancien monde iotnique submergé (voj. Fascination de Gnlfi, p. 187), dont rhistoire est oubliée. Que Ton traduise Sokkva-bekkr par Banc de Submergé ou par Bivière (bekkr) de Submergé (cf. SoUorbekhrj Skaldskaparmâl, 51), toujours est-il que le manoir de Saga est une lia\)itation 80U8 les eaux, comme celle des Nornes, une espèce de Puits de Sagesse et de Vérité, comme cela convenait pour la demeure de la muse de Thistoire. Les ManasioB (Intelligentes) des Hindous, .les Jlfoi^am (p. Manasai, Monsai) des Grecs, présidaient aux fontaines de la Tradition ou de la Poésie, comme Saga présidait au Bancde -Submergé. Comme la boisson produisait Tivresse^ Tenthousiasme, Tinspiration oratoire et poétique, on représentait la source de la poésie par une fontaine, ou par un vase rempli d'un liquide précieux. De là la Fontaine de Kastalie chez les Grecs , le vase précieux de la déesse Ceridwen chez les Bretons ^; de là le mythe d'après lequel Odinn et Saga boivent, tous les jours, dans leur demeure sous les ondes, Thydromel de l'enthousiasme ^ dans des coupes d'or qui sont les symbole»