INTRODUCTION
tout 66 fait d'une manière concrète; la tradition elle* même est concrète, en ce sens qu'elle a besoin, pour se produire, d'une occasion déterminée, et qu'elle ne se produit pas aussi volontiers dans un récit abstrait , fait pour l'ouïe, que dans une représentation s'adressânt à la vue. Or les fêtes ayant l'avantage de fournir au peuple, à la fois, Vocc€m(m de se rappeler les différents mythes, auxquels souvent il n'aurait pas' songé sans elles, et le moyen de rappeler ces mythes par la représentation, plutôt que par le récit, ces fêtes ont été, dans l'origine, le principal et presque l'unique moyen de consacrer ces mythes, et de les transmettre à la postérité. Ce sont aussi les fêtes qui ont fourni à la poésie mgihologique l'occasion de se produire et de se développer. En effet, la poésie primitive avait un caractère essentiellement concret, en ce aens que ses sujets n'étaient pas des sujets de choix, d'invention, ou d'abstraction, mais des sujets réels, donnés par la circonstance; elle était donc, généralement, une poésie d'occa- ^on^ il lui fallait aussi, pour se produire, une occasion déterminée qui lui fournît son sujet spécial, ou actuel et réel. Les fêtes religieuses fournissaient ainsi à la poésie, à la fois, l'occasion de naître et de se produire, et les sujets qu'elle avait à traiter. Racontant un sujet traditiomiel ou épique, et racontant ce sujet actuel, déjà connu des auditeurs, avec l'enthousiasme bfriqtiej que provoque généralement l'actualité, cette poésie primitive, était, par cela même, naturellement lyrico-^iquej
OU épico-lyrique. La poésie ainsi que la tradition orale se développèrent, ensuite, sous Tinfluence des représentations mimiques des fêtes religieuses, en empruntant à ces représentations des détails concrets et circonstanciés, avec lesquels elles composèrent et ornèrent leur récit; de sorte que les mythes, qui, dans l'origine, étaient exprimés sans détails et d'une manière sommaire (voy. p. 43), devinrent ainsi des récits de plus en plus circonstanciés, motivés, ornés, ou épigpies.
Il arriva, alors, à ces récits des actions des dieux, par rapport aux détails qui s'y introduisireht, ce qui est arrivé aux divinités elles-mêmes, quant aux attributions qui s'ajoutèrent à leur caractère primitif (voy. p. 15). En effet, de même que, par suite de l'augmentation progressive de leurs attributions, il y en eut, parmi ces attributions, qui ne se rapportaient plus exclusivement à la spécialité primitive de la divinité, mais seulement à son caractère général de dieu, de héros, ou d'être anthropomorphe et anthropopathique, à tel point que l'individualité primitive de ces divinités s'effaça de plus en plus (voy. p. 16), de même aussi, lorsque les détails narratifs augmentèrent dans le récit du mythe , il y eut nombre de ces détails qui n'avaient aucun rapport nécessaire ou symholi^pie avec l'action du dieu, célébrée dans le mythe ou dans la fête, mais qui furent ajoutés uniquement pour motiver ou orner le récit; de sorte que l'idée symbolique primitive du mythe s'y effaça de plus en plus, et que ce mythe, de